CAISMAN Huna

Par Daniel Grason

Né le 5 décembre 1897 à Nicolaev (Russie) de nationalité roumaine, puis citoyen soviétique, fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tailleur à domicile ; victime de l’antisémitisme.

Les parents de Huna Caisman, Issak et Chourik Bassia, étaient juifs. Il arriva en France en 1937. Il épousa Yaha Korenblitt, née le 3 août 1903, à Chisinau (Roumanie) qui était la fille de Max et Freida Faysilberg. Le couple eut deux filles, Renée née le 11 juillet 1927 à Kichineff (URSS) et Éliane en 1931.

Huna et Yaha Caisman habitaient 12 rue des Haudriettes, à Paris (IIIe arr.). Tailleur à domicile, Huna Caisman travaillait pour les membres de la communauté juive. Il était porteur d’un passeport roumain, valable pour un seul voyage et un séjour de trois mois à dater du passage à la frontière. Il se présenta à la préfecture de police le 10 mai 1937, porteur une carte d’identité roumaine. Le 22 septembre 1938, il présenta au même service un certificat roumain mentionnant que « l’intéressé n’est pas inscrit sur le registre de la nationalité roumaine », suite à une décision de la commission administrative de la mairie de Chisinau.
Huna Caisman s’engagea volontairement dans l’armée française, au moment de la guerre. Il fut incorporé le 16 avril 1940, au 1er bataillon de pionniers volontaires étrangers à Septfonds (Tarn-et-Garonne). Le 14 août 1940, il fut démobilisé.
Des événements en Bessarabie et en France eurent des conséquences dramatiques sur le parcours de Huna Caisman. Le 28 juin 1940, l’Armée rouge pénétra en Roumanie et annexa la Bessarabie et la Bucovine du nord, Chisinau, ville roumaine, devenant la russe Kichinev. La Bessarabie faisait partie du protocole additionnel secret du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 d’annexion « par l’amiable ».
Huna Caisman, selon le témoignage de sa femme, fut « affolé par les mesures prises contre les Juifs, il se proposait de retourner à Kichinev, avec moi et nos deux enfants ». Il sollicita du consulat de Roumanie un passeport, mais il lui fut répondu que la ville était occupée par les Russes et que par conséquent, il fallait s’adresser au consulat soviétique.
Déchu de sa nationalité roumaine, il se présenta à l’ambassade soviétique le 29 avril 1941. Il entreprit cette démarché animé par l’espoir d’échapper ainsi aux persécutions raciales. Les autorités lui délivrèrent un certificat lui reconnaissant la citoyenneté soviétique.
Le 1er juillet 1941, il fut convoqué à la préfecture de police pour affaire le concernant. Il fut arrêté le lendemain à son domicile par des policiers de la Section spéciale de recherches (SSR). Celle-ci avait été créée en 1937, au sein des Renseignements généraux, elle était chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »...
Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus seulement question de les surveiller, et la direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, le brigadier-chef puis inspecteur principal adjoint Louis Sadosky, qui n’eut qu’un objectif, donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il établit un fichier des « Juifs suspects », et il n’hésita pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il eut sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingt personnes. Il fit du tailleur à domicile un « suspect au point de vue politique, dangereux pour l’ordre intérieur ». Huna Caisman fut interné le lendemain à la caserne des Tourelles, et le 22 août, il fut transféré au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis).
Sa femme écrivit au préfet de police le 23 juillet, en expliquant dans quelles circonstances son mari, déchu de la nationalité roumaine, était devenu citoyen soviétique. Il subsiste une trace de la gêne éprouvée par les autorités préfectorales dans ces quelques mots qui furent écrits par l’un des fonctionnaires : « Faut-il répondre à la femme, libération impossible. »
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel fit paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins n’ont été arrêtés. » Le jour même Huna Caisman fut remis aux autorités allemandes à la prison de la Santé.
Le 15 décembre, 1941, soixante-dix otages furent passés par les armes au Mont-Valérien, parmi lesquels cinquante-trois Juifs extraits du camp de Drancy. Huna Caisman fit face au peloton d’exécution à 11 heures. Il fut inhumé au cimetière de Nanterre par les Allemands, puis sa femme fit transférer son corps à celui de Bagneux.
Après la Libération, sa veuve Yaha Caisman témoigna devant la commission d’épuration de la police : « Il a été mis en état d’arrestation comme sujet soviétique. Aucune perquisition n’a été effectuée à notre domicile, mon mari n’a jamais fait de politique ni milité au sein d’une organisation communiste. »
Elle précisa que son mari avait été « convoqué à la Préfecture de police pour vérification de papiers le 30 juin 1941. »
Huna Caisman était répertorié comme sujet soviétique aux archives centrales des Renseignements généraux. L’inspecteur Louis Sadosky en fit un « Suspect au point de vue politique, dangereux pour l’ordre intérieur. »
Elle entreprit de très longues démarches administratives et il fut reconnu comme Interné Politique pour la période du 30 juin au 15 décembre 1941, et ayant été fusillé en tant qu’otage au Mont-Valérien. Ce qui fut respectivement fait le 1er juin 1953 et le 15 mars 1957. Un certificat lui fut adressé le 9 avril 1957. Étant de nationalité étrangère, la mention « Mort pour la France » lui fut refusée.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144792, notice CAISMAN Huna par Daniel Grason, version mise en ligne le 16 juin 2018, dernière modification le 13 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2439, KB 95, GA C 20, 77 W 5360-293795. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes D. Leneveu, Thomas Pouty). – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Yves Santamaria, 1939, le Pacte germano-soviétique, Éd. Complexe, 1998. – Laurent Joly, Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Site Internet Mémoire des Hommes. — Renseignements fournis par Agnès Agnellet, petite fille de Huna Caisman.

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