FRYDMAN Symcha (ou FRYDMANN ou FREYDMAN)

Par Daniel Grason

Né le 15 avril 1912 à Rossosz, province de Lublin (Pologne), fusillé comme otage le 7 mars 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; fourreur.

Symcha Frydman, fils de Chaja et de Idessa, née Rozenbaum, demeurait, depuis 1933, 26 rue des Couronnes, à Paris (XXe arr.). Il était marié avec sa compatriote Genda Bajla Szymonowicz, et le couple eut une fille en 1939. La même année, il s’établit comme fourreur à domicile, avec déclaration au registre du commerce, tandis que Genda devint femme de ménage. Tous les deux possédaient une carte d’identité, valable jusqu’au 12 août 1941, pour Symcha ; jusqu’au 13 février 1944 pour Genda.
La France était devenue la seconde patrie de Symcha Frydman. Le 7 octobre 1939, il s’engagea volontairement, fut incorporé au 33e Régiment d’infanterie à Vallon (Ain), et démobilisé le 14 août 1940 au camp de La Courtine (Creuse). Symcha Frydman fut appréhendé le 18 août 1941, à son domicile. La perquisition ne donna aucun résultat. Son internement eut lieu à la caserne des Tourelles, Paris (XXe arr.), puis au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs. La note politique sur son arrestation tenait en cinq mots : « Était soi-disant sympathisant communiste. »
Il fut créé au sein des Renseignements généraux, en 1937, une Section spéciale de recherche (SSR) chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller. La direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, le brigadier-chef, puis inspecteur principal adjoint Louis Sadosky, qui n’eut qu’un objectif : donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il ne faillit pas, il établit un fichier des « Juifs suspects », et n’hésita pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il eut sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts personnes. Ce brigadier-chef écrivit dans son rapport sur Symcha Frydman : « Suspect au point de vue politique, sympathisant des théories communistes et susceptible de se livrer à la propagande clandestine en faveur de la IIIe Internationale. Dangereux pour l’ordre public. »
Le 4 mars 1942, le commandant du Gross Paris, le général Schaumburg, publia un « Avis » : « Le 1er mars 1942 à 9 h 30, une sentinelle allemande a été lâchement assassinée par des éléments criminels. Comme sanction pour ce meurtre perfide, vingt communistes et Juifs appartenant au même milieu que les auteurs de l’attentat seront fusillés. Vingt autres seront passés par les armes si les meurtriers ne sont pas découverts avant le 16 mars 1942. Le 4 mars 1942, jour de l’enterrement de la victime, tous les théâtres, cinémas et lieux de plaisir seront fermés toute la journée. Les restaurants seront fermés à partir de 20 heures. »
Désigné comme otage, Symcha Frydman fut passé par les armes le 7 mars 1942 au Mont-Valérien.



L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Samedi 7.3.42
Matin, 8 heures, départ pour la Santé, 3 otages seulement [on lui en avait annoncé 6], le capitaine lit l’ordre du commandant. Avait pris ma valise chapelle, voulait dire la messe là-bas, dans l’espoir d’un convaincre au moins 1 d’entendre la sainte messe, efforts vains. Le 1er, un Juif : Frydmann, venait du camp de Drancy, se considérait parfaitement innocent : "Je suis fusillé pour la seule raison que je suis Juif". Le 2e, un communiste [Gunsbourg Maurice], qui n’eut de casse de rappeler son athéisme jusqu’au bout, croyait en l’idéal communiste : "Le jour de la vengeance viendra, comme le sang des premiers chrétiens... Dieu ne peut pas exister ". Le troisième [Gille Jean] avait été arrêté pour propagande communiste à Nancy, voulut d’abord entendre la messe mais un communiste l’en dissuada pendant que je préparais tout. Je dis donc la messe dans une cellule, servie par un sacristain, j’ai prié Dieu, l’ai supplié d’attendrir leurs cœurs.
Nous partîmes. Au fort du Mont Valérien, j’eus encore l’opportunité de passer 1/4 d’heure seul avec eux, rien à faire. Le 1er, communiste : "Si vous voulez dire à ma sœur ou à ma femme, détenue à La Roquette, que je suis mort avec courage." Ce fut son dernier vœu. Le 2e communiste semblait vouloir lentement se dégeler, tentai de le motiver sur le chemin vers le peloton ; non pas qu’il priât, mais il avait eu tort de ne pas assister à la messe. Devant le poteau, je fis moi même acte de contrition, ce fut tout. Les noms des deux : Gunsbourg, Maurice, et Gille, Jean.
L’enterrement a lieu lundi seulement. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144830, notice FRYDMAN Symcha (ou FRYDMANN ou FREYDMAN) par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 février 2013, dernière modification le 15 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., KB 95, 77W 18. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p.70-71.

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