GRINBAUM Isaac

Par Daniel Grason

Né le 24 octobre 1920 à Paris (XIIe arr.), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé de banque ; sympathisant communiste.

Fils d’Élie, ouvrier tailleur, et de Teima, née Litarat, couturière, Isaac Grinbaum fut légitimé par le mariage de ses parents le 15 septembre 1925. Naturalisé français en 1928, il demeurait chez ses parents, 8 rue Arthur-Ranc à Paris (XVIIIe arr.). Il travaillait comme employé de banque depuis le début 1936 au Crédit du Nord, boulevard Haussmann, où il était très bien noté professionnellement. Lors des grèves de 1936, il exprima ses sympathies au mouvement gréviste et, selon la police, au Parti communiste.
Il fut arrêté le 27 mars 1941 pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, et interné à la caserne des Tourelles (XXe arr.). Le commissaire divisionnaire, chef des 1re et 2e sections des Renseignements généraux, s’adressa le 27 août au commissaire chef de la Section spéciale de recherches (SSR). Il signalait qu’Isaac Grinbaum bénéficiait d’un non-lieu depuis le 26 août, mais était incarcéré à la prison du Cherche-Midi (VIe arr.). Une main anonyme écrivit : « l’interner en raison de sa qualité de Juif et suspecté [d’être un] propagandiste communiste. » Le 29 mars, il était interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs.
La SSR fut créée en 1937 au sein des Renseignements généraux. Cette section était chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller. La direction du « rayon juif » fut confié à son ex-responsable, le brigadier-chef Louis Sadosky, nommé inspecteur principal adjoint en janvier 1941.
Ce policier très zélé se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts Juifs. Il harcelait constamment les inspecteurs, n’hésitant pas à changer la teneur des rapports, tordant la réalité. Sous la plume de Louis Sadosky, Isaac Grinbaum était un « propagandiste très actif, signalé comme susceptible d’être un distributeur de tracts en faveur de la IIIe Internationale. Suspect au point de vue politique, dangereux pour l’ordre public ».
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel fit paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. »
Désigné comme otage, Isaac Grinbaum écrivit de la prison du Cherche-Midi à Paris, le 14 décembre, une dernière lettre à ses parents et à ses deux jeunes sœurs, Jacqueline, 14 ans, et Yvette, 12 ans. Passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, il fut inhumé le lendemain au cimetière de La Garenne-Colombes (Seine, Hauts-de-Seine).
Ses parents Élie et Teima Grinbaum, pensant probablement éviter une arrestation, quittèrent leur logement, gagnèrent la zone libre et se réfugièrent à Lyon, au 83 rue Villeroy (IIIe arr.). Le 11 novembre 1942, les troupes de la Wehrmacht occupèrent la zone libre. Le couple fut raflé à une date inconnue et transféré au camp de Drancy. Avant le départ en déportation, Élie Grinbaum déposa quatre-cent quatre-vingts francs à l’administration du camp. Le 31 juillet 1944, le couple était dans le convoi no 77, le dernier qui partit de Drancy pour Auschwitz (Pologne). Sur mille trois cents déportés, deux cent neuf survécurent. Élie et Teima Grinbaum n’en étaient pas.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144835, notice GRINBAUM Isaac par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 février 2013, dernière modification le 27 février 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo., BA 2439, KB 95, 77W 1722. DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Guy Krivopissko, La vie à en mourir. Lettres de fusillés 1941-1944, Tallandier, 2003, p. 112. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC. – État civil, Paris (XIIe arr.).

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