GRINOCH Chil, Jacob

Par Daniel Grason

Né le 10 juin 1889 à Lutomiersk, région de Lodz (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; artisan façonnier en bonneterie.

Chil Grinoch, fils de Schlomo et de Anna, née Heller, arriva en France le 4 avril 1913. Les jours suivants il se mit en règle avec la réglementation concernant le séjour des étrangers. La préfecture de police lui délivra par la suite une carte d’identité au titre de fabricant de bonneterie. Célibataire, il exerçait la profession d’artisan façonnier en bonneterie depuis 1926. Il habita à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne), déménagea dans le quartier de Belleville à Paris, 4 rue de Tourtille (XXe arr.), 16 rue du Moulin-Joly (XIe arr.), puis au 31 rue Bisson (XXe arr.). En 1939, il loua des locaux pour développer son activité au 91 rue de la Fontaine-au-Roi (XIe arr.). En raison de ses compétences en bonneterie, il eut une activité de technicien conseil pour des entreprises de Toulouse (Haute-Garonne), Bordeaux (Gironde) et Paris.
En 1937 fut créée au sein des Renseignements généraux une Section spéciale de recherche (SSR) chargée de la surveillance politique des étrangers dans le département de la Seine. Il y eut plusieurs « rayons », « espagnol », « russe », « italien », « allemand », « polonais »... Rompant avec le principe de la nationalité, fut créé en octobre 1941 un « rayon juif », chargé de surveiller les étrangers comme les Français. Les Allemands étant à Paris, il n’était plus question de les surveiller. La direction du « rayon juif » fut confiée à son ex-responsable, le brigadier-chef Louis Sadosky, nommé inspecteur principal adjoint en janvier 1941, n’eut qu’un objectif, donner satisfaction à ses chefs de la direction des Renseignements généraux. Chargé d’arrêter des Juifs, il ne faillira pas, il établira un fichier des « Juifs suspects », et n’hésitera pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il eut sous ses ordres. Lui-même se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts personnes.
À la suite de renseignements selon lesquels des communistes juifs s’étaient réfugiés dans les locaux de Chil Grinoch, rue de la Fontaine-au-Roi, cinq policiers s’y présentèrent le mercredi 27 août 1941, et perquisitionnèrent le rez-de-chaussée et les deux étages servant d’ateliers. Aucun Juif n’y fut trouvé. Dans une pièce, sous une fenêtre, un paquet ficelé contenait des livres, brochures et tracts édités par le Parti communiste. La plupart des textes avaient été édités avant le décret-loi d’interdiction du Parti communiste, à l’exception des Cahiers du bolchevisme du 1er trimestre 1941 et d’un tract en trois exemplaires intitulé : « L’antisémitisme, arme de la réaction », édité en décembre 1940. Une lettre cachetée et non postée adressée à un correspondant à Moscou intrigua les policiers, Chil Grinoch l’ouvrit sans difficulté. Datée du 15 avril 1939, elle était destinée à l’administrateur d’un journal professionnel de la bonneterie, industrie du tricotage. Il s’adressait au « camarade directeur » pour lui demander des spécimens gratuits de la revue. Ayant appris qu’il fallait s’adresser à l’agence Havas pour obtenir un spécimen de la revue, il ne posta pas sa lettre.
Il déclara que les treize livres et brochures, dont Fils du peuple, de Maurice Thorez, Le capital, de Karl Marx et La Constitution de l’URSS, lui furent confiés en août 1940 par un voisin qui habitait Les Lilas (Seine, Seine-Saint-Denis), mais il ne connaissait pas son adresse. Quant aux trois tracts et au numéro des Cahiers du bolchevisme, il les avait trouvés un mois plus tôt sur la marche de la porte d’entrée de l’immeuble, puis les avait rangés avec les autres publications. Un commissaire de police rédigea un rapport, et concluait : « Attendu qu’il possède à son domicile de nombreux livres à caractère communiste, et que malgré ses dénégations il n’est pas douteux qu’il se livre à la propagande clandestine communiste, l’inculpons d’infraction au décret du 26 septembre 1939. » Dans une note de la Section spéciale de recherches des Renseignements généraux, il devenait un : « Ex-membre de la sous-section juive du Parti communiste. Propagandiste très actif en faveur des théories communistes. Suspect au point de vue politique et dangereux pour l’ordre intérieur. »
Le 28 août 1941, il fut interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs. Un autre policier examina les pièces saisies, elles ne permettaient pas, écrivit-il, « d’établir une activité actuelle en faveur de la IIIe Internationale ». Cette note manuscrite du 29 septembre 1941 resta sans effet.
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel fit paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés. »
Chil Grinoch fut désigné comme otage et passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien. Après la Libération, comme il était de nationalité étrangère, la mention « Mort pour la France » ne fut pas accordée à Chil Grinoch par le ministère des Anciens Combattants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144836, notice GRINOCH Chil, Jacob par Daniel Grason, version mise en ligne le 8 février 2013, dernière modification le 15 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, KB 95, BA 2439, BA 2355, 77W 28. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 2 (Notes Delphine Leneveu et Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Serge Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Site Internet CDJC.

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