MARDFELD Israël

Par Daniel Grason

Né le 17 janvier 1898 à Varsovie (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; brocanteur, ouvrier boulanger.

Fils de Rubin et d’Esther, née Szepolkoszcz, Israël Mardfeld vint en France. En 1921, il s’engagea cinq ans dans la Légion étrangère. Il épousa Fajga, née en 1909 en Pologne. Le couple eut six enfants.
Il loua un terrain 31 rue du Cormier à Paris (XIXe arr.), édifia une baraque où la famille habita. Brocanteur, il adhéra à l’association Les amis des Brocanteurs de Belleville. Là se retrouvaient les brocanteurs du quartier, mais au-delà, certains d’entre eux vendaient leurs objets sur le marché aux puces de la zone s’étendant de la porte de Clignancourt (XVIIIe arr.) à Saint-Ouen (Seine, Seine-Saint-Denis).
Il changea de métier en 1933, devint ouvrier boulanger chez Smoldowski au 56 rue de la Fontaine-au-Roi (XIe arr.). Le 20 juillet 1939, Israël et Fajga furent naturalisés français. À la déclaration de guerre, il fut exempté en raison du nombre de ses enfants et affecté spécial à la boulangerie. Du 20 au 23 août 1941, quatre mille deux cent trente-deux hommes Juifs dont mille cinq cents de nationalité française furent raflés dans les rues de la capitale.
Les ouvriers boulangers travaillaient de nuit, ce 20 août à dix heures du matin, alors qu’il venait de quitter son travail. Israël Mardfeld fut arrêté par la police municipale. Interné au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs, Yves Jouffa témoigna en 2011 sur la présence d’une « dizaine de juifs polonais, qui faisaient partie d’un syndicat de brocanteurs de Belleville. [...] Le secrétaire de ce syndicat était inscrit au Parti communiste. Les gars y adhéraient parce que c’était plus ou moins un syndicat de défense, certains étaient peut-être politisés, la plupart certainement pas ».
Un inspecteur des Renseignements généraux rédigea un rapport le 24 octobre dans lequel il relevait l’appartenance passée de membres des Brocanteurs de Belleville, où il soulignait qu’Israël Mardfeld était « père de six enfants » et concluait « aucune remarque du point de vue politique ».
Louis Sadosky, inspecteur principal adjoint qui dirigeait le « rayon juif », un policier très zélé qui se vantait d’avoir fait fusiller entre soixante et quatre-vingts Juifs, harcelait constamment les inspecteurs, n’hésitant pas à changer la teneur des rapports, tordant la réalité. Sous sa plume, Israël Mardfeld devint un « Propagandiste clandestin en faveur de la IIIe Internationale », et l’association des Brocanteurs de Belleville, un « groupement constitué au sein de l’ex sous-section juive du Parti communiste ». En conséquence, l’ouvrier boulanger était : « Suspect dangereux pour l’ordre intérieur ».
Désigné comme otage, fusillé le 15 décembre 1941, il fut inhumé au cimetière de Neuilly-sur-Seine (Seine, Hauts-de-Seine).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144878, notice MARDFELD Israël par Daniel Grason, version mise en ligne le 9 février 2013, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 1752. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – Yves Jouffa, « Le Patriote résistant », septembre 2011. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet du Mont-Valérien. – Site Internet CDJC.

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