RABINOWICZ Joseph

Par Daniel Grason

Né le 12 mars 1883 à Vilna (empire russe, aujourd’hui Vilnius, Lituanie), fusillé le 31 mars 1942 comme otage au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; commissionnaire en fourrures.

Fils de Léopold et de Sophie, née Resnik, Joseph Rabinowicz épousa le 18 mars 1914 Sophie Belkrin à Konotow (Pologne). Joseph Rabinowicz était de confession juive, sa femme de confession catholique. Ils séjournèrent à Berlin (Allemagne) avec un passeport polonais. Celui-ci fut visé par le consul de France le 18 juillet 1924 et ils arrivèrent à Paris quarante-huit heures plus tard.
Le couple habita au 14 rue Raynouard (Paris, XVIe arr.), puis au 1 rue Piccini (XVIe arr.). Jusqu’en 1932, Joseph Rabinowicz fut gérant de la société Le Rabino, une fabrique de jersey de soie dont le siège était 56 rue Saint-Blaise (XXe arr.) et les bureaux 25 boulevard des Italiens (IIe arr.). La société fut déclarée en faillite. En janvier 1940, il devint gérant de la maison Timont, installée 26 rue du Faubourg-Saint-Honoré (Ier arr.). Deux appartements y étaient loués, l’un servait d’atelier, l’autre de bureaux.
Le gouvernement de Vichy promulgua le premier statut des Juifs le 3 octobre 1940, puis la loi du 2 juin 1941, article 4, indiqua : « Les Juifs ne peuvent exercer une profession commerciale, industrielle ou artisanale, ou une profession libre. » Dès novembre 1940, en zone occupée commença l’« aryanisation » des biens juifs, par le recensement des propriétaires de commerces, d’activités artisanales et d’établissements industriels ; la spoliation fut souvent menée par des gérants membres des partis collaborationnistes de connivence avec les Allemands. Un principal clerc d’avoué travaillant chez un notaire, administrateur, fut désigné comme gérant aryen.
En juin 1941, Alexandra Medvedeva, réfugiée russe, de religion orthodoxe, fut embauchée chez les Rabinowicz comme bonne. Tous étaient en règle, la carte d’identité de Joseph Rabinowicz au titre de commerçant était valable jusqu’au 15 février 1943. Mais le directeur général du service des administrateurs provisoires demanda son arrestation en vue de son internement temporaire pour quarante-huit heures à la caserne des Tourelles (XXe arr.). Le 12 novembre 1941, des policiers de la 3e section des Renseignements généraux l’arrêtèrent ; la perquisition de l’appartement n’amena « la découverte d’aucun document ou objet suspect », écrivit l’un d’eux.
Le 15 février 1942 dans l’après-midi, venant rendre visite à son mari, Sophie Rabinowicz fut appréhendée, puis internée aux Tourelles pendant six mois. Son mari fut transféré au camp de Drancy (Seine, Seine-Saint-Denis) réservé aux Juifs. Dans une note policière, Joseph Rabinowicz était qualifié de « sympathisant communiste, admirateur du régime soviétique ».
Un attentat fut commis au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) le 23 février 1942. En représailles, les Allemands fusillèrent vingt otages le 31 mars, dont Joseph Rabinowicz à 9 h 17.



L’abbé allemand Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Mardi 31.3.42
Lever 5 heures, 15 otages au Cherche-Midi (attentat du Havre). Arrivé à 6 heures du matin, une partie d’entre eux sont des Juifs du camp de Drancy, quelques communistes, et d’autres déjà condamnés par le tribunal militaire.
2 parmi eux étaient réceptifs, aucun ne s’est confessé ou n’a communié : au dernier moment seulement, là haut au fort, avons fait ensemble acte de contrition et récité les dernières prières.
Corre, A., 6, rue Laos, XVe, catholique
Decagny, Paul, cultivateur, Hétomesnil par Lihus (Oise), catholique
Carpentier, René, Moulancourt, par Ville sur Andre, catholique
Guérin, Maurice Paul, 79, rue Henri Barbusse, Clichy, catholique
Noël, Raymond, Pont St. Maxence (Oise)
Souillart, Raymond [en fait Souilliart Raymond]
Aucun d’entre eux ne pratiquait, les autres étaient communistes ou Juifs, dont pour ces derniers, Bernard Lieberman [en fait Liberman Benjamin], croyant, qui avait beaucoup fait le bien, pria et demanda ma bénédiction. Les communistes moururent : "Vive le Parti communiste, la Troisième internationale, Staline, Lénine, Rosa Luxembourg, etc." Avec les "Allons enfants". Le chef [peut-être René Sahors, note de C. Pennetier] affirma que si Dieu et le ciel existaient, alors ils accueilleraient aussi un communiste.
Une partie (7) a été inhumée au cimetière de La Garenne, les autres (8) à Courbevoie ; sépultures pas terminées, c’est pourquoi attendu 3 heures. »

Notons que sur 15 otages ne donne les noms que de 7 d’entre-eux.
Ceux manquants sont pour l’essentiel des Juifs
ainsi
Arbiser Ziskind
Banach Menachem
Gmach Markus
Ilzicer Daniel
Klein Arnost
Rabinowicz Joseph

mais aussi
Lambard Paul
Sahors René
Toulza Clément

Ce qui fait 9 et non 8 selon nos biographies. Un otage aurait échappé à l’abbé Stock. A moins que le rebelle René Sahors ait subi un sort particulier.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144891, notice RABINOWICZ Joseph par Daniel Grason, version mise en ligne le 10 février 2013, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, 77W 128. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 / AJ41 245 (Notes Thomas Pouty). – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit. – Site Internet Mémoire des Hommes.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément