ZYSMAN Élie

Par Daniel Grason

Né le 5 mai 1892 à Varsovie (Pologne), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; ferblantier, mineur, brocanteur, manœuvre, marchand ambulant.

Élie Zysman, fils de David et de Grunide, née Liskaman, vint en France pour travailler en décembre 1919 porteur d’un passeport, quittant sa femme et son fils. Il séjourna en province, et travailla comme ferblantier pour la ville d’Arras, puis mineur de charbon à Bruay-en-Artois (Pas-de-Calais). En 1926, après déclaration au Registre du commerce, il se fit brocanteur à Toulouse (Haute-Garonne) et Fourchambault (Nièvre). Le 19 juillet 1934, il se fixa 18 rue Feutrier à Paris (XVIIIe arr.). Il travailla comme manœuvre dans la métallurgie chez Renault, Citroën et Chausson.
Lors d’un contrôle de police, il fut découvert en situation irrégulière, et un refus de séjour lui fut notifié. Pour un motif inconnu, il fut déchu de la nationalité polonaise. Un certificat de déchéance lui fut remis le 4 mai 1939 par le consulat général de Pologne à Paris. Le ministère de l’Intérieur français lui confirma le 22 août 1939 qu’il devait quitter la France. Sans nationalité, cette mesure administrative était inapplicable, toutes les demandes de visa qu’il sollicita pour se rendre à l’étranger lui furent refusées. Il fut astreint à résider en province le 3 septembre 1939, après avis favorable du service de la main-d’œuvre étrangère.
La Grande-Bretagne et la France, en riposte à l’entrée des troupes allemandes en Pologne, déclarèrent la guerre à l’envahisseur le 3 septembre 1939. La situation d’Élie Zysman était inextricable ; pour en sortir il contracta le 15 septembre un engagement volontaire pour la durée de la guerre au bureau de recrutement de la porte de Clignancourt (XVIIIe arr.). Il fut incorporé en avril 1940 au camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), puis démobilisé en août. Il utilisa cette période pour se mettre administrativement en règle, il se présenta à la préfecture de police le 15 juillet 1940, muni d’un certificat de présence dans l’armée, déclara la perte de ses pièces d’identités. Le service de l’éloignement de la main-d’œuvre étrangère lui délivra une attestation valable jusqu’au 30 mars 1941.
Sa situation de travailleur était précaire. Pour vivre il vendait des marchandises à la sauvette. La police municipale l’interpella à trois reprises le 22 juillet, 16 août et 3 septembre 1940. Il obtint une carte de commerce des contributions directes le 14 janvier 1941, mais... il lui était interdit de vendre sur la voie publique. Le 1er avril 1941, il fut arrêté rue de Compiègne (Xe arr.) alors qu’il proposait la vente de gants en peau, à des soldats allemands. Lors de la fouille au corps, les policiers découvraient deux exemplaires de l’Humanité clandestine de janvier 1941 qui titrait : « Lénine – Liebknecht – Luxembourg. Gloire à Lénine le grand stratège de la Révolution d’octobre 1917. Gloire à Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg morts au champ d’honneur de la lutte révolutionnaire. Vive l’Union Soviétique de Lénine et Staline ! ». Il ne put expliquer leur provenance, et la perquisition de son domicile fut infructueuse.
Le journal collaborationniste L’Œuvre du 3 avril consacra cinq lignes à l’arrestation d’Élie Zysman. Détenteur de deux tracts, il devint inculpé : « Pour distribution de tracts et vente de marchandises contingentées ». Il fut incarcéré à la prison de la Santé, interné le 8 juin à la caserne des Tourelles (XXe arr.). L’information publiée dans L’Œuvre venait de Louis Sadosky, à la tête du « rayon Juif », qui n’hésitait pas à falsifier les rapports des inspecteurs qu’il avait sous ses ordres. Il écrivit à propos de l’arrestation d’Élie Zysman : « Juif Polonais. Distributeur de tracts communistes. Une visite effectuée à son domicile a amené la découverte de nombreux objets et marchandises dont la vente est interdite ».
Le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel faisait paraître un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteurs des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés ». Élie Zysman, désigné comme otage, fut passé par les armes le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien. Il fut inhumé au cimetière de Suresnes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144904, notice ZYSMAN Élie par Daniel Grason, version mise en ligne le 10 février 2013, dernière modification le 18 novembre 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo, BA 2439, KB 95, 77W 7. – DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Louis Sadosky, brigadier-chef des RG, Berlin 1942, CNRS Éd., 2009. – S. Klarsfeld, Le livre des otages, op. cit.L’Œuvre 3 avril 1941. – Site Internet Mémoire des Hommes.

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