COULON Fernande, Lydia, épouse HEYMANN.

Par Jean Puissant

Fayt-lez-Seneffe (commune de Seneffe, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 24 février 1901 – Liège (pr. et arr. Liège), 4 août 1981. Employée, militante à la Jeune garde socialiste, fondatrice et dirigeante des Guildes de coopératrices de Liège en particulier, épouse d’Émile Heymann.

Fernande Coulon est la fille d’Henri Coulon, forgeron, et d’Augusta Trigaux (1874), sans profession. Elle a trois frère et sœurs. Militante de la Jeune garde socialiste (JGS), elle est choisie, avec Hector Rolland*, par son organisation pour suivre les cours de l’École ouvrière supérieure (EOS), nouvellement créée, de 1921 à 1922. Elle y retrouve trois jeunes femmes, Hélène Denis, Denise Durant et Julia Léonet. Elle consacre son mémoire à l’usine coopérative de Micheroux (le travail des femmes…), sous la direction de Victor Serwy*.

Qualifiée d’employée, Fernande Coulon travaille au Progrès de Jolimont (commune de La Louvière, pr. Hainaut, arr. Soignies), puisqu’elle présente en son nom, avec une collègue liégeoise, Anna Malaise, au Congrès de l’Office coopératif belge (OCB) en 1920, un rapport consacré à l’intégration des femmes dans le mouvement coopératif « en vue de les préparer à la vie politique et sociale » (voir SERWY V., 1948). Ce rapport préconise également l’élection de femmes dans les conseils d’administration des coopératives. À l’issue de ses études et après un voyage en Angleterre, où elle découvre l’expérience des Women’s cooperative guild (1883), Fernande Coulon est chargée de l’organisation nationale des Guildes de coopératrices, la Ligue des coopératrices belges (LNC), fondée en 1923, à savoir l’organisation socio-culturelle des femmes, épouses et filles de coopérateurs, qui fréquentent les coopératives socialistes, et la diffusion de la propagande coopérative en leur sein. Il s’agit de « répandre les principes de la coopération parmi les ménagères et à leur faire saisir les avantages économiques et toute sa valeur morale » (La coopération belge, 1er février 1923).

Fernande Coulon dirige, en tant que secrétaire, les Guildes des coopératrices du Centre (pr. Hainaut)), jusqu’à son mariage en novembre 1925, avec Émile Heymann ((Hodimont, aujourd’hui commune de Verviers, pr. Liège, arr. Verviers) 1900-1970), de nationalité polonaise (elle devient donc polonaise). Installée à Dison (pr. Liège, arr. Verviers), elle se consacre désormais aux Guildes liégeoises, toujours comme secrétaire, qui deviennent au sein de l’Union coopérative (UC), à l’époque la plus grande organisation coopérative du pays, la plus importante organisation belge de ce type. L’UC s’étend effectivement non seulement sur les provinces de Liège et de Luxembourg, mais aussi quelque peu sur celles du Limbourg et de Namur ainsi que dans l’est du Brabant Wallon. En 1931, les Guildes liégeoises sont au nombre de 123 et elles comptent 4.437 membres. Le modèle ne se généralise pourtant pas. Il vit également dans le Centre surtout et dans les régions d’Aerschot et de Louvain (aujourd’hui pr. Brabant flamand, arr. Louvain - Leuven).

Dans les années 1930, il est décidé d’associer les Femmes prévoyantes socialistes (FPS) à l’organisation des Ligues de coopératrices, mais cela reste formel. En 1937, un secrétariat national est créé par la Société générale coopérative qui englobe l’OCB. Ce poste est confié à la liégeoise, Catherine Dextrixhe-Ancion, ce qui suscite la demande de création d’un poste flamand. Jamais la LNC n’a compté autant de membres : 37.000 en 1938, principalement en Wallonie et à Bruxelles. L’objectif est de propager l’idéal coopératif auprès de toutes les femmes liées au mouvement socialiste. Mais cela reste très théorique, excepté dans les organisations d’origine. La LNC organise des conférences annuelles sur divers sujets concernant la consommation et la coopération au sein de l’OCB, puis de manière indépendante.

Fernande Coulon est responsable de la publication mensuelle, Entre nous-Onder ons. La LNC adhère à la Guilde internationale des coopératrices (qui n’est pas partisane) dès sa création et y est représentée par F. Coulon qui siège à son Comité central. En 1951, elle en devient vice-présidente. Elle participe à divers congrès internationaux de l’organisation.

Fernande Coulon est une propagandiste active comme conférencière de la Centrale d’éducation ouvrière. Elle collabore à sa revue, Éducation-Récréation, dans laquelle elle étudie l’extension socialiste sur les questions de coopération et celles concernant les femmes. Avec Isabelle Grégoire-Blume, Hélène Denis* et Berthe Labille, elle participe à la préparation du Plan du travail d’Henri De Man et en est une des propagandistes. Elle collabore à Plan.

Fernande Coulon est la principale militante des Ligues de coopératrices dans l’entre-deux-guerres et elle reste fidèle aux principes de base. Il ne s’agit donc ni d’une organisation « féministe » au sens idéologique, ni même « socialiste » au sens politique du terme, mais essentiellement d’un organe de diffusion de l’idée coopérative et de formation de la ménagère coopératrice. Les Guildes jouent certains rôles remplis par les FPS dans d’autres régions, comme les vacances pour enfants. Elles organisent aussi de fêtes coopératives, pour les vieux coopérateurs. Les sections locales fournissent dans le périmètre de l’Union coopérative de Liège, un important lieu de sociabilité féminine. La présence de Fernande Coulon à leur tête n’y est pas étrangère.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article144913, notice COULON Fernande, Lydia, épouse HEYMANN. par Jean Puissant, version mise en ligne le 11 février 2013, dernière modification le 19 janvier 2022.

Par Jean Puissant

ŒUVRE : L’indépendance économique de la ménagère, LNC, Bruxelles, 1948 – L’allocation de la mère au foyer : pourquoi pas l’allocation à la mère ?, Bruxelles, 1954.

SOURCES : SERWY V., La coopération en Belgique, t. III : Le développement de la coopération 1914-1944, Bruxelles, 1948 ; t. IV : La vie coopérative - Dictionnaire biographique, Bruxelles, 1952 – KOG C., « Vrouw en cooperatie tijdens het interbellum : de evolutie van de « Ligue nationale des coopératrices » (LNC) tussen 1923 en 1940 », dans PUISSANT J., VAN THEMSCHE G. (dir.), La coopération, un des principaux piliers sociaux de l’organisation politique belge, Revue belge d’histoire contemporaine, 1991, p. 187-226 – DIERICKX A., L’École ouvrière supérieure : un laboratoire d’idées pour le POB, Bruxelles, 1996 – DIERICKX A., GUBIN E., « Coulon Fernande », dans Dictionnaire des Femmes belges : XIXe-XXe siècles, Bruxelles, 2006, p. 124-125.

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