MORIENVAL Jean [THÉVENIN Henri, Jules, Edmond dit Jean]

Par André Caudron

Né le 20 janvier 1882 à Hirson (Aisne), mort le 27 décembre 1964 à Fampoux (Pas-de-Calais) ; journaliste catholique social, secrétaire général puis vice-président du Syndicat des journalistes français CFTC (1938-1958).

Fils d’Henri Thévenin, employé au chemin de fer, et de son épouse, née Marie Bleuze, cabaretière, celui qui – parmi divers pseudonymes – allait adopter définitivement celui de Jean Morienval, se lança dans le journalisme après des études supérieures, sous une forme particulière. Il écrivit dans les Études franciscaines et les Annales franciscaines puis bifurqua vers un journalisme à consonance politique, au Peuple français (1908-1910) qu’il suivit à La libre parole quand les deux titres fusionnèrent. Le jeune homme se mit à la critique littéraire et fit du secrétariat de rédaction de 1918 à 1924.

La libre parole, lancée par Édouard Drumont en 1892, se voulait nationaliste et antisémite, d’une manière atténuée à vrai dire lorsque Joseph Denais, député de Paris, prit en 1911 la succession du fondateur (décédé en 1917). La libre parole disparut elle-même comme quotidien en 1924 et Jean Morienval prit alors une orientation différente. Il avait naguère admiré discrètement Marc Sangnier, et il n’hésita pas à suivre Francisque Gay, fervent disciple du Sillon, quand celui-ci créa La Vie catholique en 1924. Là aussi, Jean Morienval fut secrétaire de rédaction, de même qu’à La semaine à Paris, hebdomadaire à l’existence éphémère.

Devenu l’un des journalistes nationaux les plus appréciés dans les milieux plus ou moins proches du catholicisme social, Jean Morienval s’efforça de développer la présence chrétienne dans les nouveaux créneaux médiatiques. Le chanoine Joseph Reymond, lorsqu’il fonda en 1932 la revue Choisir, organe du Comité catholique du cinéma et de la radio, fit appel à lui pour le poste de rédacteur en chef, que son principal collaborateur allait conserver jusqu’à la fin de sa parution (1940). Par ailleurs, l’une des stations d’État de radiodiffusion, Paris PTT, dont les émissions commencèrent dès janvier 1923, avait confié ses programmes, un an plus tard, à une « Association générale des auditeurs ». Les membres de cette organisation furent chargés d’élire leur représentant, et ils désignèrent Jean Morienval à deux reprises.

Ce dernier avait aussi créé les Cahiers catholiques et considérablement élargi son rayon d’action. Non content d’exercer les fonctions de critique de cinéma au Correspondant de 1929 à 1933, il occupa un double poste de critique littéraire et de cinéma à L’Auto (1932-1952). Parallèlement, il publiait de nombreux articles sous des titres très disparates – journaux, périodiques, revues, magazines, etc. – les uns engagés sur le plan politique ou spiritualiste, les autres tout simplement spécialisés dans tel ou tel domaine désormais proposé aux lecteurs. Citons pêle-mêle La Connaissance, Le Sel, L’Âme française, L’Employé, La Vie intellectuelle, Sept, Lumen Vitae, Nos spectacles, etc. Ces publications montraient combien Jean Morienval était soucieux d’ouvrir l’esprit de ses contemporains à de récentes préoccupations telles le sport, le cinéma, les congés payés et bien d’autres.

Dans le Manuel de la littérature catholique, Armand Praviel eut des propos élogieux à l’égard de son confrère Morienval « qui, vite remarqué par ses excellents feuilletons littéraires, s’est imposé aujourd’hui, par de substantiels ouvrages, au premier rang de la critique impartiale, probe, documentée, solide, et qui ne néglige aucun des modes d’expression moderne de la pensée » (1939).

Jean Morienval avait la qualité de pigiste à la revue Choisir quand il était entré dans les instances nationales du syndicat qui correspondait le mieux à ses aspirations personnelles : le SJF ou Syndicat des journalistes français, affilié à la centrale chrétienne, la CFTC. Membre du conseil syndical depuis 1938, il y siégea jusqu’en 1960. Il avait été nommé secrétaire général puis ses confrères l’avaient choisi comme vice-président national, poste qu’il ne quitta qu’en 1958. Animateur du Bulletin diffusé par le SJF durant près d’une quarantaine d’année, il collaborait aussi à l’organe de la CFTC, Syndicalisme.

Auteur lui-même de plusieurs ouvrages, collaborateur à divers volumes collectifs, il s’était marié avec Angèle Hennebois le 11 mai 1921 à Fampoux, près d’Arras (Pas-de-Calais).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145233, notice MORIENVAL Jean [THÉVENIN Henri, Jules, Edmond dit Jean] par André Caudron, version mise en ligne le 25 février 2013, dernière modification le 2 mai 2022.

Par André Caudron

ŒUVRE : L’ironique douceur d’Édouard Verliac, 1913. — De Pathelin à Ubu, Bloud et Gay, 1929. — Les créateurs de la grande presse, Spes, 1934. — Sur l’histoire de la presse catholique, Alsatia, Colmar, 1936. — La lecture pendant la guerre, Spes, 1940. — Louis Veuillot, Lethilleux, 1940. — Je choisis mon journal, Spes, 1940.
Ouvrages collectifs : L’Almanach catholique français, L’Ami du lettré, Manuel de la littérature catholique, Eucharistia, L’Encyclopédie française, Dictionnaire de sociologie, Catholicisme.

SOURCES : Catholicisme, Éd. Letouzey et Ané, 40, p. 739, 1980. – Manuel illustré de la littérature catholique en France de 1870 à nos jours, Spes, 1925 (nouvelle édition, 1939).

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