MOUSSAY Robert

Par Léon Strauss

Né le 6 juillet 1924 à Amailloux (Deux-Sèvres), mort le 4 mai 1963 à Buéa (Cameroun) ; formateur à Mulhouse (Haut-Rhin) ; militant de la Jeune République, puis de l’UGS, puis du PSU, membre du comité politique national du PSU ; militant de Peuple et Culture.

Le père de Robert Moussay, Ernest Moussay, était employé d’un ramasseur de volailles de Parthenay et militant socialiste. Il avait assisté au congrès de Tours et la famille logea des réfugiés espagnols pendant la Guerre civile. Sa mère, Georgette Piet, était employée dans la même entreprise. Un de ses deux oncles était devenu colon en Afrique, où il avait fait fortune, mais avait rapidement tout perdu. L’autre, instituteur laïc en Vendée, était membre de la SFIO. Plus tard, le père de Robert se mit à son compte à Royan (Charente Inférieure), mais son entreprise périclita rapidement et il se mit à boire. La mère devint alors vendeuse dans un magasin de tissus.

En 1944, Robert Moussay était en classe de 1ère au collège de Royan : il réussit à quitter la ville avant le siège et partit à Paris, où il s’engagea au 8e bataillon de chasseurs à pied, unité française incluse dans l’armée américaine de Patton. Il garda un pont à Thionville (Moselle), mais n’eut pas l’occasion de combattre. En occupation en Allemagne, il participa à la garde des accusés nazis au procès de Nuremberg. Promu sergent, il revint à Paris et fut chargé d’interroger des personnes déplacées d’Europe centrale, ce qui le préserva désormais de la tentation du communisme.

Démobilisé en 1946, il ne souhaita pas reprendre ses études. Il se contentera toute sa vie de ses « trois diplômes », le permis de conduire, le certificat d’études et le brevet sportif populaire. Grâce à un neveu de Jean Wenger-Valentin , président directeur général du Crédit Industriel d’Alsace et de Lorraine, rencontré à l’armée, il obtint un poste d’employé à la banque CIAL à Mulhouse. Il épousa alors Charlotte, ancienne réfugiée de Strasbourg à Royan, en 1947. Charlotte était protestante et il se convertit au protestantisme. Il se lia rapidement avec certains membres de la haute société protestante mulhousienne rencontré aux Éclaireurs unionistes, notamment François Schoen. L’oncle de ce dernier, Bernard Thierry-Mieg, dont Malraux prétendait qu’il était « le plus intelligent des Alsaciens qu’il ait rencontré », l’embaucha comme ouvrier de fabrication dans son entreprise d’impression sur tissus « Schaeffer et Cie ». mais très vite, il lui confia le soin de créer un « service jeunes » pour assurer la formation professionnelle et le développement culturel des apprentis. Vers 1950, il fit venir Jacques Mugnier* dans son entreprise. Auguste Landry et Frédo Krumnow* vinrent également travailler chez Schaeffer, qui devint ainsi un grand foyer d’innovation sociale. Robert Moussay créa « la maison des jeunes du textile », organisa des colonies de vacances et des voyages. Il tenta mais sans succès de faire venir Jean Vilar et le TNP à l’usine. Pour faire progresser la qualification professionnelle et la pratique de la langue française des apprentis, il mit sur pied des cours. La pédagogie traditionnelle lui paraissant peu adéquate, il s’inspira des méthodes de Freinet et de celles de « Peuple et Culture ». Son fils aîné passa d’ailleurs une année à l’école de Freinet à Vence. Sa réputation d’innovateur en matière de formation lui valut d’être recruté par Guy de Carmoy, directeur du Comité d’action pour le progrès économique et social du Haut-Rhin, le CAHR, créé en 1951 par le conseil général. Là aussi, il devint responsable du secteur de la formation, alors que son ami, François Schoen dirigeait le département d’études industrielles. Il mit au point le premiers cours de formation continue pour adultes dans la région, en continuant à chercher des idées dans les stages de « Peuple et Culture ». En dehors du Centre interprofessionnel de formation (CIF) créé en 1955 avec la collaboration de la vieille Société industrielle de Mulhouse, il participa au lancement d’autres structures de formation s’adressant à des publics différents : l’Université populaire, le centre associé du Conservatoire national des arts et métiers. A Paris, il collaborait avec le Commissariat au Plan : par ce canal, on lui proposa à partir de 1960 d’importants contrats de formation avec les nouveaux États indépendants d’Afrique noire.

Outre leur engagement religieux dans un groupe œcuménique qui se réunissait dans leur maison, Robert et Charlotte menaient une vie militante, qui les mettait en contradiction permanente avec leur activité professionnelle (Charlotte commença à travailler en 1959 comme formatrice d’agents de maîtrise). Avec ses amis de « l’équipe Schaeffer », Robert pratiqua l’entrisme dans le groupe mulhousien des Intellectuels chrétiens sociaux et y constitua avec Guy Delacote, directeur général des Mines domaniales de potasse d’Alsace, et des notables mulhousiens, un groupe de travail sur les problèmes économiques et sociaux. Les époux Moussay, qui avaient milité un moment au Mouvement de la Paix et assez rapidement abandonné la pratique religieuse, avaient adhéré à la Jeune République vers 1953-1954. Ils passèrent à l’UGS en 1957 et au PSU en 1960. Au congrès de la JR à Paris (7-8 décembre 1957),Robert fut élu au comité politique provisoire de l’UGS au titre de la Jeune République. Il présida une séance du congrès de Lyon de l’UGS (19-21 septembre 1958). Au congrès constitutif d’Issy-les-Moulineaux (3 avril 1960 ), il fut élu au CPN du PSU sur le contingent de l’UGS. A la séance du CPN des 1er et 2 octobre 1960, il se prononça pour le texte de Martinet, Depreux et Poperen sur la lutte contre la guerre d’Algérie, c’est-à-dire contre l’insoumission individuelle et le départ à l’étranger. Il y travailla aussi, avec Delors* et Rocard*, sur sa spécialité, la formation. Pendant la guerre d’Algérie, ils cachèrent les fonds de la Villaya Est du FLN.

Robert Moussay mourut brutalement à l’âge de 38 ans dans un accident d’avion au Cameroun le 4 mai 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145295, notice MOUSSAY Robert par Léon Strauss, version mise en ligne le 11 avril 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Léon Strauss

SOURCES : Guy Nania, Le PSU avant Rocard, Paris, Roblot, 1973, p.180, 192, 193. — Archives d’espoir. 20 ans de PSU-1960-1980, Syros, s.l., 1980, non paginé. – Odile Fournier, Les Chemins de l’innovation. L’analyse d’un processus de création collective par des militants de gauche et de tradition chrétienne à Mulhouse, de 1945 à 1965, Mémoire de licence en sciences sociales appliquées au travail, Strasbourg II, 1989. – Jean-François Kesler, De la Gauche dissidente au nouveau Parti socialiste, Privat, Toulouse, 1990, p. 242. — Témoignage de Charlotte Herfray (veuve en premières noces de R. Moussay, Strasbourg, 28 octobre 1999 et 27 juin 2001). — Souvenirs de Léon Strauss.

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