CLAUSE Georges

Universitaire, correspondant du Maitron dans la Marne, Georges Clause est mort à Châlons-en-Champagne le 15 février 2013.

Bruno Malthet lui a consacré un article nécrologique.

Georges Clause et Jean Reyssier en 1983
Georges Clause et Jean Reyssier en 1983

Georges Clause

Avec la disparition de Georges Clause, Châlons perd un universitaire, historien de la Champagne, qui savait faire partager sa passion avec beaucoup d’humilité et de simplicité.

Georges Clause naît le 5 mars 1922 à Courtémont (Marne). Après ses études secondaires à Reims, il intègre Khâgne au lycée Henri IV à Paris de 1940 à 1943, puis la Sorbonne où il obtient une Licence ès lettres classiques en 1944 dans des circonstances très particulières. En ces années de guerre, son refus du STO, le Service du Travail Obligatoire, le contraint à se réfugier à Braux-Sainte-Cohière (51), d’où il travaille par correspondance. Il ne rejoindra la Sorbonne qu’en juin, lors des examens, muni de deux cartes d’identité. En 1945, il décroche sa maîtrise et, l’année suivante, poursuit son cursus universitaire avec une licence d’histoire puis, en 1950, l’agrégation.

Parallèlement, Georges Clause entre dans l’Education Nationale, d’abord comme professeur délégué en histoire et lettres classiques de 1944 à 1947, à Reims, Orléans, Châlons et Paris. Les années 1947 à 1950 le voient professeur certifié, au collège de Châlons, devenu lycée dans l’intervalle, puis agrégé d’histoire audit lycée de 1950 à 1965. Chargé de cours en Sciences humaines à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Châlons de 1960 à 1975, il intègre l’Université de Reims dès 1965, en tant que Maître-Assistant, puis Maître de conférences et, enfin, professeur à la Faculté des Lettres. Il y crée un Centre d’Etudes Champenoises qui, sous son impulsion, va publier une revue non périodique : « Etudes Champenoises ». En 1969, il soutient – et obtient avec mention « très honorable » - sa thèse de doctorat d’histoire à Paris-Sorbonne sur « La presse périodique dans le département de la Marne à l’époque révolutionnaire ». En 1974, il parachève sa formation universitaire avec un doctorat ès Lettres à Paris IV où sa thèse sur « Le département de la Marne sous le Consulat et l’Empire (1800-I815) » lui vaut de nouveau une mention « Très Honorable ».

Assesseur du Doyen de la Faculté des Lettres de 1978 à 1982, il en devient administrateur provisoire le 25 octobre 1982 avant d’être élu doyen de l’UER de Lettres et Sciences humaines en décembre 1982. Il le reste jusqu’en février 1985, époque où il donne sa démission, se trouvant en profond désaccord avec un vote du Conseil de l’Université défavorable aux enseignants de son UER. Il n’abandonne pas pour autant l’Université et continue à enseigner. De 1984 à 1989, année où il prend sa retraite, il est membre de la commission « Histoire du Droit et des Institutions », une spécialité que l’UFR de Droit de l’Université de Reims propose à ses étudiants. Désormais professeur émérite, il ne quitte réellement l’université qu’en 1996, après avoir dirigé une ultime soutenance d’un doctorant ès-lettres. Sa longue carrière, 45 ans, et ses nombreux écrits lui valent d’être fait Commandeur dans l’Ordre des Palmes Académiques en 1983 et Chevalier de l’Ordre national du Mérite en 1996.

Georges Clause est, en effet et avant tout, un historien doublé d’un auteur fécond. Durant un demi-siècle, il publie — et collabore à la rédaction de — 12 ouvrages et plus de 130 articles et études. Commencées en avril 1958 avec son « Esquisse d’une Histoire de l’Argonne » parue à Mézières dans le numéro 98 de « La Grive », ses contributions à l’histoire régionale se terminent en 2008 avec la publication de deux opuscules consacrés à l’Histoire des Maires de Châlons-en-Champagne depuis 1764 dans la collection « Histoire d’une ville » éditée par la Ville éponyme. Parmi ses livres, figurent notamment en 1983 une « Histoire de Châlons-sur-Marne » en collaboration avec Jean-Pierre Ravaux — Georges Clause en a écrit les chapitres VI à X inclus — une « Histoire de la Champagne » en 1975 et, en 1989, une « Histoire du diocèse de Châlons », également en collaboration et sous sa direction. Quant à ses articles et études, publiés aussi bien dans la presse française qu’étrangère, ils sont eux aussi centrés sur l’histoire de la Champagne avec, comme thèmes généraux, l’Argonne qui l’a vu naître, la Révolution française, ses journaux et ses personnages, le Consulat et l’Empire, les XIXe et XXe siècles. Esprit curieux, Georges Clause s’intéresse tout autant aux « Sociétés de gymnastique, entre 1870 et 1914, vecteurs d’idéologie » qu’au mouvement ouvrier français, avec près de 200 notices biographiques concernant la Marne parues dans le « Maitron », le dictionnaire de référence en la matière, ou encore aux techniques, à l’économie et à la société. Ainsi en va-t-il, par exemple, de ses études sur « L’introduction et l’exploitation du gaz d’éclairage dans le département de la Marne de 1825 à 1883 » et « Les origines de la culture de la betterave et de l’industrie sucrière dans le département de la Marne au XIXe siècle ». De même, l’histoire de l’enseignement a toute sa place dans sa bibliographie à côté de celles du fait religieux et des villes, dont principalement Châlons.

Pour leur majeure partie, ses publications paraissent localement, principalement dans la revue « Horizons d’Argonne », qu’il a dirigée, et dans les Mémoires de la Société d’Agriculture, Commerce, Sciences et Arts du département de la Marne, l’ancienne Académie de Châlons dont il est membre dès 1951 et qu’il préside à deux reprises, en 1961-1962 et en 1974-1975. Mais, outre les presses universitaires, la bibliographie de Georges Clause couvre de nombreuses autres publications, telle les « Cahiers Hauts-Marnais », « Champagne Généalogie », « Le Petit Catalaunien Illustré » ou encore le « Bulletin municipal » de Châlons, devenu depuis « Le Fil du Mau ». Cette diversité éditrice est à l’image du personnage, ouvert sur l’extérieur, toujours prêt à partager son savoir et à donner de son temps. Ainsi le voit-on siéger, de 1971 à 1976, au Conseil municipal de Châlons ; participer à une émission hebdomadaire de radio locale (Radio l’Epine) et à des conférences à l’Institut Universitaire du Temps Libre ; accepter d’être membre de la Commission régionale du Patrimoine Historique, Archéologique et Ethnologique et de la Commission départementale des sites de la Marne de 1985 à 1995 ; devenir vice-président de l’Office de Tourisme de Châlons-en-Champagne de 1983 à 1989, puis président de 1989 à 1992 ; adhérer aux Amitiés franco-canadiennes et, à Châlons, aux Amis de Jean Talon…

Georges Clause s’est éteint à Châlons le 15 février 2013. Il laisse le souvenir d’un grand historien de la Champagne et de Châlons doublé d’un humaniste toujours désireux de faire partager, avec beaucoup d’humilité et de simplicité, ses connaissances et, surtout, sa passion de l’histoire locale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145335, notice CLAUSE Georges, version mise en ligne le 1er mars 2013, dernière modification le 8 décembre 2020.
Georges Clause et Jean Reyssier en 1983
Georges Clause et Jean Reyssier en 1983

Bruno Malthet
Président de l’association Nouvelle Catalaunie
Biographie à paraître dans le n° 81 (printemps 2013) du Petit Catalaunien Illustré

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