PARENT Jean-François [PARENT, Jean-François, René]

Par Vanessa Grossman

Né le 25 novembre 1930 à Paris (XIXe arr.) ; ingénieur et urbaniste ; ingénieur d’études et de chantiers pour des aménagements de génie civil de 1954 à 1961, urbaniste conseil pour différentes communes de la région parisienne jusqu’en 1967, membre de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA) de 1966 à 1978, urbaniste co-créateur de l’Agence municipale d’urbanisme de Grenoble, initialement chargé du projet Villeneuve, de 1966 à 1988, administrateur de l’Office HLM de Grenoble de 1989 à 2001 ; maître de conférence à l’École nationale des ponts et chaussées entre 1966 et 1969, co-fondateur de l’Institut d’urbanisme de Grenoble de 1969 à 1971 ; militant communiste de 1947 à 1956, puis du Parti socialiste de 1980 à 1991, président du Mouvement des citoyens de l’Isère à partir de 1991, membre du Parti de gauche.

Pendant près de deux décennies Jean-François Parent fut l’un des protagonistes d’une des plus expérimentales expériences à la fois juridico-politique, architecturale et urbaine des Trente Glorieuses, la Villeneuve de Grenoble-Echirolles. Il développa, d’abord comme membre de l’Atelier d’urbanisme et d’architecture, ou AUA, le projet urbanistique de ce nouveau quartier, vaisseau amiral de la municipalité Hubert Dubedout. Ingénieur et urbaniste diligent dans le domaine de l’aménagement du territoire, du logement et du patrimoine industriel en France, Parent participa à la vie politique française, notamment à l’avènement de la gauche non communiste et autogestionnaire.

Fils de Robert Parent, technicien syndicaliste, et d’Yvonne Viallard, employée de bureau, tous deux nés à Paris et résistants durant la Seconde Guerre mondiale, Parent naquit Place des Fêtes, dans le XIXe arr. de Paris, le 25 novembre 1930. Son éducation démarra à l’école communale de la rue Fessart à Belleville, et c’est dans le même quartier qu’a eu lieu sa première activité politique, lorsqu’il adhéra à l’Union de la jeunesse républicaine de France (UJRF) en 1947. Cette activité consistait, par-delà des réunions et manifestations, comme celle contre la venue du général Ridgway à Paris en 1952, en la diffusion de leur journal L’Avant-garde. Au sein de ce groupe de majorité ouvrière (apprentis et salariés), Parent s’occupait particulièrement de la diffusion des connaissances théoriques acquises à l’Université Ouvrière qu’il fréquentait le soir Place du Colonel Fabien et au 94 rue Jean-Pierre Timbaud.

Diplômé en 1952 de l’École d’Electricité Industrielle de Paris (EEIP), Parent se spécialisa originellement comme ingénieur électricien. L’année suivante il fit son service militaire en Algérie, où il pressentit l’éclatement de la guerre. Il participa, pour l’aéronavale, à la construction d’un aéroport en tant qu’ingénieur mécanicien de la Marine. Il s’était marié le 8 août 1953 à Tafaraoui (Oran, Algérie) avec Simonne Apoix. De retour en France au printemps, à peine quelques mois avant de début de la guerre d’Algérie en novembre 1954, il travailla comme ingénieur d’études et de chantiers pour des aménagements de génie civil pour EDF et l’industrie métallurgique et chimique du Nord et de l’Est. Il participa, entre autres, dans la région de Fos-sur-Mer, à un chantier pour la construction d’un terminal maritime pour la sidérurgie, et des tronçons du pipeline reliant le golfe de Fos à l’Allemagne. Il se consacra à ces activités jusqu’en 1961, tout en poursuivant en même temps une formation continue en construction civile au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM). Adhérent au Parti communiste en 1954, à la cellule Lucien Sampaix, Parent ne renouvela pas son adhésion en 1956, lorsque le PCF vota des crédits militaires pour la guerre d’Algérie. Il poursuivit cependant son engagement politique et fut désigné en 1958 comme responsable du Comité de Défense de la République du XIXe arr. contre l’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle. De même, Parent participa au Centre Etudes Recherches Marxistes (CERM) depuis sa création en 1960.

Au début de cette décennie, soucieux de l’absence d’une réflexion sur l’aspect plus global et politique dans la construction civile, Parent décida de reprendre ses études à l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris. Il y poursuivit sa formation d’urbaniste de 1961 à 1964 en travaillant simultanément, au bureau d’études Orgeco, lié au PCF, comme urbaniste dans des mairies communistes faisant face à la création de villes nouvelles par l’État. C’est au sein de l’atelier d’urbanisme d’André Gutton et Robert Auzelle, les fondateurs en 1961 du séminaire « Tony Garnier » (qui faisait partie de l’École des Beaux Arts), que Parent rencontra Jacques Allégret, diplômé de l’École Boulle et qui suivait la même formation à l’Institut. En 1960 Allégret avait formé l’AUA, un atelier coopératif pluridisciplinaire pionnier groupant urbanistes, ingénieurs, architectes, sociologues, architectes d’intérieur et paysagistes qui, de 1962 à 1968, publia une revue, Forum. Encore que tous ses membres ne fussent pas communistes, l’AUA entretint, jusqu’à sa dissolution en 1985, des rapports privilégiés avec les élus communistes les plus ouverts à une modernisation des pratiques culturelles, ce qui aboutit à un processus expérimental de travail contrastant avec le mode de production dominant de l’architecture française.

En 1964, Jean-François Parent participa à la création de l’ACTUA (atelier coopératif technique, urbanisme et architecture) à l’instar de l’AUA. Mais il fut bientôt invité par Allégret à joindre l’équipe de l’AUA pour le concours des Halles, afin d’entreprendre l’étude des voiries du projet. À l’époque, grâce à la diffusion dans Forum de l’expérience pluridisciplinaire de l’AUA en banlieue parisienne, Allégret avait été convoqué à Grenoble par l’adjoint à l’urbanisme de Hubert Dubedout, Jean Verlhac*, l’un des fondateurs en 1960 du PSU (Parti socialiste unifié). Lorsque, avec les socialistes (SFIO-PSU), le GAM (Groupe d’action municipale) du maire Dubedout avait pris le contrôle de la ville en 1965, les Jeux olympiques d’hiver de 1968 engendrèrent de nouvelles initiatives de démocratie locale et de planification urbaine. Ce fut comme membres de l’AUA en 1966 que Parent obtint avec l’urbaniste Michel Steinebach, un contrat pour la création d’une agence municipale d’urbanisme de Grenoble, transformée en agence d’agglomération à partir de 1967. Parent fut chargé, dans le cadre d’une équipe pluridisciplinaire dont faisaient partie ses collègues architectes et paysagistes de l’AUA, du projet pour la Zone à urbaniser en priorité (ZUP) de Grenoble-Échirolles. Devenue « Villeneuve » (1965-85), elle consista en un développement urbain complexe situé dans le sud de Grenoble, et au nord d’Échirolles. Steinebach était, à son tour, chargé de l’élaboration du Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU), approuvé en 1973.

L’idée d’intégration — entre classes sociales et groupes d’âge, propriétaires et locataires, espaces publics et privés, équipements, vie communautaire et associative, commerce et loisirs — a dicté les principes urbanistiques et architecturaux imaginés par les membres de l’AUA pour la Villeneuve. Ce projet était au centre du débat entre communistes et socialistes au colloque « Pour un urbanisme… » stratégiquement réalisé à Grenoble par La Nouvelle Critique et par la Fédération de l’Isère du PCF en 1974, deux ans après la signature du Programme commun (1972-1977). L’organisation en incombait à l’architecte Jean-Louis Cohen et à l’économiste François Ascher, les participants étaient représentatifs d’une grande variété de disciplines et d’affiliations politiques.

Parent se consacra également aux activités pédagogiques, d’abord comme maître de conférence à l’École nationale des ponts et chaussées de 1966 jusqu’en 1969, quand il s’installa définitivement à Grenoble et mit en place l’Unité d’enseignement et de recherche (UER) d’urbanisme de la ville aux côtés de Jean Verlhac, de l’ingénieur Christian Lacroix, de la sociologue Martine Toulotte et de François Ascher, parmi d’autres. En 1978 il quitta l’AUA et devient salarié de la Société d’aménagement du département de l’Isère (SADI), pour laquelle il travaillait comme responsable des études opérationnelles de la Villeneuve (Grenoble et Échirolles) jusqu’en 1983. A partir de cette année, où l’élection d’Alain Carignon (RPR) mit fin à la municipalité Dubedout, Parent intervint pour d’autres communes de l’agglomération dans le cadre de la SADI. En 1986, comme secrétaire du Comité d’entreprise il entra en conflit avec la direction de la SADI, qui, sous l’influence du conseil général, cherchait à réduire l’activité de cette SEM. Parent fut mis en préretraite par la SADI au bout de deux ans.

Lors de la Guerre du Golfe en 1991 Jean-François Parent quitta le Parti socialiste (PS) auquel il avait adhéré en 1980. Au sein du PS, Parent était secrétaire aux études à la Fédération de l’Isère représentant le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES) dirigé par Jean-Pierre Chevènement. En 1995, élu sur la liste de Michel Destot, après une campagne menée avec un mouvement politique local, GO Citoyenneté, il devint conseiller municipal délégué au logement social et président de l’office HLM de Grenoble, présidence qu’il exerça de 1995 jusqu’en 2001. Parent siégea au Conseil de Développement de l’agglomération grenobloise jusqu’en 2009.

Membre de la commission culturelle de la ville de Grenoble durant la municipalité Dubedout, Parent avait, entre autres, collaboré en 1982 avec le Musée dauphinois pour l’exposition « Le roman des grenoblois 1840-1980 » consacrée à l’histoire urbaine de la ville. Depuis le début de la décennie 1990 il revint vers ses premières expériences professionnelles et poursuivit diverses études sur le patrimoine industriel de l’Isère, en liaison avec le même Musée. Dès lors il entreprit un recensement du patrimoine industriel dans tout le département, étude systématisée dans des œuvres comme La Fure, une vallée singulière (1999) et l’Atlas du patrimoine industriel (2007), qu’il publia avec l’ethnologue Cécile Gouy-Gilbert, et enfin dans la création du Musée de la Houille Blanche inauguré en 2011 sur le site de l’ancienne usine de fabrication de pâte à papier d’Aristide Bergès.

Parent fut l’auteur de nombreuses publications systématiquement consacrées à une réflexion théorique à propos de son expérience à la fois urbanistique et politique auprès de l’agence d’urbanisme, dans le cadre de la municipalité Dubedout. Ses œuvres portent également sur l’évolution urbaine de Grenoble et de son agglomération, notion politico-territoriale qu’il prônait depuis plus de quarante ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145447, notice PARENT Jean-François [PARENT, Jean-François, René] par Vanessa Grossman, version mise en ligne le 26 mai 2014, dernière modification le 26 mai 2014.

Par Vanessa Grossman

ŒUVRE choisie : « Le quartier de l’Arlequin à Grenoble. Objectifs, bilan provisoire et questions », Espaces et Sociétés, n° 16, novembre 1975, p. 85-108 (avec Eva Radwan). — Villeneuve de Grenoble et Echirolles : objectifs et réalisation, Grenoble, SADI, 1975, réédité jusqu’en 1978. — Grenoble, deux siècles d’urbanisation, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1982. — Le roman des grenoblois, Catalogue d’exposition du Musée dauphinois, Grenoble Information, 1982 (en collaboration). — Paysage et politique de la ville, Grenoble 1965-1985, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1988 (avec Jacques Joly). — Deux hommes, Une ville. Paul Mistral, Hubert Dubedout, Grenoble, Grenoble, La Pensée Sauvage, 1995 (avec Jean-Louis Schwartzbrod). — La Fure, une vallée singulière, Grenoble, La Pensée Sauvage, 1999. — 30 ans d’intercommunalité. Histoire de la coopération intercommunale dans l’agglomération grenobloise, Grenoble, La Pensée Sauvage, 2002. — Aménager un territoire. 1965/2005, l’agglomération grenobloise et son avenir, Grenoble, La Pensée Sauvage, 2005. — De la houille blanche à la microélectronique : réflexions sur le patrimoine industriel de l’Isère, Lancey, Patrimoine en Isère, Musée de la houille blanche, 2005 (direction avec Cécile Gouy-Gilbert). — Atlas du patrimoine industriel, Grenoble, Conseil Général de l’Isère, 2007 (avec Cécile Gouy-Gilbert).

SOURCES : Archives départementales de l’Isère. — Archives de l’Institut d’urbanisme de Grenoble. — Cité de l’architecture et du patrimoine, Centre d’architecture du XXe siècle, Fonds Dossiers d’œuvres de la direction de l’Architecture et de l’Urbanisme (DAU) - Atelier d’urbanisme et d’architecture (AUA). — Urbanisme, n° 107, numéro spécial tout entier consacré à Grenoble, juillet 1968. —« Pour un urbanisme... Rapports, communications, débats. Texte intégral du colloque organisé par La Nouvelle Critique et la Fédération de l’Isère du Parti communiste français, Grenoble, 6, 7 avril 1974 », La Nouvelle Critique, n° spécial 78 bis, 1974. — « Ville neuve de Grenoble : quartier de l’Arlequin », L’Architecture d’aujourd’hui, n° 174, juillet-août, 1974, p.24-29. — Georges Loiseau et Jean Tribel, « Quelques réponses ; en parler....la faire », Techniques et architecture, n° 307, décembre-janvier 1975-76, p. 59-61.— « Parc de la Villeneuve de Grenoble ; Parc des Coudrays, ville nouvelle de Saint-Quentin », Techniques et architecture, n°319, avril-mai 1978, p.70-75.— Borja Huidobro, « Galerie des Baladins, quartier 2 de la Villeneuve, Grenoble », Techniques et architecture, n° 323, février 1979, p. 59-61.— Jacques Joly, « Aspects de la politique urbaine à Grenoble », Revue de géographie alpine, Vol. 70, 1982, p. 7-30. — « Années 1970 », AMC, Architecture mouvement continuité, n° 11, avril 1986, p. 62-82. — Pascale Blin, L’AUA, mythe et réalités, Paris, Electa Moniteur, 1988. — Pierre Ducros, Pierre Frappat, François Lalande et René Rizzardo (dir.), Action municipale, innovation politique et décentralisation. Les années Dubedout à Grenoble, La Pensée Sauvage, 1998. — Bernard Bruneteau, « Le ‘mythe de Grenoble’ des années 1960 et 1970 un usage politique de la modernité », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, Vol. 58, 1998, p. 111-126. — 35 ans d’Agence d’Urbanisme, 35 paroles d’acteurs, Agence d’urbanisme de Grenoble, 2003. — Grégory Busquet, Idéologie urbaine et pensée politique dans la France de la période 1958-1981, thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, Université Paris XII – Val De Marne, 2007. — État civil.

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