CAROVIS Albert

Par Georges Portalès

Né le 13 avril 1908 à Boisse-Penchot (Aveyron), mort le 15 mai 2002 à Tournefeuille (Haute-Garonne) ; ingénieur des Arts et Métiers ; Saint-cyrien ; résistant (Combat, Mouvements unis de la Résistance, Armée secrète) de la Haute-Garonne ; capitaine des Forces Françaises de l’Intérieur ; président du Comité départemental de libération de la Haute-Garonne ; progressiste.

Albert Carovis pendant un discours
Albert Carovis pendant un discours

La mère d’Albert Carovis était lotoise, son père, Désiré Carovis, était d’origine polonaise. Celui-ci s’installa en famille en Belgique puis en France ou il exerça le métier de mécanicien. Il emmena Albert en Argentine et à onze ans, Albert parlait aussi bien le français que l’espagnol. Ses parents revinrent en France où Albert fit de très rapides progrès dans ses études. À vingt ans il était ingénieur diplômé des Arts et Métiers, spécialiste de l’électricité. Il fut embauché à la « Pyrénéenne d’Électricité » en tant que chef de travaux et installa ses bureaux à Grenade-sur-Garonne (Haute-Garonne). Il travaillait à l’électrification du sud-ouest lorsqu’il fut appelé à accomplir son service militaire.

En 1928, Albert Carovis fut affecté au 171e régiment d’Infanterie. Puis il intégra l’école militaire de Saint-Cyr où il sortit, un an après, avec le grade de lieutenant.

En 1939, après une courte période passée dans le civil, la guerre éclata. Albert Carovis fut mobilisé avec le grade de capitaine. Il commanda une compagnie du 16e Régiment de tirailleurs sénégalais Le 13 juin 1940, il réalisa un exploit en abattant, coup sur coup, trois avions allemands, des Junkers 52, avec son canon de 20 dont était dotée sa compagnie. Une proposition de la Légion d’Honneur fut aussitôt établie, mais resta sans suite Albert Carovis fut grièvement blessé à la tête. Amnésique, il erra jusqu’à fin juillet d’hôpital en hôpital. Il fut signalé à Royan puis à Bayonne . Arriva à Malause (Tarn-et-Garonne), il ne savait pas encore quel était son nom. Le secrétaire de la Mairie, lui établit une carte d’identité au nom de « Blanchard » nom qu’on lui avait attribué pendant son périple d’amnésique. Carovis a donc possédé une vraie fausse carte d’identité.

En juin 1940, après la défaite et l’invasion de la France par l’Allemagne nazie, Albert Carovis refusa l’Armistice et constitua, autour de Grenade (Haute-Garonne), un groupe d’opposants au régime de Vichy. Il intégra, à la fin de 1941 « Combat », premier mouvement de Résistants implanté sur le territoire français. Au printemps 1942, Jean-Pierre Vernant, chef départemental de l’Armée Secrète (AS) regroupa les formations paramilitaires des grands mouvements de Résistance. Il découpa le département de la Haute-Garonne en sept secteurs, chacun doté d’un bataillon. Un bataillon comportait 3 compagnies, chaque compagnie comportait 3 trentaines. Un bataillon possédait donc 270 hommes. Il proposa à Carovis le secteur 1 (Grenade-sur-Garonne, Haute-Garonne) et ses environs débordant sur le Gers (L’Isle-en-Jourdain, Caumon). Appliquant ce qu’il avait appris à Saint-Cyr, Carovis, désormais connu sous le pseudonyme de Jean, fit de son secteur le territoire le mieux organisé du département.

Au début de 1943, Albert Carovis entra au Comité directeur départemental des MUR- Mouvements unis de la Résistance : il en assura quelque temps la présidence. Au début de 1944, il rassembla ses meilleurs éléments pour constituer le « Maquis Roger » fort de 500 hommes, lequel fut le premier à entrer dans Toulouse le 19 août 1944.

En mars 1944, Albert Carovis, poursuivi par la Gestapo avait été victime d’un grave accident de moto et avait reçu une rafale de mitrailleuse Il fut transporté d’urgence, caché et soigné à la clinique toulousaine du Château. C’est son ami Albert Lautman, philosophe des mathématiques et résistant, adjoint de Carovis qui prit soin de lui durant sa convalescence. Albert Lautman, arrêté le 15 mai 1944, fit partie du convoi du « Train fantôme » Il fut fusillé par les Nazis le 1er août 1944.

Parallèlement à cette action armée, Carovis occupa d’importantes fonctions dans la hiérarchie de la Résistance. Très proche de Jean Cassou avec lequel il avait beaucoup d’affinités, il proposa sa désignation comme Commissaire de la République : décision entérinée par le Gouvernement provisoire de la République française à Alger. Carovis quant à lui, fut désigné, par ce même gouvernement, président du Comité départemental de Libération de la Haute-Garonne.

À la veille de la Libération de la ville, le CDL se réunit au 21 rue d’Orléans à Toulouse. Cette maison avait été louée par un ami de Carovis, Virgile Vuillemin, l’un des « Mutins de la Mer Noire de 1919 » qui avait installé là, un petit atelier de matériel électrique. C’est dans ces locaux que se tint la dernière réunion clandestine de la Résistance dans la nuit du 19 au 20 août 1944. C’est là que la proclamation de la République pour le lendemain 20 août fut décidée. Jean Cassou au cours de la nuit fut grièvement blessé par une colonne allemande. Pierre Bertaux le remplaça au pied levé et s’installa à la Préfecture de Toulouse.

Le Comité départemental de libération qui comptait 14 membres, dont Raoul Marty représentant la CGT et un proche d’Albert Carovis. Le CDL fonctionna jusqu’en septembre 1945 et joua un rôle déterminant dans l’épuration des collaborateurs du régime de Vichy, puis dans la remise en route des grandes entreprises et des institutions républicaines. Il réorganisa la vie quotidienne des habitants de la Haute-Garonne : administration, transports, ainsi que dans la répartition des ressources énergétiques : le CDL exercera un véritable pouvoir départemental.

Après la libération de Toulouse, Albert Carovis soutint les rencontres entre chefs d’entreprises et syndicats. Les « Accords de Toulouse » qui y furent négociés du 10 au 13 septembre 1944, par les Comités de Libération des entreprises furent en grande partie le fruit du travail du Comité départemental de libération et de son président. Selon l’historien Michel Goubet, Lucien Llabres, syndicaliste CGT et responsable communiste signataire de l’accord dans l’industrie aéronautique, aurait prêté serment commencent par cette formule : « nous nous engageons sur l’honneur à collaborer loyalement entre nous, afin d’assurer un rendement maximum de la production, en sauvegardant les intérêts des travailleurs et de la collectivité nationale ». Pierre Bertaux, commissaire de la République valida de fait ces accords qui préfiguraient les lois et décrets de 1946 portant sur le droit syndical dans les entreprises, les délégués du personnel, les comités d’entreprise

En 1946, Albert Carovis reprit son métier d’ingénieur électricien, menant de pair son activité professionnelle et son action pour transmettre la mémoire de la Résistance de la région toulousaine. Pour ce faire il créa, en 1976, le « Comité de Résistants pour l’histoire de la Libération de Toulouse et de sa Région » et
la revue trimestrielle Résistance R4  : douze numéros parurent entre 1977 et 1980. Le résistant Paul Debauges et l’historien Michel Goubet collaborèrent activement à cette revue et publièrent, en 1986, un livre sur l’ Histoire de la Résistance en Haute-Garonne aux éditions Milan.

Deux colloques eurent lieu à l’Université du Mirail avec la participation de plusieurs résistants, historiens et chercheurs spécialistes de la Résistance. Au cours du deuxième colloque, Carovis, excédé par les propos de Bertaux, l’avait traité de menteur. L’ancien commissaire de la République avait écrit un ouvrage paru en 1973 sur la libération de Toulouse qui engendra une polémique dont s’était fait l’écho la revue Résistance R4 dans plusieurs de ses numéros.

À sa retraite Albert Carovis créa, sur les coteaux de Villemur-sur-Tarn, un élevage de moutons, puis se retira à Bessières. Enfin, il fit construire à Tournefeuille dans la banlieue de Toulouse, une petite villa où il décéda le 15 mai 2002. Il fut enterré à Grazac (Tarn).

Selon Pierre Bénech, Albert Carovis fut oublié des politiques dont on ne vit aucun représentant à ses obsèques, mais il était entouré de tous ses amis de la Résistance.

Albert Carovis s’était marié en 1930 avec Hortense. Le couple eut deux filles Violette et Jackie.

Une rue de Toulouse immortalise sa mémoire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145511, notice CAROVIS Albert par Georges Portalès, version mise en ligne le 11 mars 2013, dernière modification le 12 mars 2018.

Par Georges Portalès

Albert Carovis pendant un discours
Albert Carovis pendant un discours
Ravanel, Bertaux, Carovis en août 1944 à Toulouse
Ravanel, Bertaux, Carovis en août 1944 à Toulouse
Clichés fournis par Georges Portalès

SOURCES : Histoire de la Résistance Haute-Garonne par le Comité des Résistants de la région R4 : Michel Goubet et Paul Debauges, Toulouse, Éditions Milan 1986.
Résistance R4, numéro 8, juin 1978 : Albert Carovis retrace les réunions préparatoires du CDL en vue de la libération de Toulouse.
Témoignage, Vidéo-entretien : Pierre Bénech et Georges Portalès, février 2012.
Témoignage entretien : Violette Carovis et Georges Portalès février et mars 2013.
Le témoignage Audiovisuel de Pierre Bénech sur la Résistance, figure dans le CD-ROM La Résistance en Haute-Garonne créé par l’Association Histoire de la Résistance en Haute-Garonne - dans le cadre de la Campagne Nationale de l’AERI. Pierre Bénech y est interviewé par l’historien Michel Goubet, auteur avec Pierre Léoutre de ce CD-ROM. 

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