MIOT Jules, François, dit Claude

Par Jean Maitron

Né le 13 septembre 1809 à Autun (Saône-et-Loire), mort le 9 mai 1883 à Adamville (Saint-Maur) dans la Seine ; pharmacien ; représentant républicain démocrate-socialiste de la Nièvre en 1849 ; membre de l’Internationale ; élu de la Commune de Paris.

Jules Miot
Jules Miot
Cliché fourni par Serge Bernard

Fils de Claude Miot, pharmacien, lui-même pharmacien à Moulins-Engilbert, Jules Miot avait une sœur, Marie-Madeleine, née en 1910, épouse d’un ingénieur de Fourchambault, Nicolas Cadiat, qui l’aida aux périodes difficiles.

De 1840 à 1845, Jules Miot fit imprimer divers écrits socialistes. Il fut élu représentant du peuple en 1849, conseiller général de la Nièvre et maire de Moulins-Engilbert. Après le coup d’État du 2 décembre 1851, il fut aussitôt arrêté à Paris, au 22, rue de l’Odéon, conduit à la prison de Sainte-Pélagie, puis à Mazas, à Bourges, au Fort d’Ivry, au Havre, à Brest, au Lazaret d’Alger, avant de revenir au fort Lamalgue de Toulon, d’où il partit le 4 mai pour l’Algérie. Après avoir débarqué à Mers-El-Kebir, il arriva finalement le 7 mai 1852 à Sebdou dans l’Oranais. Il demeura sur la frontière du Maroc jusqu’en 1856, puis obtint la permission de parcourir librement l’Algérie et se fixa à Alger, où il s’occupa de travaux de photographie jusqu’à sa grâce qui lui fut accordée le 16 octobre 1860. Il vint alors à Paris et s’établit pharmacien, 142, rue de Rivoli. En 1861, il vendit son fonds et se retira, 29, rue de la Vieille-Estrapade.

Marié en 1837 avec la fille d’un notaire de Vézelay, Anne-Marguerite Bert, il fut père de deux enfants (Aristide et Camille qui deviendront médecins).

Jules Miot avait probablement dû sa notoriété première au pamphlétaire Claude Tillier. Le 17 avril de 1840, Miot acheta aux enchères deux petits canons à pierre hors d’usage. Les opposants locaux y virent une menace et s’en ouvrirent au préfet, qui intima à Miot l’ordre de retirer ses engins. Celui-ci refusa obstinément. Un procès en correctionnelle aboutit à son acquittement. Claude Tillier écrivit alors un de ses plus spirituels pamphlets : Les Canons de Monsieur Miot.

À Paris, Miot s’était lié avec Malardier, Ferdinand Gambon (autre député de la Nièvre) et Gustave Lefrançais, qui lui témoigna une profonde amitié. Il lutta avec conviction contre le parti de l’Ordre et contre l’Élysée. Il avait, à la Chambre, la spécialité de se faire rappeler à l’ordre, avec privation de traitement le cas échéant. Il était absolument convaincu que d’un signe il pouvait faire descendre 20 000 ouvriers — c’était son chiffre — dans la rue. Avec Greppo et Démosthène Ollivier, il avait fondé à Paris le Comité central de Résistance, dont la police connut par un de ses agents toutes les activités — Voir Pensée.

Revenu d’Afrique, Miot ne tarda pas à nouer des relations avec les opposants à l’Empire. En 1861, il fonda à Paris le journal Le Modéré. La même année, il constitua, notamment avec un certain Eugène Vassel, statuaire, ancien sous-lieutenant au 9e régiment de hussards (destitué le 22 août 1849 pour absence illégale de son corps et condamné à la transportation en mars 1852) une société secrète. Un complot fut organisé : le 2 mars 1862, l’empereur devait être enlevé, les bâtiments officiels occupés et des appels lancés aux sociétés affiliées des grandes villes de province. Le complot fut éventé, Miot arrêté, et l’affaire « Miot-Greppo » fut appelée devant la 6e chambre du tribunal correctionnel (cf. Gazette des Tribunaux, 15 juin 1862). Miot fut condamné à trois ans de prison et 100 F d’amende et interné à Sainte-Pélagie, du 26 octobre 1862 au 17 décembre 1865.

Libéré, Miot passa en Angleterre, assista aux réunions de l’Internationale et « ne tarda point, comme la plupart des réfugiés français, à se faire affilier à l’association » (rapport du 28 août 1872, Arch. PPo., B a/1190). En septembre 1868, il participa à son congrès réuni à Bruxelles, et fit partie de la rédaction du journal La Cigale. Il revint à Paris en 1869.

Après la proclamation de la République, il fut élu le 7 novembre 1870 adjoint au maire du VIIIe arrondissement. Il fréquenta les clubs, mais échoua aux élections de février 1871.
Il fut élu, le 26 mars, membre de la Commune pour le XIXe arr., par 5 520 voix sur 11 282 votants. Avec Auguste Verdure, Jean-Baptiste Clément, Gustave Courbet et Jules Vallès, il fit partie de la Commission de l’Enseignement (29 mars et 21 avril) et c’est lui qui, le 28 avril, proposa la constitution d’un Comité de Salut public, élu le 1er mai. Il s’occupa également de l’inspection des prisons et fit partie un moment de la Commission des Barricades organisée par Napoléon Gaillard. Il quitta Paris à la fin de la Commune.

Miot avait alors « une figure taillée à l’antique, régulière, énergique, rendue sévère par une longue barbe blanche et un vaste front poli, un peu dégarni par l’âge ». Toutefois, a écrit Dubreuilh, dans l’Histoire socialiste : « Belle tête vénérable et barbue, mais de peu de cervelle ».
Miot réussit à passer en Suisse après la Commune et arriva à Genève le 30 janvier 1872, selon un rapport de police (Arch. PPo., B a/433). C’est par contumace que le 5e conseil de guerre le condamna à mort, le 11 septembre 1872.

En exil, durant les premières années du moins, il s’occupa beaucoup de politique, prenant part à toutes les manifestations des réfugiés de la Commune. Du 19 avril 1871 au 25 mai 1872, il publia, avec Martinet, Le Diogène (19 numéros).

Revenu en France, il vécut au Parc-Saint-Maur « à l’écart des agitations de la politique » (rapport du 10 octobre 1881, Arch. PPo., B a/1190), mais se présenta cependant aux élections législatives d’août 1881 à Clamecy.

Il vivait à Adamville, quartier de Saint-Maur-des-Fossès. Ses fils lui venaient en aide. Néanmoins, en 1881, il demanda un secours en tant que victime du coup d’État. Il mourut deux ans après. Il fut inhumé au Père Lachaise, 52e division, en présence d’une foule estimée à 600 personnes. Le Journal de Genève relata ses obsèques dans son édition du 13 mai 1883.

Jules Miot fut de toutes les luttes du XIXe siècle pour la justice, la liberté. Emprisonné, déporté, proscrit, condamné à mort, il ne renonça jamais à ses convictions profondes, ni à ses valeurs humanistes, afin qu’elles soient transmises aux générations futures.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145545, notice MIOT Jules, François, dit Claude par Jean Maitron, version mise en ligne le 13 mars 2013, dernière modification le 5 mai 2021.

Par Jean Maitron

Jules Miot
Jules Miot
Cliché fourni par Serge Bernard

ŒUVRES : Lettre de M. Gautherin, sous-préfet de Château-Chinon, à M. J. Miot. Réponse de J. Miot, Nevers, 1842, in-4°, Bibl. Nat., 4° Lk 7/5280. — Juillet 1861. L’Alerte, chant national, dédié au peuple, Paris, 1861, deux éditions, in-8°, Bibl. Nat., Ye 55471 (1401 et 1402). — Cour impériale de Paris. Société secrète. Défense de Jules Miot, suivie de la réplique de Me Laurier, avocat, Nantes, 1863, in-8°, Bibl. Nat., 8° Lb 56/1273. — Les deux diplomaties... complainte. Nantes, 1863, in-8°, Bibl. Nat., Ye 55471 (1403). — L’heure suprême de l’Italie..., suivie d’une lettre relative au portefeuille de Lamoricière, Paris, 1860, in-8°, Bibl. Nat., K 12536. — 1860, 2e édition, in-8°, K 12537. — Pétition au Sénat, question de liberté individuelle, Paris, 1866, in-4°, Bibl. Nat., 4° Ln 27/22454. — La Pologne sauvée !!! Air : À la façon de Barbari, Paris, 1863, in-plano, Bibl. Nat., Ye 55471 (1404). — Les régences dans l’histoire et la question de liberté individuelle devant le Sénat, Paris, 1866, in-12, Bibl. Nat., 8° L 38/18. — 1866, 2e édition, in-12, 8° L 38/18 A. — Réponse aux deux libelles : « Les Conspirateurs » et « La Naissance de la République » de Chenu et Delahodde..., Paris, 1850, in-18, Bibl. Nat., 8° Lb 53/22. — Réponse du citoyen J. Miot, républicain des bois, au R. P. Montalembert, républicain de circonstance, avec suite à la Culotte et aux Souliers du Père Dupin, Paris, 1850, in-8°, Bibl. Nat., 8° Lb 55/1457. — Les Sicaires de la réaction au pilori, réponse aux deux brochures : Les Mystères de l’Hôtel de Ville, le Gouvernement provisoire de l’Hôtel de Ville dévoilés, de Drevet et Delavarenne..., Paris, 1850, in-12, Bibl. Nat., 8° Lb 53/30.

SOURCES : Arch. Nat., BB 24/687, n° 578. BB 24/861 n° 4598. — Arch. PPo., B a/433 et Ba/1190 (rapports et quelques documents saisis au cours de la perquisition du 30 mai 1871 au domicile de Miot. — Procès-Verbaux de la Commune de 1871, tt. 1 et 2. — G. Lefrançais, Souvenirs d’un Révolutionnaire, op. cit., p. 106. — M. Vuillaume, Mes cahiers rouges au temps de la Commune. — Hélène Aurousseau, « Jules Miot, pharmacien et homme politique (1809-1883) », Revue d’histoire de la pharmacie, 26ᵉ année, n°103, 1938. p. 341-349. — Site des Amis et Passionnés du Père-Lachaise (personnage, monument).— Notice revue par Serge Bernard.

ICONOGRAPHIE : G. Bourgin. La Commune 1870-1871, op. cit. p. 247. — Bruhat, Dautry, Tersen, La Commune de Paris, op. cit., p. 140.

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