LÉGLISE Jacques, dit Thibault

Par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque

Né le 25 février 1919 à Paris (XIIe arr.) , mort le 13 septembre 2010 à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) ; médecin ; trotskyste, militant du Groupe communiste (4e Internationale) puis de l’Union communiste (4e Internationale) ; devenu socialiste ; conseiller municipal de Biarritz.

Le père de Jacques Léglise (né le 26 mars 1879), était issu d’une famille très modeste. Il réussit à devenir courtier en grains et produits du sol à la Bourse du commerce, ce qui lui permit de s’enrichir. Sa mère (née le 4 août 1893), fille d’officier et d’origine juive, resta pour sa part femme au foyer. La petite famille habita la banlieue sud de Paris à compter de 1928.

Alors qu’il était lycéen, Jacques Léglise fut membre des Jeunesses socialistes en 1936-1937.

Après le baccalauréat, il choisit de s’inscrire à la faculté de médecine de Paris, à l’issue d’une année préparatoire (Physique, Chimie, Biologie) de 1939 à 1940. Cette année préparatoire fut interrompue par la déclaration de guerre. Jacques Léglise, mobilisé en novembre 1939, se retrouva simple soldat au 402e d’artillerie, affecté à un camp militaire dans la Beauce. Il fut ensuite candidat élève officier à Rennes. Souffrant d’asthme, il se fit finalement réformer en mars 1940, et reprit son année de PCB à Rennes. Lors de l’exode, il s’enfuit en voiture jusqu’à Capbreton dans les Landes, où sa famille habitait. C’est là, à la mi-juin, qu’il fit la connaissance de Mathieu Bucholz, lui aussi réfugié de l’exode, cousin d’Yves Benot, qu’il connaissait déjà. Il retourna par la suite à Paris pour poursuivre ses études, grâce à une pension versée par son père. À l’hiver 1942, il rencontra de nouveau Mathieu Bucholz à la Sorbonne. Ce dernier, mis en confiance par les origines juives de Jacques Léglise et par la teneur de leur conversation politique, lui conseilla certaines lectures (le Manifeste du Parti communiste en particulier, qui l’enthousiasma) et l’amena ainsi au trotskysme. Les règles de clandestinité étaient si rigoureuses dans ce groupe que Jacques Léglise crut d’abord être en contact avec un militant du Parti communiste. Ce n’est qu’au bout de plusieurs rencontres que Bucholz lui révéla qu’il appartenait à une organisation trotskyste.

Il devint ainsi membre du Groupe communiste (4e Internationale) dirigé par Barta, qui lui donna le pseudonyme de Thibaut (tiré du nom d’un personnage de la saga de Martin du Gard, Les Thibault). Le groupe ayant alors une structure clandestine, Jacques Léglise était surtout en contact avec Mathieu Bucholz, Barta et Claire Faget (Louise). À cette époque, il vivait, avec son épouse Isabelle, née Blanchet, coiffeuse, dans un appartement situé 22 rue de Tournefort (Paris Ve arrondissement).Ils s’étaient mariés le 5 avril 1941 à Paris VII arr. En plus de ses études de médecine que Barta encouragea, il s’inscrivit à la Bibliothèque Nationale où l’on pouvait encore trouver des livres, interdits par les autorités allemandes, que sa formation politique lui imposait. Il fut également chargé de former ses camarades ouvriers sur des thèmes de culture générale (physique, chimie). On déposa chez lui une machine à écrire sur laquelle Louise venait taper les stencils de la publication du groupe, le journal clandestin La Lutte de classes. Certaines réunions se déroulaient également chez lui, réunissant, outre sa femme, Barta, Louise, Mathieu Bucholz et son frère cadet Michel. L’activité essentielle du groupe était alors la publication du journal La Lutte de classes ainsi que le recrutement et la sélection rigoureuse de contacts que l’on formait à devenir "militants professionnels".

Fin 1942, un étudiant en médecine, militant communiste et ami de Jacques Léglise, Bernard Ridoux, fut emprisonné à la Santé ; ses parents demandèrent à Jacques Léglise de prendre en charge un contact de leur fils, un jeune communiste évadé de prison, Robert Barcia. Léglise mit ce dernier en relation avec Mathieu Bucholz. Le jeune Robert Barcia entra ainsi en contact avec des militants trotskystes et se joignit à leur groupe dans lequel il milita sous le pseudonyme de Hardy.

Au moment de l’insurrection de Paris, Jacques Léglise était externe à l’hôpital Saint Louis. Il parvint à récupérer un révolver sur un officier allemand blessé que l’on avait conduit à l’hôpital. L’armement du groupe consistait à ce moment-là en deux mitraillettes anglaises, une mitraillette allemande et quelques revolvers. En septembre 1944, Mathieu Bucholz disparut mystérieusement : en sortant d’une réunion chez des sympathisants communistes auxquels il donnait des cours de marxisme, il fut emmené par des FTP rue du Château d’eau (et non rue de Châteaudun comme ses camarades le supposèrent d’abord) dans une caserne des pompiers réquisitionnée par les FTP. Ses camarades, inquiets de sa disparition, chargèrent Jacques Léglise de partir à sa recherche. Après être parvenu à se procurer un ordre de mission du 2e bureau FFI, il visita toutes les prisons pour le retrouver, y compris le Mont Valérien. Il se rendit même au siège du Comité central du PCF rue de Châteaudun. En vain. Le corps de Mathieu Bucholz fut finalement repêché dans la Seine le 11 septembre, et l’autopsie révéla qu’il y avait été jeté vivant avant de se noyer (ses deux biceps étaient sectionnés et il avait reçu une balle dans les poumons). Ce crime ne fut jamais élucidé, mais les contacts que Mathieu Bucholz étaient parvenus à établir avec des sympathisants communistes avaient attiré sur lui l’attention de dirigeants du PCF, ce qui lui coûta la vie.
En octobre 1944, le groupe prit le nom d’Union communiste (4e Internationale) et prit la décision de sortir un journal imprimé. Bien que n’ayant pas l’autorisation légale de paraître, La Lutte de classes fut imprimée sur petite presse, une "Minerve" que le groupe était parvenu à se procurer. L’imprimerie clandestine fut aménagée dans un appartement à Sceaux dont les propriétaires étaient les parents de Jacques Léglise.

Mais Jacques Léglise commença à éprouver une certaine désillusion, suite à l’espoir d’une révolution qui ne s’était pas concrétisée. Il quitta finalement l’Union communiste en décembre 1946, à la fois pour désaccords politiques (ils furent cinq militants à quitter le groupe d’une quinzaine de membres de l’époque) et désapprobation du comportement de Barta, qu’il trouvait trop autoritariste. Il quitta également sa femme, devenue visiteuse médicale, à la même période, puis divoça en 1948. C’est également en 1946 qu’il acheva enfin ses études de médecine, et chercha du travail. Il en trouva finalement aux laboratoires en pharmacie Toraude, place de la Sorbonne. Il travailla ensuite comme médecin, d’abord remplaçant, puis ouvrit son premier cabinet, à Bayonne en 1949, revint ensuite à Paris où le laboratoire Fumouze l’embaucha comme directeur de la publicité.Il se maria à Paris VI arr. le 31 juillet 1951 avec Alice Bellong dont il divorça en 1955. À la même époque, il suivit des cours de théâtre et fit du cinéma, obtenant des petits rôles dans des films (Le vrai coupable, Monsieur Fabre). Il ouvrit ensuite un cabinet médical à Perpignan, de 1956 à 1960, où il se remaria le 22 décembre 1955 avec Rose Rossi et eurent deux enfants. Il abandonna par la suite ce cabinet, devint médecin conseil de la Sécurité sociale, à Perpignan d’abord puis à Drancy ensuite, avant de devenir responsable de la formation des visiteurs médicaux pour les laboratoires américains Park-Davis.

Il s’installa en 1963 à Biarritz où il eut un cabinet jusqu’en 1983. Son frère Claude, instituteur socialiste, y vivait déjà. En 1971, il fut élu conseiller municipal sur la liste présentée par Guy Petit, sénateur - maire de Biarritz. Il avait été initié en 1963 à la Franc-Maçonnerie, au Grand Orient de France, où il occupa par la suite plusieurs responsabilités importantes : Vénérable de la loge de Bayonne, puis conseiller de l’Ordre (élu par les loges de sa région), avant de devenir Grand maître adjoint, au moment où il prit sa retraite anticipée, en 1983. Il effectua dans ce cadre un certain nombre de recherches historiques, publiant en particulier un Catalogue des manuscrits maçonniques des bibliothèques publiques de France en deux volumes (1984 et 1988). Il rédigea en outre divers articles dans des revues maçonniques, ainsi que des nouvelles et des poèmes dans des revues littéraires régionales.Séparé de corps par jugement le 23 août 1988 , Jacques Léglise décéda en septembre 2010 à Biarritz, à l’âge de 91 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145622, notice LÉGLISE Jacques, dit Thibault par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque, version mise en ligne le 17 mars 2013, dernière modification le 9 juillet 2013.

Par Daniel Couret, Jean-Guillaume Lanuque

SOURCES : Entretien avec Jacques Léglise, le 27 août 2002.- Etat civil.

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