CLAISSE André dit RENARD, dit GOUPI ou GOUPIL

Par Philippe Bourrinet

Né le 16 juillet 1918 à Paris, mort le 26 septembre 2006, enterré à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; cheminot, métallo, l’un des principaux animateurs de la grève de Renault en 1947 ; trotskyste (Union communiste), puis bordiguiste.

Très vite orphelin, André Claisse travailla en usine. Il adhéra à la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) en 1933 et devint membre des Jeunesses communistes en 1934. Il fut tout d’abord enthousiasmé par le Front populaire, et participa aux grèves de mai 1936. Il devint ensuite cheminot. Fait prisonnier lors de la débâcle de mai 1940, il ne resta prisonnier que trois mois, car les autorités allemandes renvoyaient trois catégories de travailleurs indispensables à l’économie du pays occupé : les cheminots, les postiers et les infirmiers. Il devint alors gardien de passage à niveau.

Pendant l’Occupation, il rencontra Pierre Bois, qu’il avait déjà connu sur les bancs de l’école. Comme lui, il adhéra au groupe trotskyste l’Union communiste (UC) — ancêtre du groupe Lutte Ouvrière (LO) — où il fit la connaissance de son dirigeant Barta (David Korner) . L’un de ses camarades les plus chers, Mathieu Bucholz, dit Pamp, fut enlevé, torturé, puis assassiné par des membres du PCF à l’âge de vingt-deux ans, le 11 septembre 1944.

Après la Libération, l’UC l’envoya travailler chez Citroën. Il n’y restera que six mois, puis il se fit embaucher à la Radiotechnique, à Suresnes.

« Renard » ou « Goupil » est surtout connu pour son rôle dans la grande grève chez Renault d’avril 1947, à côté de Pierre Bois. Comme devait le souligner Barta, Goupi « avant Bois, était l’élément principal parmi quelques six militants (très dévoués et actifs) entrés dans l’usine ». Lors de cette grève, il est, avec Pierre Bois, un court moment, l’un des moteurs du comité de grève mené par la petite poignée de trotskystes de l’U.C. dont il est encore membre. Mais rapidement il ne peut plus participer à ce comité à cause de ses divergences sur l’orientation de la grève, qu’il jugeait « localiste ».

À la porte de l’usine Renault, il entra en contact avec les vendeurs du journal l’Etincelle : Marc Chirik et Robert Salama, membres du petit noyau de la Gauche communiste de France (GCF), qui publiait la revue Internationalisme. Les discussions dans les cafés environnants le convainquirent que l’issue positive de la grève était l’extension du mouvement. Il estimait qu’il ne fallait pas limiter la protestation ouvrière aux seules usines Renault. Il s’opposa à Pierre Bois, qui avait fondé un nouveau syndicat : le SDR (Syndicat démocratique Renault), auquel il refusa de se joindre. Ce syndicat s’étiolera pendant trois ans avant de disparaître.

Convaincu d’une action à long terme, s’appuyant sur de solides bases théoriques, Goupil resta membre de la GCF jusqu’en 1952, date à laquelle cette dernière disparut. Il adhéra alors en 1953, à la Fraction française de la Gauche communiste (FFGC) animée par Suzanne Voûte, groupe « bordiguiste » qui publia à partir de 1957 Programme communiste, puis le Prolétaire, organe du Parti communiste international (PCI), à partir de 1963. Il resta membre de l’organisation jusqu’en 1971. À l’époque, atteint par un premier cancer qui l’empêcha de poursuivre toute activité militante, il maintint des liens informels avec la mouvance « bordiguiste ». Lorsque ce mouvement international, ancré surtout en Italie et en France, éclata en plusieurs fractions suite à sa crise de 1982, il se retrouva très isolé. En 1990, il contacta le Courant communiste international (CCI), qui publiait le journal Révolution internationale, après avoir assisté à plusieurs de ses réunions publiques. Ce groupe lui parut plus conforme à ses positions politiques. Il en devint membre en 1998, et en démissionna rapidement en 2000, par rejet de tout esprit de secte. Malgré son grand âge, il fut l’un des fondateurs d’une petite revue révolutionnaire, Bilan et perspectives, avant de la quitter en 2002. De nouveau atteint d’un cancer, il mourut le 26 septembre 2006, sans avoir renoncé à une activité militante, dans la mouvance de la « Gauche communiste italienne ».

Hospitalisé pour un cancer à Paris, il mourut sans doute dans cette ville et fut inhumé au cimetière d’Ivry le vendredi 29 septembre 2006.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145635, notice CLAISSE André dit RENARD, dit GOUPI ou GOUPIL par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 18 mars 2013, dernière modification le 28 novembre 2017.

Par Philippe Bourrinet

SOURCES : « La grève de Renault », Internationalisme, n° 22, Paris, 15 mai 1947 [reprint « La Vieille taupe », Paris, 1972] . — Barta, Lettres à un jeune camarade, GET (Groupe d’étude trotskyste), s.d., Fontenay-aux-Bois. — Pierre Hempel, « Notre camarade et ami ‘Goupil’ n’est plus », Le Prolétariat Universel, n° 145, Montrouge, octobre 2006. — Michel Olivier, « André Claisse », Notes internationalistes, n° 7, Paris, décembre 2006. — Sur la grève Renault de 1947 : http://proletariatuniversel.blogspot.fr/2013/02/interview-de-goupil-sur-la-greve.html

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