LACOUE-LABARTHE Philippe

Par Jean-Luc Nancy, Léon Strauss

Né le 6 mars 1940 à Tours (Indre-et-Loire) , mort le 28 janvier 2007 à Paris ; universitaire, philosophe, dramaturge, traducteur ; membre de Socialisme ou Barbarie, acteur important des événements de 1968 à l’université de Strasbourg, auteur de nombreux textes sur le politique.

Agrégé de philosophie, docteur d’État, il fut assistant, maître de conférences et professeur à l’Université de Strasbourg de 1967 à 2002, tout en ayant une importante activité nationale et internationale. Son histoire politique fut marquée, bien entendu, par la guerre d’Algérie : agrégé en 1963, il était sursitaire, ne fut donc pas envoyé en Algérie et participa à Bordeaux aux mouvements de résistance à la guerre puis d’opposition aux tentatives de l’OAS. Il était en même temps membre de Socialisme ou Barbarie où il fut en 1960 du côté de Jean-François Lyotard* dans la scission interne du mouvement (qui prit fin en 1967). A Bordeaux, il était également lié au cercle de pensée inspiré par la pensée et la personnalité de Jacques Ellul*, dont les rapports à Marx, au christianisme et à la question de la technique laissèrent des traces profondes en lui. Dans ce cercle, il fut particulièrement proche de Daniel Joubert, qui pour sa part entretenait des rapports avec l’Internationale Situationniste (sans en être formellement membre). Philippe Lacoue-Labarthe suivit également des cours de Gérard Granel, autre influence marquante. Joubert, parti poursuivre ses études à Paris en 1961, se trouva mêlé aux activités des « situ » qui à Strasbourg provoquèrent en 1966 l’évènement marqué par le pamphlet De la misère en milieu étudiant.

Philippe Lacoue-Labarthe fut nommé à Strasbourg pour des raisons indépendantes de ces circonstances (liées à Georges Gusdorf, professeur à Strasbourg et de famille bordelaise) mais en même temps qu’il y trouvait la présence « situ » il y rencontrait Jean-Luc Nancy *. Dès 1967 s’amorçait une coopération à la fois philosophique et politique qui devait durer longtemps. En 1968, avec notamment Joubert, Théo Frey (exclu de l’Internationale Situationniste en 1967) et Paul Kobisch, le tandem participa activement aux évènements, dans un esprit partagé entre marxisme non-communiste et situationnisme. Dans les années suivantes, parmi un ensemble de recherches collectives dans l’Université, le duo poursuivit des cours communs sur la politique chez Freud (cf. La panique politique, 2013, republication d’articles de l’époque), chez Bataille*, chez Marx, chez Heidegger, dont les effets se traduisirent dans plusieurs publications ultérieures et notamment, pour Lacoue-Labarthe, dans sa thèse La Fiction du politique soutenue en 1986 et où il examinait les causes profondes de l’adhésion temporaire de Heidegger au parti nazi. En 1981, sur une proposition de Jacques Derrida, ils fondèrent à l’ENS-Ulm le Centre de Recherches philosophiques sur le politique qui rassembla jusqu’en 1985 de nombreux chercheurs (entre autres Badiou*, Balibar, Ferry, Kambouchner, Kofman, Lefort*, Rancière, Rogosinski). Deux volumes collectifs furent publiés (Rejouer le politique, 1981, Le Retrait du politique, 1982). Lacoue-Labarthe et Nancy décidèrent de fermer le Centre en 1984, estimant sa vocation détournée par une tendance croissante favorable à un repli sur la « société civile » selon un modèle inspiré de Solidarnosc (fondé en 1980). En 1980, à l’invitation du Comité d’information sur l’holocauste de Schiltigheim, les deux philosophes avaient prononcé une conférence (publiée dans les actes du colloque en 1981, Les Mécanismes du fascisme) ensuite reprise en versions et éditions successives sous le titre Le Mythe nazi. De 91 à 93 ils participent au Carrefour des littératures européennes dirigé par Christian Salmon (Penser l’Europe à ses frontières,1992) et à la fondation du « Parlement international des écrivains ». La question politique fut poursuivie par Philippe Lacoue-Labarthe dans plusieurs ouvrages (Sit venia verbo – avec Michel Deutsch – 1988, Heidegger : la politique du poème, 2002, Poétique de l’histoire, 2002) et divers articles (rassemblés par Aristide Bianchi et Leonid Kharlamov dans La réponse d’Ulysse, 2012) mais en réalité elle transparaît à travers de nombreux autres textes ont l’objet principal est esthétique ou de « philosophie première ». Les éditeurs du recueil posthume de 2012 préparent une publication des cours sur Marx restés inédits. Il faut ajouter que la passion politique, déterminante dans le rapport de Lacoue-Labarthe à toute la philosophie comme à la littérature et spécialement au théâtre, a joué aussi un rôle important dans son rapport à Maurice Blanchot .

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145668, notice LACOUE-LABARTHE Philippe par Jean-Luc Nancy, Léon Strauss, version mise en ligne le 21 mars 2013, dernière modification le 23 avril 2013.

Par Jean-Luc Nancy, Léon Strauss

SOURCES : Note de Jean-Luc Nancy. – Stuart Brown, Diane Collinson, Robert Wilkinson (éd.), Biographical Dictionary of Twietieth Philosophers , Londres New-York, 1986, p.429-430. — Philosophieder Gegenwart in Einzeldarstellungen von Adorno bis v. Wright, 2e édition, Stuttgart, 1999. — Nouveau dictionnaire de Biographie alsacienne, n° 46, Strasbourg, 2006, p.4761-4762. — Dictionnaire des Philosophes (notice de Myriam Revault d’Allones), Paris, PUF. — Lignes, numéro spécial, n° 22, 2007. — Europe, n° spécial, n°973, 2010. — Note de Jean-Luc Nancy.

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