PÉJU Paulette [née FLACHAT Paulette]

Par Gilles Manceron

Née 28 décembre 1919 à Lyon (Rhône), morte le 15 février 1979 à Villejuif (Val-de-Marne) ; journaliste ; militante anticolonialiste.

Quand son père, Jean Flachat, employé comptable, né à Saint-Étienne en 1870, est mort en 1932, Paulette Flachat passa, à l’âge de treize ans, à Lyon, d’une enfance protégée à une vie difficile, se retrouvant de fait chargée de responsabilités vis-à-vis de sa mère, Jeanne Roche, employée, née à Lyon en 1891, et de son jeune frère, Pierre Flachat, né lui aussi dans cette ville en 1923. Après des études secondaires dans un établissement catholique jusqu’au baccalauréat, elle s’inscrivit à la Faculté des Lettres, où, tout en travaillant pour poursuivre ses études, elle obtint une licence en philosophie. C’est là qu’elle rencontra Marcel Péju, qu’elle épousa le 8 avril 1943 à Lyon dans le 6e arrondissement. Celui-ci sortant brièvement, pour la cérémonie, de la clandestinité où il était entré l’année précédente pour participer aux activités du mouvement Franc-Tireur dont son père, Élie Péju, était l’un des dirigeants fondateurs. Paulette Péju avait dû assumer, à Lyon, jusqu’à la Libération, la situation clandestine de son mari, ainsi que celle de son frère, qui, requis lui aussi pour le STO, avait réussi à s’évader d’un train en partance pour l’Allemagne.

Après la Libération, elle travailla comme journaliste au quotidien issu de la Résistance Lyon libre (dont les directeurs et rédacteur en chef étaient André Ferrat et Victor Fay), à partir de sa création en 1944 jusqu’à sa disparition en 1950. Elle devint responsable des informations générales, puis des pages culturelles.

Elle s’installa ensuite à Paris avec son mari Marcel Péju et leurs trois enfants, nés en avril 1944, avril 1945 et mars 1947. En 1954, elle fit partie de l’équipe fondatrice de la station de « radio périphérique » Europe n° 1, aux côtés de Maurice Siegel, Pierre Sabbagh, Claude Terrien (Claude Fréminville), Jean Gorini et Maurice Ciantar. Elle y travailla comme secrétaire de rédaction au journal parlé, d’abord pour les informations générales et la politique étrangère, puis comme chef des reportages. Elle y fut également chargée à plusieurs reprises d’émissions magazine. Après en avoir démissionné fin 1958 pour raisons personnelles, elle entra l’année suivante au quotidien Libération d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, où elle fut rédactrice au service de politique étrangère dirigé par Albert-Paul Lentin.
Dans cette période marquée par la guerre d’Algérie, elle a été amenée à rencontrer et à aider des Algériens de la Fédération de France du FLN, au même titre que son mari, Marcel Péju, secrétaire général des Temps modernes de 1953 à 1962. Avec lui, elle rencontra, en 1961, au château de Turquant, où ils étaient détenus, Ahmed Ben Bella, Mohamed Khidder, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Rabah Bitat. Et elle publia en 1961, aux éditions François Maspero, deux petits ouvrages dénonciateurs, Les Harkis à Paris, à propos des exactions de la « Force de police auxiliaire » installée par le Premier ministre Michel Debré dans la capitale, et Ratonnades à Paris, à propos de la répression de la manifestation pacifique des Algériens du 17 octobre 1961 contre le couvre-feu qui leur était imposé. Deux livres qui furent immédiatement saisis chez l’imprimeur par la Police judiciaire, mais sans que cette mesure soit suivie d’aucune inculpation. Au lendemain des Accords d’Evian du 18 mars 1962, comme envoyée spéciale de Libération au Maroc, elle a écrit plusieurs reportages sur l’arrivée depuis Tunis de Ben Khedda et du GPRA, puis celle à Oujda de Ben Bella et de ses codétenus auparavant incarcérés en France. Après l’indépendance de l’Algérie, elle publia dans l’hebdomadaire Révolution africaine des articles (en février et avril 1963) sur le bidonville de Nanterre, puis (en juin 1963) sur le premier Sommet panafricain des 22 au 25 mai à Addis Abéba, qu’elle avait été chargée de couvrir pour ce journal et qui avait abouti à la création de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Elle publia aussi en 1962 la première traduction française, avec Ernest Bolo, du livre d’Isaac Deutscher, Trotsky, le prophète armé, co-éditée par Les Temps modernes et les éditions Julliard. Ses deux ouvrages qui avaient été interdits en 1961 ne furent réédités qu’en 2000 aux éditions La Découverte, et ce n’est qu’en 2011 que ce même éditeur publia un texte inédit, écrit avec Marcel Péju, sur le 17 octobre 1961. Celui-ci, intitulé Le 17 octobre des Algériens, devait paraître chez l’éditeur François Maspero à l’été 1962, mais n’est pas paru à la demande du premier gouvernement algérien qui ne souhaitait pas mettre en valeur une manifestation organisée par la Fédération de France du FLN dont la plupart des responsables étaient alors des opposants à la prise de pouvoir par l’état-major de l’ALN avec l’appui de Ben Bella.

Jusqu’à la fin du quotidien Libération en novembre 1964, elle continua à y travailler. Elle avait poursuivi ensuite différentes collaborations dans la presse et dans l’édition, travaillant notamment comme pigiste, de 1964 à 1969, à Constellation et Science et Vie, ou réalisant des entretiens avec Mohamed Lebjaoui, le premier chef de la Fédération de France du FLN en 1957, exilé en France après le coup d’État de Boumedienne en 1965, qui ont servi à celui-ci à publier, en 1970, chez Gallimard, son livre Vérités sur la révolution algérienne. En 2012, le livre paru l’année précédente associant son texte écrit cinquante ans plus tôt avec Marcel Péju, Le 17 octobre des Algériens, à une introduction et un texte original de Gilles Manceron analysant les raisons de la « triple occultation » de ce massacre, a obtenu le Prix de la Fondation Séligmann pour l’éducation contre le racisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145748, notice PÉJU Paulette [née FLACHAT Paulette] par Gilles Manceron, version mise en ligne le 24 mars 2013, dernière modification le 17 octobre 2017.

Par Gilles Manceron

ŒUVRE : Paulette Péju, Ratonnades à Paris, précédé de Les harkis à Paris, La Découverte, Paris, 2000 (première édition de chacun de ces textes, éditions François Maspero, 1961). — Marcel et Paulette Péju, Le 17 octobre des Algériens, suivi de La triple occultation d’un massacre par Gilles Manceron, La Découverte, Paris, 2011. — Articles de Paulette Péju dans Lyon libre (de 1944 à 1950), Libération (de 1959 à 1964) et Révolution africaine (de 1963 à 1965).

SOURCES : « Le “père tranquille” et les siens. Dans Lyon, capitale de la Résistance, la famille Péju en action », in Dominique Missika et Dominique Veillon, Résistance. Histoires de familles. 1940-1945, Armand Colin, Paris, 2009, p. 56-61. — « Marcel Péju », in Jacques Charby, Les porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, p. 233-241, La Découverte, Paris, 2004. — État civil.

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