NIGON Victor, Marc [NIGON Victor, Marie, Jean, Georges]

Par Vinko Markov

Né le 11 octobre 1920 à Metz (Moselle), mort le 5 juillet 2015 ; professeur de biologie à la Faculté des Sciences de Lyon ; membre du Syndicat de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESRS) et du Parti communiste français.

Fils de Pierre Nigon, tailleur d’habits, et d’Élise Deutscher, Victor Nigon fut un biologiste éclectique, pionnier dans l’étude de la génétique des nématodes et dans l’étude des cellules souches. Il se distingua lors de son passage au PCF par son positionnement critique au milieu des années 1950.

Après une licence ès sciences puis un DES de zoologie, Victor Nigon commença à travailler en tant que préparateur de géologie à la faculté des sciences de Lyon le 1er avril 1940. Marié le 28 novembre 1940 avec Marie-Thérèse Dubreuil, il quitta son poste au 1er avril 1941 pour raisons de famille. Le 10 octobre naquit son premier enfant. Un second suivit le 27 mars 1943. Après presque onze mois de service militaire au chantier de jeunesse 36, il entra le 31 septembre 1943 en tant qu’aide-chimiste à la poudrerie nationale de Bergerac, où il resta jusqu’à la mi-février 1944. C’est à cette époque qu’il isola dans cette ville la première souche de laboratoire du nématode libre Caenorhabditis elegans, qui devint l’un des principaux modèles de génétique moléculaire dans les années 1970. Il rendit compte de ses premières observations dans un article publié en 1943 dans les Comptes rendus de la Société de Biologie. Il obtint une bourse de recherche du CNRS pour l’année 1944-1945 et commença alors une thèse sous la direction de Pierre-Paul Grassé au laboratoire d’évolution des êtres organisés à Paris, puis poursuivit ses travaux en tant qu’attaché de recherche. Il fut en même temps chargé de mission au ministère de l’Agriculture en service officiel non rétribué, et chargé de cours à l’office de la recherche coloniale. Il soutint sa thèse de doctorat en juin 1948.

À la Libération, il participa à la reconstitution du Syndicat de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESRS), et en assura le secrétariat de fait avec Ernest Kahane. Arrivé à Lyon en janvier 1950, où il enseigna en tant que maître de conférences à la faculté des sciences, il participa à de nombreuses manifestations, fréquenta les intellectuels progressistes lyonnais et devint membre du comité fédéral du PCF dans le Rhône au moins à partir de 1951. Membre du comité directeur de l’association des Amis de Mitchourine, il fut cependant l’auteur en 1953-1954 d’un rapport dénonçant la défense sectaire du lyssenkisme. Lors de la conférence fédérale du PCF du Rhône, les 2 et 3 juin 1956, il prit la tête de l’opposition des intellectuels à la direction du Parti communiste pour protester contre le culte de Staline, le culte de la personnalité dans le parti français et le vote des pouvoirs spéciaux au gouvernement Guy Mollet. Il demanda en conséquence une modification des statuts pour donner plus de possibilités d’intervention à la base du parti. Cette intervention lui valut une réprimande sévère de Jacques Duclos. Il fut écarté de la délégation au XIVe congrès et ne fut pas retenu pour le comité fédéral. Il n’apparaît pas sur la liste du comité fédéral communiqué à la direction nationale, de janvier 1953 à 1957.

Il fit son autocritique en février 1957 puis continua à collaborer aux activités du PCF, notamment en participant à la rédaction de l’édition française de la Dialectique de la nature de Friedrich Engels, publiée par les Éditions Sociales en 1968.

À partir de la fin des années 1950, et jusqu’au milieu des années 1960, Victor Nigon conclut progressivement ses travaux sur les nématodes libres et commença à rechercher d’autres modèles biologiques permettant d’explorer l’influence respective des facteurs génétiques et environnementaux sur le développement. Après quelques travaux préliminaires concernant le métabolisme des acides nucléiques chez la drosophile et l’oursin, il se consacra plus particulièrement pendant les années 1970 et 1980 à la physiologie de l’euglène, aux cellules souches sanguines de poulet et à l’histoire évolutive de l’hémoglobine chez les primates, en relation avec les maladies héréditaires associées chez l’Homme. Les derniers articles techniques auquel il prit part furent publiés en 1995.

Il épousa Martine Cazan le 1er décembre 2001.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145824, notice NIGON Victor, Marc [NIGON Victor, Marie, Jean, Georges] par Vinko Markov, version mise en ligne le 16 septembre 2013, dernière modification le 15 avril 2021.

Par Vinko Markov

ŒUVRE : Plus d’une centaine d’articles dans des revues scientifiques. — Principaux ouvrages : Biologie générale (avec P.P Grassé, P. Laviolette, A. Hollande et E. Wolff), Masson, 1966 — Chapitre intitulé « Développement et reproduction des nématodes » dans le Traité de Zoologie (édité par P. P. Grassé), Masson, 1965. — Contributions en rapport avec son activité militante : « Le problème de l’hérédité et son évolution », article avec Ernest Kahane dans La Pensée, n° 25 du 1er juillet 1949. — Traduction (avec Marie-Thérèse Nigon) de J. D. Bernal. J. B. S. Haldane. N. W. Pirie. J. W. S. Pringle. — Une discussion sur l’origine de la vie, Introduction de Marcel Prenant, Union Rationaliste, 1955. — Participation à la rédaction de l’édition française de la Dialectique de la nature de F. Engels, Éditions sociales, 1968 (traduit de l’allemand par Émile Bottigelli. Notes avec Jeanne Lévy et de MM. Kahane, Labérenne, Nigon, Schatzman et Vassails).

SOURCES : Rapport CNRS 910024 dpc. — Rapports de la préfecture de Police du Rhône, décembre 1951 et 6 février 1957. — Notes d’Isabelle Gouarné. — Jean-Pierre Kahane, « Hommage à Évry Schatzman », La Vie de la Recherche Scientifique, n° 382 juillet-août-septembre 2010, p. 45. — Deniz Uztopal, Pouvoir idéologique et savoir scientifique, L’histoire sociale de la Science et des scientifiques communistes français dans la Guerre froide (1945-1956), thèse de doctorat soutenue le 29 mars 2012. — État civil.

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