KEUWET Georges.

Par Jean-Paul Mahoux

Thuillies-La Houzée (pr. Hainaut, commune et arr. Thuin), 2 juin 1899 − La Louvière (pr. Hainaut, arr. Soignies), 27 juin 1947. Ouvrier métallurgiste, militant à la Jeune garde socialiste, dirigeant régional puis national de la Centrale des métallurgistes de Belgique, conseiller communal et échevin représentant le Parti ouvrier belge à La Louvière.

Fils d’ouvrier, ouvrier lui-même, Georges Keuwet fréquente l’école jusqu’ à l’âge de quatorze ans. Il est ouvrier tourneur, outilleur. Déporté à Meschede (Westphalie, Allemagne) en 1916-1917, il travaille ensuite aux usines Boulonnerie et étirage de La Louvière.

Georges Keuwet milite rapidement à la Jeune garde socialiste (JGS) à La Croyère (commune de La Louvière, pr. Hainaut, arr. Soignies), particulièrement active dans le bassin du Centre, et au syndicat des métallurgistes. Il est délégué dans son usine et membre du Comité régional de la Centrale des métallurgistes de Belgique (CMB). Il suit les cours de la Centrale d’éducation ouvrière au Progrès à Jolimont (commune de La Louvière) de 1921 à 1922. La CMB l’envoie à l’École ouvrière supérieure (EOS) de Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale) en 1924-1925. Keuwet y présente un mémoire sur l’industrie de la boulonnerie.

À la fin de ses études en 1925, recommandé par Léon Delsinne*, directeur de l’école, Georges Keuwet est engagé comme secrétaire de la Fédération régionale des mutualités socialistes et syndicales du Centre. Il préside la régionale de la CMB puis devient secrétaire national de la CMB le 1er avril 1930, en remplacement de Guillaume Solau*, retraité. Il occupe ce poste jusqu’à son décès, aux côtés du brabançon Adrien Tommen* comme secrétaire adjoint. Selon Joseph Bondas, après les épreuves orale et écrite, « Nous eûmes tout de suite l’impression qu’en choisissant Keuwet, la Centrale aurait un bon, un excellent secrétaire. » (voir J. BONDAS, p. 210). Georges Keuwet siège au bureau de la Confédération générale du travail de Belgique (CGTB), qui succède à la Commission syndicale en 1937. C’est un excellent organisateur, un négociateur de talent, au sein d’une équipe de syndicalistes de qualité (Joseph Bondas, Lambert Bries*, Isi Delvigne*, Arthur Gailly*, etc.). Sous son mandat, la CMB augmente ses effectifs de plus de 25 % entre 1930 et 1946 et dépasse définitivement les 100.000 membres.

Georges Keuwet préside aux manifestations du cinquantième anniversaire de sa Centrale et à l’inauguration de son bâtiment national de style art déco, situé place Rouppe à Bruxelles le 4 juillet 1937. Il y prononce un discours dans lequel il explique : « Les temps sont révolus où le syndicalisme, en raison même de la misère profonde dans laquelle végétait la classe ouvrière, pouvait faire jouer la corde sentimentale. Aujourd’hui que les travailleurs, par la puissance de leurs organisations, s’imposent de plus en plus au patronat au point de traiter d’égal à égal. La situation industrielle doit être examinée sous tous ses aspects. Importations et exportations, prix de revient et prix de vente font l’objet des préoccupations des syndicalistes autant que des industriels… Un bon personnel, un bon local, voilà de quoi préparer la bonne documentation… de bonnes armes pour la lutte de tous les jours ».

Comme secrétaire national, Georges Keuwet siège aux commissions paritaires de la métallurgie. Il représente à plusieurs reprises la CMB aux congrès de la Fédération internationale des ouvriers de la métallurgie (FIOM). Il fait d’ailleurs partie de son Comité, y compris pendant la Seconde Guerre mondiale. Il siège également au Conseil national de l’Office de placement et du chômage à partir de 1935.

En 1940, Georges Keuwet part en France où il participe à des activités clandestines. Arrivé à Londres avec Arthur Gailly* au printemps 1942, il n’a de cesse, avec ce dernier, de répertorier les métallurgistes présents en Angleterre, de les regrouper et de participer aux activités de la résistance de la Centrale syndicale belge, réunissant les militants de la CGTB, réfugiés dans la capitale anglaise. Ils y établissent une section de la CMB. Avec difficulté, il soutient les efforts de Gailly pour s’opposer à la création à Charleroi d’un Syndicat unique (SU) dominé par les communistes et à son rapprochement avec le Mouvement syndical unifié (MSU) d’André Renard, afin de préserver les forces de l’ancienne CGTB. Il est un des secrétaires de la CMB. Il participe aux émissions de la BBC vers la Belgique.

Après la guerre, Georges Keuwet soutient Joseph Bondas dans sa volonté d’exclure de l’organisation tous ceux qui ont participé à l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), syndicat unique imposé par l’occupant allemand. De même, il est un de ceux qui tentent de freiner le processus de fusion avec les syndicats issus de la période du conflit, le MSU et le SU. Il est, avec Adrien Tommen*, l’un des deux secrétaires nationaux de la nouvelle CMB, issus de l’ancienne, aux côtés d’un ancien MSU et d’un ancien SU. La parité existe également au sein du Conseil national. Rapporteur sur les structures de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB qui remplace la CGTB) au Congrès de fondation en décembre 1945, il représente sa centrale dont il est le secrétaire général, au bureau de la nouvelle organisation.

Sur le plan de la politique locale, ce militant socialiste est conseiller communal à La Louvière en juillet 1929 (les socialistes détiennent la majorité absolue depuis 1921). Il est échevin des Travaux publics de janvier 1933 à son décès, excepté durant la guerre. Président de la société d’édition L’Églantine,Georges Keuwet est administrateur de la presse socialiste et collabore au Peuple et au Métallurgiste.

Chevalier de l’ordre de Léopold en 1938, Georges Keuwet présente un physique rond de bon vivant et aime s’exprimer et chanter en patois. Il est l’époux d’Angèle D’Hossche depuis 1920. Ils ont un fils, Willy, né en 1923. Une rue et une place portent son nom à la Louvière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145834, notice KEUWET Georges. par Jean-Paul Mahoux, version mise en ligne le 29 mars 2013, dernière modification le 20 août 2020.

Par Jean-Paul Mahoux

SOURCES : BONDAS J., Histoire de la Centrale des métallurgistes de Belgique, La Louvière, 1947 (icono) − PUISSANT J. (dir.), Fer de lance, Histoire de la Centrale des métallurgistes de Belgique (1887-1987), Bruxelles, 1987 − Chauffés au rouge. Histoires de la Centrale des métallurgistes, Gand, 1990 (icono) − DIERICKX A., L’école ouvrière supérieure entre 1921 et 1944. La formation des cadres militants pour le POB, Mémoire de licence ULB, 2 vol., Bruxelles, 1993-1994 − HEMMERIJCKX R., Van verzet tot koude oorlog (1940-1949), machtstrijd om het ABVV, Brussel-Gent, 2003.

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