FAIST Roger, Alfred

Par Michel Rousselot

Né le 20 juillet 1929 à Paris (XIVe arr.), mort le 15 mars 2021 à Paris (Xe arr.) ; ingénieur Arts et métiers, secrétaire général de la FFSIC-CFDT (1965-1967) devenue UCC-CFDT (1967-1976), membre des conseils d’administration de l’APEC (1966-1975) et du CESI (1965-1977), membre du bureau national confédéral de la CFDT (1970-1976), directeur du CEDEFOP (Berlin, 1977-1984).

Fils unique d’Alfred Faist (1899-1940) et de Marguerite Rueff (1898-1981), Roger Faist avait des parents nés Allemands en Alsace, et son père avait fui en 1917 pour s’engager comme volontaire dans l’armée française. Ils devinrent citoyens français après l’armistice, le 12 novembre 1918. Il vécut son enfance dans un milieu modeste, son père travaillait comme mécanicien à la société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), sa mère était sans profession. Il grandit dans un contexte familial respectueux des croyances (père catholique, mère juive) et reçut une éducation catholique à laquelle il est resté fidèle. Sa mère dut porter l’étoile jaune pendant la Seconde Guerre mondiale alors que son père était « mort pour la France » dès 1940.

Roger Faist suivit l’enseignement public primaire, puis primaire supérieur à Chaville (Seine-et-Oise, Hauts-de-Seine) jusqu’au brevet élémentaire en 1944 et fut alors inscrit au collège technique Paul Langevin de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) pour la préparation d’un CAP de fraiseur, car il fallait, en raison de la mort de son père, assurer rapidement un revenu. Il fut remarqué par l’équipe des enseignants qui lui proposèrent de préparer le baccalauréat (série technique) et le concours d’entrée à l’École nationale supérieure d’Arts et Métiers où il fut admis à Lille en 1948. Après quatre années d’études, la dernière à Paris, il obtint le diplôme d’ingénieur en 1952.

Pendant ses études, il s’engagea dans la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) et, en 1951-1952, fut membre de l’équipe nationale de l’Action catholique des grandes écoles (ACGE). Habité par la nécessaire réconciliation franco-allemande et sans oublier ses grands-parents maternels tués à Auschwitz, il participa, entre 1949 et 1952, à plusieurs rencontres internationales de jeunes, organisées en Allemagne, à l’initiative d’une équipe réunie à Offenburg. L’organisateur était le père Jean du Rivau, aumônier militaire. Ce centre, qui prit en 1949 le nom de « Bureau international de liaison et de documentation » (BILD) en France et « Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit » (GÜZ) en Allemagne, fut le précurseur, tout en développant son activité, de l’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) créé en 1963.

Dispensé de service militaire en tant que pupille de la nation, Roger Faist entra, dès son diplôme d’ingénieur en 1952, dans une entreprise de dépoussiérage industriel à Paris. Il adhéra la même année à la CFTC. Puis il travailla dans une entreprise d’électrométallurgie, « Le Carbone-Lorraine » qui rejoignit le groupe Ugine-Carbone, ce qui l’amena à Grenoble en 1957. Entre- temps, il avait rencontré et épousé en 1957 Andrée Vanhove, fille aînée de Marcel Vanhove, ancien militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), résistant et co-animateur des réseaux clandestins des Cahiers du Témoignage Chrétien.

À Grenoble, leur couple donna naissance à trois enfants entre 1958 et 1961 (le quatrième naîtra à Paris en 1968). Roger Faist était alors l’ingénieur technico-commercial de l’activité métallurgie des poudres. Il rejoignit le syndicat CFTC des ingénieurs et cadres de l’Isère et en fut le secrétaire de 1957 à 1964. Il en élargit l’audience dans une ville alors en plein développement industriel. C’est ainsi qu’il fut en contact avec le niveau national de la Fédération française des syndicats d’ingénieurs et cadres (FFSIC-CFTC) et qu’il milita pour la déconfessionnalisation de la CFTC dans cette fédération alors peu favorable au changement.

À la demande des responsables nationaux de la FFSIC il accepta de revenir à Paris en 1964, comme salarié permanent de la fédération en vue de succéder à André Bapaume* comme secrétaire général, le président étant François Lagandré. Après l’évolution qui conduisit en 1964 la CFTC à donner naissance à la CFDT, Roger Faist fut élu secrétaire général de la FFSIC-CFDT en 1965. La FFSIC regroupait alors les syndicats CFDT d’ingénieurs et cadres, présents dans les branches d’activité du secteur privé. Entre 1965 et 1967, il s’agissait de rapprocher ces syndicats, de la fédération correspondant à leur branche et de créer, à ce niveau, une union fédérale de cadres. Simultanément, des unions fédérales de cadres étaient créées dans les fédérations du secteur public. Roger Faist s’impliqua activement dans cette réorganisation qui conduisit la FFSIC à céder sa place à l’Union confédérale des ingénieurs et cadres (UCC-CFDT), ouverte à tous les secteurs privés et publics.

Lors du congrès constitutif de l’UCC, en 1967, il fut élu secrétaire général, en même temps que François Lagandré président. Il fut réélu au congrès de 1969 avec Maurice Luneau comme président puis en 1972. Alors que les diverses fédérations CFDT de branches réunissaient les ingénieurs et cadres avec les autre catégories de salariés, il veilla, non sans difficultés, à ce que l’UCC nouvellement créée, dispose des moyens nécessaires à son fonctionnement et soit en relation avec les équipes de base, favorisant localement l’intervention et l’expression des ingénieurs et cadres syndiqués. Dans un contexte marqué par une progression encore lente du chômage des cadres, il participa, en 1966, au nom de l’UCC, avec les autres organisations syndicales de cadres et les organisations patronales, à la création de l’Association pour l’emploi des cadres (APEC). Il fut membre du Conseil d’administration paritaire de l’APEC jusqu’en 1975. Conscient de la nécessité d’articuler travail et formation tout au long de la vie, en s’appuyant sur l’action de la FFSIC puis de l’UCC, Roger Faist fut membre du conseil d’administration du Centre d’études supérieures industrielles (CESI) de 1965 à 1977. Cet organisme paritaire, continuateur d’une initiative née à la Régie Renault dans les années 1950 et pilotée jusqu’en 1971 par Raymond Vatier, joua et joue encore, un rôle pionnier dans la pédagogie des adultes et la formation en alternance.

En mai 1968, il veilla à ce que les militants, aidés par les groupes de réflexion de l’UCC, soient bien en prise avec le mouvement social, défendent l’objectif porté par la CFDT d’une réduction de l’éventail des salaires et saisissent l’opportunité d’une ouverture des esprits face à la conception autoritaire de l’entreprise. Au cours des années qui ont suivi, des soirées-débats réunirent, autour de l’UCC, des intervenants experts dans les domaines de l’économie, de la sociologie ou de la politique tels que Jean Dubois, Michel Rocard* ou Jacques Delors.

Après avoir piloté un travail approfondi sur la nécessaire formation continue des cadres et le rôle des cadres pour le développement d’une formation permanente ouverte à tous, Roger Faist prit part, au sein de la délégation CFDT, aux négociations interprofessionnelles qui aboutirent à l’accord du 9 juillet 1970 sur la formation et le perfectionnement professionnels et à la préparation de la loi du 16 juillet 1971 portant organisation de la formation professionnelle continue dans le cadre de l’éducation permanente. Pour expérimenter et impulser de nouvelles initiatives de formation continue, avec le soutien d’Aimée Jeantet, Robert Villeneuve et Pierre Vanlerenberghe*, il fut à l’origine de la création en 1972 d’un organisme indépendant, le Centre de recherche et d’études pour l’adaptabilité des cadres (CREAC) qui prit en 1983 le nom de CREFAC.

À partir de 1970, Roger Faist siégea au Bureau national confédéral. Il ne demanda pas le renouvellement de son mandat lors du congrès de l’UCC de 1975 où Pierre Vanlerenberghe* fut élu secrétaire général. Il continua cependant à représenter l’UCC au Bureau national confédéral jusqu’au congrès de la CFDT de 1976.

Ayant réuni les conditions pour disposer d’une année sabbatique, il perfectionna ses connaissances en langue anglaise (Université Paris VII) et en gestion de l’entreprise (Université Paris-Dauphine). Puis il rejoignit le cabinet « Quaternaire Éducation », nouvellement créé par François Viallet et Pierre Caspar pour développer l’aide et le conseil en ingénierie éducative. Il fut sollicité en 1977 par les services de la Commission des Communautés européennes pour diriger le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEFOP). Ce centre avait été créé en 1975 comme organisme européen d’études et d’échanges d’expériences, géré par les représentants des gouvernements, des organisations d’employeurs et des syndicats de travailleurs, avec son siège à Berlin-ouest (République fédérale d’Allemagne). Nommé directeur du CEDEFOP, en juin 1977, Roger Faist s’établit alors pour sept ans avec sa famille à Berlin. Il s’impliqua dans les premiers travaux conduits par le CEDEFOP sur la correspondance des qualifications entre les divers pays. Alors que la Commission européenne faisait appel au CEDEFOP pour élaborer des propositions en matière de formation, notamment des femmes ou des travailleurs migrants, il insista pour orienter également les recherches sur les problématiques du futur, découlant par exemple de l’automatisation des processus de production préludant à l’explosion de l’informatique.

De retour à Paris fin 1984, il travailla au cabinet-conseil associatif « Développement et Emploi » créé par Dominique Thierry, l’un des inspirateurs des politiques de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

Dans le domaine politique, Roger Faist adhéra en 1958 à la section de Grenoble de l’Union de la gauche socialiste (UGS), puis au Parti socialiste unifié (PSU) en 1965, et au Parti socialiste (PS) en 1972. Il prit sa retraite en 1990. Il consacra ensuite plus de temps à la vie associative. Il fut notamment, de 1990 à 1996, membre actif du conseil d’administration de la SARL « Éditions de Témoignage chrétien », de 1991 à 2002, membre du conseil et du bureau de l’association « Solidarités nouvelles face au chômage », créée par Jean-Baptiste de Foucauld, et présida de 1995 à 2000 l’Association du centre de recherche et de réalisations pour l’éducation permanente (ACEREP), créée en 1970 par la Caisse des dépôts et consignations, et devenue ensuite autonome.
Ses funérailles religieuses ont été célébrées à Courbehaye (Eure-et-Loir).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145869, notice FAIST Roger, Alfred par Michel Rousselot, version mise en ligne le 2 avril 2013, dernière modification le 19 mars 2021.

Par Michel Rousselot

ŒUVRE : L’enjeu de la formation professionnelle pour les entreprises, quels enseignements tirer de l’exemple allemand, Entreprise et personnel, Développement et emploi, Paris 1988. — Articles dans Cadres et profession.

SOURCES : Arch. Union confédérale des ingénieurs et cadres UCC-CFDT (notamment 16e congrès FFSIC, 1965, 17e congrès FFSIC, 1966, et congrès UCC de 1967, 1969, 1972 et 1975). — Journal et revue Cadres et profession (notamment les numéros 226 (1968), 244 (1970), 251 (1971), 255 (1972) et 259 (1973). — Revue du CEDEFOP, 18, septembre 1985. — Notes de François Lagandré (2000). — Entretiens avec Jacques Moreau et Pierre Vanlerenberghe. — Entretiens écrits et oraux avec Roger Faist (2013).

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