GOLDSTEIN Arthur. Pseudonyme : Stahl

Par Philippe Bourrinet

Né le 18 mars 1887 à Lipine (Haute-Silésie allemande), mort à Auschwitz Birkenau (Pologne) le 25 juin 1943 ; juriste et journaliste économique  ; membre du SPD en 1914, puis de l’USPD en 1917, à Berlin ; exclu du KPD en octobre 1919, l’un des principaux fondateurs du KAPD ; principal artisan de la lutte contre le « national-bolchevisme », délégué de ce parti auprès de l’Exécutif du Komintern (EKKI), à Moscou, de novembre 1920 à la fin mars 1921.

Extrait de la demande écrite par Goldstein en novembre 1936 afin d’obtenir le statut de réfugié.

Arthur Goldstein était juriste de formation et obtint un doctorat en droit. Il travailla néanmoins comme journaliste spécialiste d’économie.
Membre du SPD en 1914, il adhéra à l’USPD en avril 1917, en tant que spartakiste. Exclu du KPD à Berlin à la suite du Congrès de Heidelberg d’octobre 1919, il fut l’un de ceux qui prirent la tête de l’opposition de gauche, au côté de Karl Schröder (1884-1950), Alexander Schwab (1887-1943) et Bernhard Reichenbach (1888-1975).

En avril 1920, il fit partie de l’Exécutif du KAPD (Parti communiste ouvrier d’Allemagne), parti de 40 000 militants, qui regroupait toute l’opposition de gauche du KPD, juste à la fin de l’insurrection ouvrière de la Ruhr. Sous le pseudonyme de Stahl (Acier), il fut en mai 1920 l’un des principaux rédacteurs du projet de programme adopté par l’Exécutif du KAPD.

Lorsque la direction du KAPD décida de mettre un terme à la tendance « national-bolchevik » de Hambourg, conduite par Heinrich Laufenberg (1872-1932) et Fritz Wolffheim (1888-1942), Arthur Goldstein fut désigné co-rapporteur sur la question « Nation et lutte de classe », lors du congrès extraordinaire d’août 1920, qui devait se conclure par l’expulsion de la « tendance de Hambourg ».

Dans son rapport, Arthur Goldstein attaquait les « nationaux-bolcheviks » qui se plaçaient de l’autre côté de la barricade, en préconisant d’un côté un « front uni » du prolétariat allemand avec « sa » bourgeoisie pour mieux lutter contre le traité de Versailles, de l’autre une « guerre révolutionnaire » de l’Allemagne au côté de la Russie bolchevik. Indirectement, ce rapport attaquait aussi la position de Karl Radek – reprise par Laufenberg – qui soutenait – lors de la guerre russo-polonaise de l’été 1920 – que « la guerre sociale du prolétariat… est aussi une guerre nationale, tout comme la lutte de la bourgeoisie contre le joug étranger est une guerre nationale… ».

C’est lui qui soumit au congrès un corps de thèses (« Nation et lutte de classe ») dont la dernière proclamait que « l’organisation de l’Internationale ne consiste pas en une Fédération de nations, mais en un regroupement des organisations de classe du prolétariat dans le seul but d’édifier un monde communiste ».

Principal héraut de la lutte contre le national-bolchevisme, il fut nommé délégué du KAPD, lorsque celui-ci fut reconnu comme « parti sympathisant » de l’IC à l’automne 1920. Aussi quitta-t-il Berlin pour Moscou, devenant l’un des représentants du KAPD auprès de l’Exécutif du Komintern de novembre 1920 jusqu’à la fin mars 1921. Le second étant Bernhard Reichenbach, frère aîné de Hans Reichenbach (1891-1953), l’un des principaux représentants du positivisme logique (cercle de Vienne).

Arthur Goldstein fut en contact avec Alexandra Kollontaï et l’Opposition ouvrière, qui, lors du Xe congrès du PCR (8-16 mars 1921), furent stigmatisées par Lénine comme étant une « menace pour la révolution ». Ce qui se traduisit par une brutale abolition de tout droit de fraction. Dans une brochure (L’opposition ouvrière), elle dénonçait la fin de la démocratie dans le parti russe (suppression du droit de fraction), mais aussi l’instauration du capitalisme privé lors de la NEP. Mais c’est Bernhard Reichenbach, installé à l’hôtel Lux de Moscou, qui reçut personnellement des mains de Kollontaï elle-même le texte russe et réussit à l’« exfiltrer » de Russie, pour le faire traduire et publier en allemand.

Arthur Goldstein suivit de très près les « événements de Kronstadt ». Il fit un rapport à l’Exécutif du KAPD, qui contribua en partie à la rupture finale avec le Komintern (septembre 1921). Ce rapport indiquait que : « … le soulèvement de Kronstadt doit être interprété comme un symptôme de l’antagonisme entre le prolétariat et le gouvernement soviétique… ce n’est pas seulement le capital étranger qui joua comme facteur contre le gouvernement soviétique, mais aussi le fait que la grande majorité du prolétariat russe était, du fond du cœur, au côté des insurgés de Kronstadt. »

Retourné en Allemagne, Goldstein continua de faire partie de l’Exécutif du KAPD. Il fut l’un des éditeurs de Klassenkampf, organe du KAPD dans la Ruhr, l’une des principales bases prolétariennes du parti.

Avec Karl Schröder, il anima le Bureau d’information de la KAI (Internationale communiste-ouvrière), constitué en septembre 1921. L’échec de cette sorte de « quatrième internationale » aboutit à la scission du KAPD en mars 1922, où s’affrontèrent une « tendance de Berlin » et une « tendance d’Essen » (conduite par Karl Schröder et Bernhard Reichenbach). C’est cette dernière tendance à laquelle il adhéra pour vite la quitter et collaborer au périodique de Paul Levi Unser Weg. Il entra, peut-être pour des raisons professionnelles, au SPD en 1923.

Vers 1929-1931, conjointement avec les anciens responsables du KAPD, Karl Schröder, Bernhard Reichenbach et Alexander Schwab, il fut l’un des initiateurs du groupe clandestin Rote Kämpfer (RK) qui se réclamait de la tradition « communiste des conseils » du KAPD. Particulièrement bien informé sur le trotskysme, il fut en 1932 l’un des rédacteurs – sinon l’unique rédacteur – d’une brochure critiquant les positions de Trotski sur la situation allemande et le « redressement » du Komintern : Kann der Trotzkismus wirklich siegen ? Grundlinien einer Trotzki-Kritik (Le trotskysme peut-il réellement vaincre ? Les grandes lignes d’une critique de Trotski).

Il réussit à s’enfuir d’Allemagne en mai 1933. Installé à Paris, il vécut de ses correspondances pour les agences de presse économique anglo-saxonnes.

Son but politique était de former en France un groupe Rote Kämpfer. Il semble avoir pris contact avec un petit noyau de « communistes ouvriers » allemands de Paris, liés au KAPD, qui avait travaillé dans le passé avec André Prudhommeaux. Ce groupe, comme les RK, dans un texte publié par la revue Masses de René Lefeuvre, en appelait à la formation d’« organisations nouvelles » devant établir des liaisons internationales « pour jeter les bases de la formation de la IVe internationale », mais uniquement dans une « conjoncture révolutionnaire ». Toutes ces tendances issues du KAPD en concluaient que le bolchevisme avait fait faillite en Russie en substituant à la « dictature du prolétariat » celle d’« une classe en formation », la « bureaucratie ».

À Paris, complètement isolé, il entra vite en étroite relation avec le groupe trotskyste allemand IKD (Communistes internationalistes d’Allemagne, regroupés autour de la revue “Unser Wort”). Il y adhéra à l’automne 1933 pour le quitter en juin 1934 – avec Erwin Ackerknecht (1906-1988). Il marquait ainsi sa totale opposition et à Trotsky et au « tournant français », ordonnant aux groupes « bolchevik-léninistes » d’adhérer à la social-démocratie pour recruter des partisans.

Les autorités françaises lui refusèrent le droit de résider en France par deux fois, en juillet 1934 puis en avril 1936, malgré des interventions en sa faveur de la Ligue des droits de l’Homme. En novembre 1936, il fit une demande pour obtenir le statut de réfugié. Il précisait : « Par la suite de la terreur fasciste, j’ai été personnellement menacé. » Sa demande fut acceptée le 15 janvier 1937.

À la déclaration de guerre, il fut interné au camp de Francillon (Indre), puis libéré le 25 décembre 1939.

Pendant l’Occupation, la Gestapo réussit à l’arrêter (vers mai 1943 ?) et l’envoya au camp de Drancy. Déporté de ce camp (transport 55) le 23 juin 1943, il fut immédiatement assassiné à son arrivée à Auschwitz Birkenau, deux jours plus tard, le 25 juin.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145899, notice GOLDSTEIN Arthur. Pseudonyme : Stahl par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 4 avril 2013, dernière modification le 15 mai 2020.

Par Philippe Bourrinet

Extrait de la demande écrite par Goldstein en novembre 1936 afin d’obtenir le statut de réfugié.

ŒUVRE : Arthur Goldstein, Nation und Internationale. Eine kritische Auseinandersetzung mit dem Hamburger Kommunismus, Berlin, Verlag KAPD (juillet 1920). http://www.left-dis.nl/d/goldstein.pdf. — Rote Kämpfer (Arthur Goldstein et alii), Kann der Trotzkismus wirklich siegen ? Grundlinien einer Trotzki-Kritik, 1932. http://www.left-dis.nl/d/trotzkismus.pdf

SOURCES : The Central Database of Shoah Victims’ Names : http://www.yadvashem.org/. — Programm der Kommunistischen Arbeiter-Partei Deutschlands (KAPD), 15 mai 1920 http://www.bone-net.de/textgut/kapd2.htm. — Karl Radek, „Zur Charakteristik des Krieges mit Polen“, Russische Korrespondenz, n° 10, juillet 1920, p. 48-53. — Bernhard Reichenbach, « Zur Geschichte der K(ommunistischen) A(rbeiter)-P(artei) D(eutschlands) », Archiv für die Geschichte des Sozialismus, Carl Grünberg Archiv, XIII, Leipzig, 1928. http://www.left-dis.nl/d/berreich.htm. — Lehmann (« groupes ouvriers communistes »), « Les causes économiques, sociales et politiques du fascisme », in Masses, n° 11, Paris, nov. 1933. http://www.left-dis.nl/f/lehmann.pdf. — An interview with a member of the Communist Workers Party of Germany (Bernhard Reichenbach)”, Solidarity, vol. 6, n° 2, Londres, 13 nov. 1969 http://www.marxists.org/history/etol/revhist/backiss/vol5/no2/reichenbach.html. — Clemens Klockner (éd.), Protokoll des außerordentlichen Parteitages der Kommunistischen Arbeiter-Partei Deutschlands vom 11. bis 14. September 1921 in Berlin, Verlag für wissenschaftlische Publikationen, Darmstatd, 1986, p. 58–59. Nouvelle édition en ligne : http://www.left-dis.nl/d/Kapdsept21.pdf. — Philippe Bourrinet, La gauche communiste germano-hollandaise des origines à 1968. http://www.left-dis.nl/f/index.htm (thèse de doctorat Paris-I Sorbonne, 22 mars 1988 ; revue et corrigée). — Peter Berens, Trotzkisten gegen Hitler, ISP, Köln 2007, p. 199. — Arch. Nat., 19940448/288. — Notes de Julien Chuzeville.

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