BRUGNIAUD Léonard dit Peters

Par Daniel Grason

Né le 28 février 1922 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), fusillé le 5 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; blanchisseur à l’Assistance publique ; résistant FTP du détachement Alsace-Lorraine.

Fils de François, mineur, et de Jeanne, née Vayrot, Léonard Brugniaud descendant d’une vieille famille révolutionnaire de Montceau-les-Mines, demeuraient chez sa mère 51 rue Danton au Kremlin-Bicêtre (Seine, Val-de-Marne). Bottier de profession, ne trouvant pas de travail à son retour d’exode, il partit comme travailleur volontaire en Allemagne sous contrat de la société Dieu et Allain pour le bureau d’embauche allemand, signé le 28 octobre 1941.Il travailla plusieurs mois chez IGFarben à Ludwigschafen. A son retour, à l’automne 1942, il se fit embaucher comme blanchisseur à l’hospice de Bicêtre.Il retrouva ses copains d’école, Lucien Baillon, André Brier qu’il avait accompagné pendant l’exode et André Lamarre. Pour échapper au Service du travail obligatoire,tous les trois s’engagèrent dans la résistance , au sein des FTP et vivant en demi-clandestinité .
Léonard Brugniaud devint chef du 3e groupe du détachement FTP Alsace Lorraine. Dénoncé par le tenancier du café-restaurant La Provence 116 avenue d’Italie dans le XIIIe arrondissement, sept FTP furent arrêtés en ce lieu vers 16 heures le 16 décembre 1943 par des inspecteurs de la BS2 : Joseph Fouriaux, Marcel Morteau, Lucien Baillon, André Brier, Robert Doisy, André Lamarre et Léonard Brugniaud. Ce dernier était porteur d’un revolver à barillet, calibre 6,35 mm chargé de cinq cartouches ; d’un revolver à barillet, calibre 9 mm, chargé de six cartouches ; d’un poignard ; d’un carnet portant des notes manuscrites ; d’un autre carnet portant des indications écrites au crayon ; de deux photographies ; d’un reçu de la somme de quatre mille francs signé Lucas, le 30 novembre 1943 ; d’une carte d’identité en blanc portant le cachet de Rilly-sur-Loire (Loir-et-Cher) et de diverses feuilles de rationnement dépourvues de cachet de matières grasses, viande, de pain, enfin d’un trousseau de quatre clefs.
La perquisition de son domicile ne donna aucun résultat. Emmené dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, interrogé il affirma qu’il n’avait jamais été membre d’aucune organisation politique. Il aurait rencontré « Marius » qui lui proposa d’entrer dans une organisation de Francs-Tireurs, il serait payé et toucherais des titres de ravitaillement. Pour débuter, il distribuerait des tracts, puis un autre travail lui serait proposé, il accepta.
Quelques jours plus tard, « Marius » lui présenta un responsable de l’organisation qui lui posa des questions sur son parcours politique et sa situation familiale. Il aurait lui-même choisi comme pseudonyme « Peters », le matricule 5463 lui a été attribué. « Dupont » chef du détachement Alsace-Lorraine lui fut présenté.
Le groupe auquel il appartenait était composé à sa connaissance de « Labo », « Lucas », « Lafont » (André Brier) et lui-même. Il participa au vol de trois ballots de tissu en gare d’Austerlitz près du pont de Tolbiac. Il comptait vendre ce tissu à un tailleur ignorant la provenance délictueuse. Lors du transport alors qu’il était avec Désiré Boudeville dit « Jousse », il a été interpellé par un inspecteur pour contrôle d’identité. Un troisième FTP fit signe à Boudeville de réagir, celui-ci sortit sa matraque et frappa, tous les trois s’enfuirent, le policier tira sans les atteindre.
Lors de son interrogatoire, frappé, Léonard Brugniaud nia avoir ordonné à Boudeville de cogner sur l’inspecteur. Pour preuve, il déclara que son revolver « était attaché le long de ma jambe avec un étui, [il] a été perdu par moi en courant. Je n’ai participé à aucune autre opération. »
Malmené par les policiers, il déclara qu’il était « appointé […] mensuellement 2500 francs, ainsi que des titres de ravitaillement. » Il s’expliqua sur tout ce qui avait été saisi et sur les opérations auxquelles il participa dont celle de la gare d’Austerlitz où ils étaient neuf. Il déposa le 3 novembre 1943 avec Marcel Morteau, il déposa un engin explosif au pied d’un signal électrique sur la voie ferrée à Orly (Seine, Val-de-Marne).

Le 10 novembre en compagnie de six FTP, il participa au désarmement de deux gardiens de la paix en faction devant l’usine de la Compagnie des Eaux à Gentilly (Seine, Val-de-Marne). Toujours en novembre, en compagnie de six FTP, il participait au braquage d’un boucher dans l’Eure à Beaumont-le-Roger, arrondissement de Bernay. Le boucher aurait dénoncé des réfractaires au STO. « Notre expédition avait pour but de le mettre à l’amende » déclara Léonard Brugniaud aux inspecteurs, vers 4 heures 30 du matin, l’équipe était sur place, le garçon boucher qui travaillait dans la boutique ligoté sur une chaise, son patron et sa femme saisis au lit ainsi que la bonne et son compagnon neutralisés. De retour à Paris, l’argent a été partagé entre les différents protagonistes.
Le 11 décembre Léonard Brugniaud avec cinq autres FTP dérobait deux bicyclettes dans le quartier de la porte de Choisy (XIVe arr.). Le 14 décembre 1943 vers 6 heures 10 accompagné de Lamarre dit « Redon » et de « Dufour », Brugniaud se rendait gare d’Austerlitz. Un engin explosif a été déposé dans un compartiment d’un wagon de 1ère classe réservé aux troupes d’occupation dans le train Paris-Tours.
Livré aux Allemands, il a été incarcéré à la prison de Fresnes. Jugé le 28 mars 1944 par le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), condamné à mort pour actes de franc-tireur, il fut passé par les armes le 5 avril 1944 au Mont-Valérien avec ses camarades.
Dans la lettre d’adieu à sa mère, le 5 avril, il écrivit « j’ai voulu défendre mon pays, et j’ai été dénoncé par un être abject. J’ai été arrêté par des Français et remis entre les mains des Allemands, puis jugé et condamné à mort . » Il ajoutait « je suis protestant. Aussi si tu baptises les petits fait les protestants . » Léon Brugniaud ainsi qu’André Brier se convertirent en détention sous l’influence du pasteur allemand Hans-Helmut Peters.
En 1945, sa mère Jeanne Brugniaud, cinquante et un ans, déclara devant la commission d’épuration : « J’ignore si mon fils a été maltraité durant son passage à la préfecture de police . »
Le nom de Léonard Brugniaud figure sur la plaque commémorative apposée en mairie du Kremlin-Bicêtre et sur le monument édifié à l’angle des rues Edmond-Michelet et Carnot dédié : « À nos martyrs assassinés par les nazis.  »
Sa sœur Juliette Vigneau, née Brugniaud, en 1925, a été emprisonnée pour avoir hébergé Joseph Fouriaux.
Léonard Brugniaud a été homologué au titre de la Résistance intérieure française et Interné résistant.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article145972, notice BRUGNIAUD Léonard dit Peters par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 avril 2013, dernière modification le 22 octobre 2017.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2117, KB 79, KB 90, PCF carton 15, rapports hebdomadaires sur l’activité communiste, GB 27, GB 120. – DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 5 (Notes Thomas Pouty). – Bureau Résistance GR 16 P 93810. – Gérard Soufflet, Revue Gavroche n° 162, avril-juin 2010. — Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Montceau-les-Mines.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 173 cliché du 17 décembre 1943.

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