DEBRAY Henri, Louis, Jean, Marie

Par Daniel Grason

Né le 29 novembre 1910 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé le 21 mars 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; tourneur sur métaux ; militant communiste ; résistant.

Fils de Louis Debray, employé de chemins de fer, et d’Anna, née André, ménagère, Henri Debray habita Nantes. Il épousa Yvonne Busnel le 21 février 1931 en mairie de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis). Le couple eut trois enfants : Yvonne (1930), Marie-Thérèse (1933) et Henri (1935). Adhérent du Parti communiste, il milita à Nantes, puis quitta la ville en avril 1938 avec sa famille pour la région parisienne. La famille habita un pavillon 21 rue Maurice-Bureau à Bobigny (Seine, Seine-Saint-Denis). Il travailla à La Courneuve comme tourneur sur métaux chez Rateau où il fut secrétaire de la cellule communiste, puis il exerça son métier chez Matra.
La direction de Matra se renseigna auprès de l’ancien employeur d’Henri Debray à Nantes. De par son activité politique passée et son attitude dans l’entreprise, la direction le considéra comme un excellent ouvrier au point de vue professionnel, mais le tint pour suspect quant à ses opinions politiques. Henri Debray militant de la CGT depuis 1935, militait aussi au Parti communiste. Il aurait démissionné de l’organisation syndicale après l’échec de la grève du 30 novembre 1938.
Henri Debray, mobilisé le 13 février 1940 au 22e Bataillon d’ouvriers de l’artillerie (BOA) à Vincennes, fut démobilisé le 20 août 1940. En mars 1941, la famille vint habiter 11 rue Saint-Louis à Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis).
Le 15 septembre 1941, des policiers de la Brigade spéciale d’intervention (BSI) du commissariat de police de Saint-Ouen l’interpelèrent en flagrant délit de distribution de tracts communistes et il fut envoyé au Dépôt pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939. Des tracts et des brochures communistes furent saisis à son domicile. L’enquête policière établit qu’Henri Debray était en relation avec Eugène Lumeau de Saint-Ouen. Ce dernier dirigeait un groupe de propagandistes sur le secteur, composé d’Alphonse Jouis, d’Aubervilliers, et Étienne Duban, de La Courneuve.
Le préfet de police avait reçu une lettre anonyme datée du 13 septembre 1941 vraisemblablement écrite par un voisin de Bobigny. Trois personnes qualifiées de communistes, dont Henri Debray étaient dénoncées, les deux autres, outre leur appartenance politique, étaient accusées de « rapine ».
Incarcéré à la prison de la Santé le 18 septembre 1941, Henri Debray fut livré aux Allemands à leur demande le 30 octobre 1941. Il comparut le 4 février 1942 devant un tribunal militaire allemand qui le condamna à la prison à vie. Il fut passé par les armes le 21 mars 1942 au Mont-Valérien.
L’inhumation d’Henri Debray eut lieu dans le carré des corps restitués au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), 39e division, 2e ligne, tombe 57.
Après la Libération, sa femme, ayant changé de domicile sans donner sa nouvelle adresse, ne témoigna pas devant la commission d’épuration de la police.
Henri Debray fut nommé sergent FFI à titre posthume. L’Association des familles de fusillés et massacrés demanda avec succès, le 11 mai 1948, son inscription sur la Plaque à la mémoire des martyrs nantais de la Résistance.
Son nom figure sur la plaque commémorative située dans l’enceinte de la société Eurocopter (ex-Matra) à La Courneuve : « À la mémoire du personnel de la SNCASE-URP (Société Nationale Aéronautique du Sud-Est – Usine de la Région Parisienne) ».

L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Samedi 21.2.42
14 exécutions
Venu me prendre à 8 heures pour le Cherche-Midi, 14 otages doivent être exécutés à 11 heures : 13 Juifs [il ne donne pas les noms, voir à Balbin Szmul] d’origine germano-polonaise, du camp de Drancy ; 1 Français de la Santé, communiste, baptisé, également 1re communion, mais totalement éloigné, n’y est pas revenu malgré tous mes efforts. À la fin, c’est à dire dans le camion, j’intervins auprès de lui : il croyait en Dieu, également au Christ, car il était le premier communiste, mais ne voulait pas entendre parler de l’Église. Suis resté tout le temps dans la cellule d’attente, jusqu’à 10 h 15, les aidai à écrire des lettres, distribuai des cigarettes, etc. Au fort du Mont Valérien, fusillés par groupes de 5, une vision épouvantable. Le Français, que je tenais encore par le bras, resta dur comme fer malgré ma tentative de le convertir ; (Henri Debray), 11, rue St-Louis Pantin ; dans le crépitement des balles il cria : "Vive l’Union soviétique, Vive le Parti communiste !" Sa femme chante sous un pseudonyme (Stova) jusqu’aux petites heures du jour dans une boîte de nuit, "L’Aiglon", fréquentée par de nombreux Allemands. Personne ne sait qu’elle est mariée et qu’elle a un mari pareil.
....
Les 14 doivent être enterrés lundi seulement. Le seront à Ivry. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146015, notice DEBRAY Henri, Louis, Jean, Marie par Daniel Grason, version mise en ligne le 15 avril 2013, dernière modification le 10 février 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 1928, KB 50, 77 W 569. – DAVCC, Caen, otage B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Loire-Atlantique, 305 J. – Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 Juifs, Serge Klarsfeld et Léon Tsevery, Edité et publié par l’Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France, Mars 1995. – Site Internet Mémoire des Hommes. – Mémorial GenWeb. – État civil, Nantes. – Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 66. — Service historique de la Défense, Vincennes GR 16 P 162487 (nc).

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