ROUVIER Maurice-Pierre

Par Roger Vignaud

Né le 17 avril 1842 à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), mort le 17 juin 1911 à Aix-en-Provence ; homme politique.

Fils de petits commerçants, Rouvier commença sa scolarité sur Aix-en-Provence et la termina à Marseille au sein de l’institut Roulland. Il fut d’abord employé de commerce chez M. Barthélémy Étienne, négociant en blés situé à Marseille rue des Arcades. Il travailla ensuite pour la société Zafiropoulo-Zarifi. Attiré par la politique, il milita activement avec les républicains de la démocratie marseillaise. En 1868, Maurice Rouvier, s’occupa avec d’autres francs-maçons comme lui, notamment Gaston Crémieux, Amat, Brochier, Royannez, Carriol, Bouchet, Massip, Dhionnet, de propager l’instruction populaire et les doctrines démocratiques par la création des cours d’Adultes. Il participa, le 11 février 1868, avec ces mêmes francs-maçons à la création du Comité central d’initiative des loges. Cette commission avait pour but d’organiser une caisse centrale de secours mutuel et de réglementer les convois funéraires civils. Quelques mois plus tard, en avril 1868, il fonda avec les mêmes personnes la revue l’Union maçonnique. Il rédigea des articles dans lesquels il s’interrogeait sur la place de la franc-maçonnerie dans la cité et du rôle qu’elle devait jouer face à l’Église. Au cours du mois d’août 1868 toujours, soucieux des problèmes d’enseignement et éducation, il fut de ceux qui créèrent à la demande de Jean Macé, l’Association phocéenne pour le développement de l’instruction. Cette association dispensa des cours du soir aux adultes dans des matières scientifiques et de culture générale. En janvier 1869, il devint membre d’une nouvelle loge maçonnique La Réforme dont le vénérable était Jean-Baptiste Brochier, futur maire de Marseille. C’est au sein de cette loge qu’en mai 1869 fut initié Léon Gambetta quelques semaines avant les élections législatives.

Grâce au soutien du comité électoral au sein duquel participe activement J.-P. Brochier, Gaston Crémieux et Rouvier, Gambetta fut élu député de Marseille face à Ferdinand de Lesseps. Par ailleurs, Rouvier collabora au journal Le Peuple de Gustave Naquet, et fut parmi les fondateurs de l’Égalité en mai 1870. Un mois plus tard, il se présenta aux élections du Conseil général des Bouches-du-Rhône, et du Conseil d’arrondissement de Marseille sur la liste de l’Union démocratique soutenue par le journal l’Égalité. Lors de la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, Rouvier fut au premier rang de ceux qui contribuèrent à la chute de l’Empire à Marseille. Il était également un des fondateurs du comité de salut public créé dans les locaux du journal Le Peuple avec le concours de Gustave Naquet, Louis Delpech, A Leroux, Klinger, Morel, Étienne, Ménard et Albert Baume. Le Comité, dissout dès le 5 septembre, fut remplacé par une Commission départementale provisoire dont le but était d’administrer la nouvelle République dans les Bouches-du-Rhône. Rouvier en fut membre. Ce jour-là, il était, en même temps, nommé par Léon Gambetta secrétaire général de la Préfecture ; poste qu’il occupa jusqu’en décembre 1870. Le 25 octobre 1870, Rouvier fit partie du Conseil départemental de la Ligue du Midi. Le 14 décembre 1870, il était désigné par le préfet Gent pour siéger au sein de la Commission chargé d’étudier et suivre la construction du camp des Alpines. Il se présenta aux élections législatives du 8 février 1871 sur la liste radicale de l’Union démocratique soutenue par Le Peuple et l’Égalité. Il fut battu. Il n’arriva qu’en 14e position ; il fallait élire onze députés.

Le 2 juillet 1871, lors d’une nouvelle élection législative Rouvier décida de se porter de nouveau candidat. Cette fois-ci, il fut élu. Il resta député pendant près de quarante ans et cela sans interruption jusqu’à sa mort. Au début de son premier mandat, Rouvier siégea à l’extrême gauche avec Léon Gambetta. Prenant la parole assez régulièrement, il demanda la levée de l’état de siège du département des Bouches-du-Rhône et se déclara contre l’exécution de son ami Gaston Crémieux. Le 27 mars 1873, il interpella le ministre de la Justice à l’occasion des procès qui sont engagés contre les journaux de Marseille. Il le fit de nouveau, le 25 janvier 1875, lors de la dissolution du Conseil municipal de la ville de Marseille. Aux élections législatives du 20 février 1876, il fut réélu député des Bouches-du-Rhône de la 3e circonscription de Marseille. Il reprit sa place sur les bancs de l’extrême gauche à l’Assemblée dont il était le secrétaire.

Le 16 mai 1877, Rouvier fut l’un des 363 députés de gauche qui refusèrent un vote de confiance au cabinet de Broglie. Ses succès dans le monde de la finance le conduisirent à prendre une part importante aux discussions économiques et financières. À la suite de sa réélection, le 21 août 1881, il fut nommé par Gambetta ministre du Commerce et des Colonies. Il y resta jusqu’à la chute du ministère le 26 janvier 1882. En 1884, il retrouva son poste de ministre dans le cabinet de Jules Ferry. Aux élections législatives du 4 octobre 1885, il fut battu au premier tour. Il décida, alors, de se présenter au second tour dans une des circonscriptions en ballottage des Alpes-Maritimes. Grâce à la liste qu’il forma avec le maire de Grasse, M. Roure, il retrouva son siège à l’Assemblée. Le 30 mai 1887, le Président de la République, Jules Grévy, lui demanda de former un cabinet. Maurice Rouvier devint président du Conseil des ministres. Il prit en plus de ces fonctions, celle de ministre des Finances et réussit grâce à son énergie à évincer le général Boulanger du ministère de la guerre. Rouvier démissionna à cause de l’affaire Wilson et entraîna avec lui la chute de Jules Grévy. Deux ans plus, en 1889, sous la formation du cabinet Tirard, il reprit le portefeuille des Finances. Il conserva ce poste jusqu’au scandale de l’affaire de Panama. Un rapport d’enquête le signalait parmi ceux qui auraient touché des sommes d’argent. Poursuivi, Rouvier bénéficia d’un non lieu le 7 février 1893. Appelé par Combes, en 1902 à reprendre le ministère des Finances, Rouvier élabora un projet d’impôt sur le revenu. L’année d’après, en 1903, il fut élu sénateur des Alpes-Maritimes. Lors de la chute du Cabinet Combes, le Président de la République lui demanda, le 24 janvier 1905, de former un cabinet. Rouvier se retrouvait pour la deuxième fois président du Conseil des ministres. Il garda le ministère des Finances et prit quelques mois plus tard celui des Affaires étrangères à la suite de la démission de Delcassé. On lui attribua le succès de la conférence d’Algésiras dans laquelle la France conserva sa position privilégiée avec le Maroc. Il mourut le 7 juin 1911. Lors de son décès, il habitait à Neuilly, 8, rue de Windsor.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146228, notice ROUVIER Maurice-Pierre par Roger Vignaud, version mise en ligne le 28 avril 2013, dernière modification le 27 juin 2020.

Par Roger Vignaud

SOURCES : Encyclopédie des Bouches-du-Rhône, tome XI, Marseille, 1913 et Dictionnaire Biographique illustré des Bouches-du-Rhône, Flammarion, 1911. — Roger Vignaud, Dictionnaire de la Commune de Marseille, Edisud, 2004.

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