DELAUNAY Marc, Georges [pseudonyme Tullius]

Par Daniel Grason, Michel Thébault

Né le 26 septembre 1923 à Saigon (Hô-Chi-Minh-Ville) en Cochinchine (Vietnam), fusillé après condamnation à mort le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; étudiant en droit à Poitiers (Vienne) ; résistant groupe Tullius et FTPF.

Marc Delaunay était le fils de Georges Delaunay inspecteur des douanes et d’Amélie Boutin, institutrice. Son père avait été nommé après la première guerre mondiale inspecteur des douanes coloniales à Saigon (Vietnam), sa mère y dirigeant un orphelinat. La famille revint au début des années 30 à Poitiers, domiciliée au 14, route de Ligugé (aujourd’hui rue Georges Delaunay). Au début des années 40, Marc Delaunay était étudiant en droit à Poitiers. Après avoir mené beaucoup d’actions mineures de résistance à Poitiers (inscriptions murales, chahuts dans les cinémas, vols d’armes et munitions dans les cafés et bains publics…), il fut à l’initiative, avec plusieurs camarades étudiants dont son frère Jacques, étudiant en médecine, d’un groupe de résistance organisé, le groupe Tullius (du nom de l’esclave affranchi de Cicéron). Il prit lui-même le pseudonyme de Tullius. Le groupe décida d’enlever le docteur Michel Guérin, président du Parti populaire français de la Vienne. Celui-ci écrivait régulièrement dans L’Avenir de la Vienne sous le pseudonyme de Chavigny où il dénonçait les communistes et les francs-maçons, et se déclarait partisan de la collaboration avec l’Allemagne. Se sachant menacé, il avait fait poser des barreaux aux fenêtres de sa maison et obtenu le droit de porter une arme. Le 13 mai en soirée, Marc Delaunay frappa à la porte du docteur lui demandant d’aller soigner l’une de ses clientes. Michel Guérin s’y rendit, quand il ouvrit la porte du jardin vers 22 heures, l’un des hommes en embuscade lui asséna un coup de marteau sur la tête. Le docteur dégaina son arme, tira à trois reprises. Le pistolet s’enraya, deux des quatre autres protagonistes le frappèrent à coups de poignard, puis tous prirent la fuite. Les dirigeants FTPF de Poitiers parvinrent à prendre contact avec le groupe, proche par ailleurs de jeunes étudiants communistes, et leur proposèrent de participer à leurs côtés aux actions de sabotage des FTPF. Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1943, avec son frère Marc et Éloi Rickert, il était dans l’équipe qui fit dérailler un train à Ligugé. Il participa également à une attaque à main armée contre le siège du Secours national de Poitiers en compagnie de Jacques Massias (il déroba une machine à écrire), puis en juillet à une tentative de cambriolage de la mairie d’Ouzilly et à la destruction du dépôt d’essence de Mignaloux. L’arrestation fortuite d’un résistant FTPF à la mi-juillet 1943 permit, par les interrogatoires sous la torture, à la section des affaires politiques de la police française (SAP) du commissaire Rousselet de remonter les filières du réseau FTPF. Jacques Massias fut arrêté le 3 août à Bignoux (Vienne) dans une souricière tendue par la SAP, lors de son arrivée en vélo au QG du groupe FTPF. Le 5 août, Marc et Jacques Delaunay, Jean Gautier et Roger Rieckert furent arrêtés à leur tour. Lors de son arrestation, Marc Delaunay fut trouvé porteur d’un pistolet automatique 7,65 mm chargé et d’une liste d’une centaine de noms de personnes à attaquer. Incarcérés d’abord à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers, ils furent transférés le 29 août 1943 à Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Tous comparurent devant la section de Paris du tribunal d’État. Le commissaire du gouvernement demanda la peine de mort, laissant le soin au tribunal de réfléchir sur le sort de Jacques Delaunay et Éloi Rieckert qui ne donnèrent pas de coups au docteur Guérin. Les avocats de la défense dont Me Maurice Garçon relevèrent que le docteur Guérin par ses écrits avait suscité des passions. Ils affirmèrent que les jeunes gens ne voulaient pas le tuer mais lui donner une correction. Marc Delaunay, Jean Gautier, Jacques Massias et Éloi Rieckert furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité pour avoir volontairement exercé des violences et voies de fait ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Jacques Delaunay, qui n’avait pas porté de coups, fut condamné à vingt ans de travaux forcés pour avoir aidé les autres FTP en connaissance de cause
Trouvant le verdict trop clément, les Allemands exigèrent le lendemain que les cinq hommes leur fussent livrés. Ils furent interrogés par les policiers de la Sipo-SD (police de sûreté et de sécurité), puis comparurent le 24 septembre 1943 devant le tribunal du Gross Paris qui siégeait rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.). Ils furent condamnés à mort pour « actes de franc-tireur et aide à l’ennemi », à l’exception de Jean Gautier condamné aux travaux forcés à perpétuité.
Marc Delaunay a été fusillé le 6 octobre 1943 en même temps que son frère Jacques, Eloi Rieckert et Jacques Massias. Sur son acte de décès figure la mention « Mort pour la France » après avis du secrétariat général des Anciens Combattants en date du 23 juin 1945. Son nom figure sur le monument commémoratif du Mont Valérien.
Le 5 août 1944, son père Georges Delaunay, résistant au sein de Libération-Nord, avait été arrêté en même temps que ses deux fils. Il fut déporté le 22 janvier 1944 à Buchenwald dont il revint en avril 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146233, notice DELAUNAY Marc, Georges [pseudonyme Tullius] par Daniel Grason, Michel Thébault, version mise en ligne le 28 avril 2013, dernière modification le 30 mai 2021.

Par Daniel Grason, Michel Thébault

SOURCES : Arch. PPo., BA 2057, 77W 700. — DAVCC, Caen, Boîte 5 B VIII dossier 4 (Notes Thomas Pouty). — Le Matin, 11 et 27 août 1943, 11 septembre 1943. — Yves-Frédéric Jaffré, Les tribunaux d’exception 1940-1962. — Site Internet Mémoire des Hommes. — Christian Richard, La Solidarité, une loge maçonnique poitevine, Geste Editions, 2008 — Site Internet Vienne Résistance Internement Déportation (VRID). — État civil, Poitiers.

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