CASSAGNES Paul, Joseph, Antoine

Par Pierre Alanche

Né le 17 juillet 1936 à Saint Saturnin de Lenne (Aveyron), mort le 17 juin 2012 à Graissac (Aveyron) ; instituteur et conseiller pédagogique dans l’Aveyron ; militant du SNI ; secrétaire départemental ; membre du PS ; militant associatif et culturel.

Cassagnes à la tribune d’une réunion.
Cassagnes à la tribune d’une réunion.

Fils de Joseph, entrepreneur de battage l’été, scieur de long le reste de l’année, et d’Antoinette Juéry, institutrice, Paul Cassagnes était l’aîné d’un frère et d’une sœur. Il vécut sa petite enfance à Brenac (Aveyron) où sa mère avait été nommée institutrice et suivit l’enseignement primaire dans sa classe. Élevé dans la religion catholique, il fut enfant de cœur, suivit consciencieusement les cours de catéchisme. Son père, esprit anticonformiste, souvent caustique dans ses jugements sur le monde rural conservateur, contribua sans doute à développer son esprit critique. En 1947, il entra en sixième au lycée Foch à Rodez et souffrit de sa situation d’interne qu’il décrivit, dans le premier tome de mémoires, « Un monde clos ». Il suivit l’enseignement religieux au lycée jusqu’en seconde, puis se détacha de la religion en affirmant tout au long de sa vie son athéisme.

Sa mère ayant été nommée dans le hameau de Cocural à Huparlac, commune de naissance paternelle, la famille s’installa dans la maison familiale où son père exploitait l’entreprise familiale de battage et de scierie avec ses deux frères, anciens prisonniers de guerre, période décrite par dans le deuxième tome de ses mémoires, « un monde immobile ». A partir de seize ans, lors des vacances d’été, il travailla avec son père pendant la saison du battage de ferme en ferme. Il acquit une bonne connaissance du monde rural, utile dans les relations avec les parents d’élèves

Bachelier en juillet 1954, il fut nommé à son premier poste d’instituteur remplaçant en septembre, à Manhaval de Taussac, hameau isolé du Nord Aveyron où il n’accédait qu’à pied, laissant sa moto à Salesses dans une ferme à quelques kilomètres. En janvier 1955, il fut nommé à Cocural, en remplacement de sa mère qui avait demandé un congé de longue durée pour s’occuper de sa belle-mère gravement malade. De mars à juillet, il suivit un stage à l’École normale d’instituteurs de Rodez et en septembre 1955, fut nommé à Cuzuel de Montpeyroux, hameau plus accessible. Il eut vite une réputation de bon instituteur, ayant l’avantage d’être un enfant du pays connaissant les travaux agricoles et aussi celui d’être un demi-centre intraitable dans le club de football de Sainte Geneviève. Il se maria le 8 avril 1958 avec Thérèse Mousses, institutrice. Ils eurent deux garçons.

Le couple fut nommé en poste double au chef-lieu de canton à Saint Amans des Côts en septembre 1958, poste réputé difficile car soumis à la concurrence de l’école privée qui bénéficiait de l’appui de la municipalité et de la majorité de la population. Cassagnes joua désormais avec le club de football de Saint Amans des Côts.

Avec son épouse, il eut à cœur de défendre l’école laïque en améliorant la qualité de l’enseignement et les services rendus aux enfants (création d’une cantine scolaire, d’une amicale laïque, activités extra-scolaires, voyages, cinéma). Ils menèrent des actions pour la défense de l’école laïque en sollicitant le soutien de la population pour la signature de la pétition du Comité National d’Action Laïque en 1960 contre la loi Debré. L’effectif de l’école passa d’une quarantaine d’élèves la première année à soixante deux la dernière. Une troisième classe pour les petits fut créée en 1968.

En septembre 1963, ayant épuisé toutes les possibilités de sursis, il fut appelé sous les drapeaux à Limoges où il fit ses classes. Père de deux enfants, il fut affecté à Albi qui le rapprochait de Saint Amans où exerçait toujours son épouse. Libéré de ses obligations à la fin de 1964, il retrouva son poste.

Membre du Syndicat national des instituteurs, il fut élu au conseil syndical et au bureau de la section départementale en 1965. En 1966, à la suite de la démission de Robert Calvet, il fut élu secrétaire alors que la succession n’était pas préparée. Il n’était pas membre de la Commission administrative paritaire départementale mais il pouvait compter sur l’aide des deux représentants René Couderc (qu’il considérait comme son mentor) et Charles Druilhe.

Militant de la tendance « Unité, Indépendance, Démocratie », en 1967, il signa la motion d’orientation de la majorité pour l’élection des instances nationales du SNI. Il s’efforça de concilier les rigoureuses consignes nationales et la recherche de la plus large entente possible sur le terrain, tout en se faisant un devoir d’être irréprochable dans l’exercice de son métier.

En février et mai 1967, il anima les journées de grève qui eurent un grand succès dans l’Aveyron avec 90 % et 95 % de participation et fut plongé en mai 1968 dans le mouvement suivi par près de l’ensemble des instituteurs malgré un climat local majoritairement hostile. Lors de la réunion du comité national du SNI le 9 juillet 1968, il indiqua avoir été d’accord avec le reprise du travail, le 6 juin, décidée par le syndicat.

En 1970, pour éviter l’internat à ses enfants, il demanda sa mutation et obtint un poste de directeur à l’école primaire d’Onet le Château. Jusqu’en 1973, il concilia cette fonction avec celle de secrétaire général du SNI, bénéficiant d’une demi-décharge de service. En 1973, il fut remplacé au poste de secrétaire par Raymond Ségur* et exerça alors à plein temps sa fonction de directeur d’école d’application. Il poursuivit sa recherche d’une pédagogie active, ouvrant la curiosité des élèves sur le monde. Une de ses grandes satisfactions fut la réponse de deux pages que Cavanna envoya aux élèves qui s’étaient adressés à lui après une lecture d’un passage des Ruskofs dans le cadre d’un exercice d’immersion par le texte ; ils souhaitaient connaître ce qu’était devenu la petite Maria….

Il adhéra au Parti socialiste dans les années 1980. Il fut candidat sur la liste socialiste aux élections municipales d’Onet le Château. Dans la section socialiste, il fit connaissance de Bertrand Delanoë, ancien élève du lycée privé de Sainte Marie et ancien surveillant du lycée technique Monteil.

En 1982, il accepta le poste de conseiller pédagogique, pour lequel il se passionna, complétant, au contact des collègues instituteurs, la connaissance des pratiques du métier et développant les connaissances théoriques par le suivi et l’animation de stages de formation permanente, un des acquis des luttes syndicales. Il s’impliqua dans la mise en place systématique de bibliothèques-centres de documentation dans chaque école. Il formalisa une partie de ses savoirs dans un ouvrage, 50 activités pour apprivoiser les livres en classe, cosigné par Claudine Garcia-Debanc et Jean-Pierre Debanc, diffusé à plus de 10 000 exemplaires.

Il prit sa retraite en 1992. Il resta syndiqué au Syndicat des enseignants, plus par devoir que par conviction, qualifiant l’éclatement du syndicalisme enseignant de « déchirure ». Quand son épouse eut droit à la sienne, en 1994, ils s’installèrent au Moulin d’Ava, dans la commune de Graissac, dans une vieille bâtisse familiale, qui avait abrité un moulin, et qu’ils occupaient pendant les périodes de vacances.

Ils s’investirent dans les activités culturelles et sociales locales. Ils créèrent les mardis du livre au sein de l’Association Culturelle de l’Argence, à Sainte Geneviève qui débouchèrent sur le prix du mardi du livre, puis un cours d’occitan. Ils furent aussi des participants actifs au club des marcheurs de la Viadène.

Il écrivit un ouvrage sur les moulins tout au long de l’Argence : Entre Aubrac et Truyère, Argences en Viadène. Il acheva aussi ses mémoires par un troisième ouvrage sous le titre « Un monde d’instits ».

Après son décès dans sa maison du Moulin d’Aval, la cérémonie civile eut lieu à La Terrisse le 20 juin où de nombreux collègues et amis témoignèrent des différents engagements. L’inhumation se fit au cimetière de Graissac dans un des rares tombeaux sans croix.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146360, notice CASSAGNES Paul, Joseph, Antoine par Pierre Alanche, version mise en ligne le 10 mai 2013, dernière modification le 15 août 2021.

Par Pierre Alanche

Cassagnes à la tribune d'une réunion.
Cassagnes à la tribune d’une réunion.
Couverture de {50 activités pour apprivoiser les livres en classes}
Couverture de {50 activités pour apprivoiser les livres en classes}

ŒUVRE : Entre Aubrac et Truyère, Argence en Viadène Causses et Cévennes, création impression, 2006. — 50 activités pour apprivoiser les livres en classes
Couverture de 50 activités pour apprivoiser les livres en classes

SOURCES : « Un monde immobile », « Un monde clos », « Un monde d’instit », trois tomes de mémoires à diffusion familiale. — Presse syndicale, témoignage de Thérèse Cassagnes. — Notes de Jacques Girault.

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