GAGET Émile

Par Daniel Grason

Né le 18 mai 1893 à Nérondes (Cher), fusillé comme otage le 14 février 1942 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; inspecteur de la police judiciaire ; communiste ; résistant.

Emile Gaget.
Emile Gaget.

Fils de François, journalier, et d’Anna, née Puzenat, Émile Gaget épousa Yvonne Dabel le 11 décembre 1923 en mairie de Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). Le couple eut deux enfants et demeurait dans la ville au 10 rue Trébois. Devançant les lois antisémites et l’aryanisation des entreprises juives du gouvernement de Vichy, Joseph Joinovici demanda à l’inspecteur Émile Gaget de devenir actionnaire majoritaire dans son entreprise de récupération des métaux Société Joinovici & Cie. Joseph Joinovici céda en juin 1941 20 % à Henri Verdier, chef du personnel du service des étrangers à la préfecture de police.
La société Joinovici & Cie ouvrit une succursale à La Rochelle, où elle servit de relais à une filière de passage de prisonniers de guerre évadés vers l’Angleterre en liaison avec des résistants gaullistes dirigés par le commandant Pierre Fillol. En retraite de la police judiciaire, Émile Gaget fut interpellé le 17 juillet 1941 par la police allemande dans la ville voisine de Clichy-la-Garenne. Incarcéré à la prison de Fresnes, puis du Cherche-Midi à Paris (VIe arr.), il fut jugé par le tribunal du Gross Paris qui siégea rue Boissy-d’Anglas (VIIIe arr.), du 21 au 25 octobre 1941. Quatre condamnations à mort furent prononcées : Albert Dhalenne, Herman Chaït, Abel Bouyer et Pierre Fillol. Émile Gaget fut condamné à perpétuité pour « aide à des clandestins ».
Des résistants tirèrent le 21 janvier 1942 sur un soldat allemand, le blessant grièvement, à Elbeuf (Seine-Inférieure, Seine-Maritime). Émile Gaget fut passé par les armes le 14 février 1942 au Mont-Valérien en même temps qu’Abel Bouyer. Sept autres résistants furent exécutés dans d’autres lieux. Un « Avis » parut dans le Journal de Rouen le 16 février : « À la suite de cet attentat, j’ai ordonné l’exécution des personnes qui ont commis des actes criminels contre l’armée allemande. »
Après la guerre, interrogée par les Renseignements généraux, sa famille déclara qu’elle ignorait tout de son activité dans la Résistance, et elle émit l’hypothèse qu’il avait été victime d’une dénonciation. Le ministère des Anciens Combattants et prisonniers de guerre accorda le 25 avril 1946 la mention « Mort pour la France » à Émile Gaget, il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Interné résistant. Son nom figure sur la liste officielle des morts de Levallois-Perret de la guerre 1939-1945.
À l’issue de vérifications d’archives, une note du 30 novembre 1957 indiqua que le dossier F. 32.377 des archives de la police judiciaire concernant Émile Gaget avait disparu.
Son épouse, domiciliée à Levallois-Perret, 10 rue Trébois, fut citée à témoins au procès de Joinovici juillet 1949.


L’abbé Franz Stock l’évoque dans son Journal de guerre :
« Samedi 14.2.42
4 exécutions.
8h15, départ pour Cherche-Midi, 4 otages attendaient le verdict de leur jugement. Commandant militaire les a choisis à cause de l’attentat récemment perpétré contre une sentinelle allemande.
1. Potelette, Henri [...]
2. Gaget, Emile, 10 rue Trébors, Levallois (S.)
3. Bouyer, Abel, ....
4. Berger, Lucien [gracié]
La peine de trois d’entre eux avait été commuée en peine à perpétuité, 1 à 10 ans - avaient beaucoup de mal.
...
Gaget, ancien inspecteur de police, retraité, très agité, mais revenu vers la foi, très superficiel, mais finalement belle mort
Enterré ces trois au cimetière de Nanterre. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146517, notice GAGET Émile par Daniel Grason, version mise en ligne le 16 mai 2013, dernière modification le 19 novembre 2020.

Par Daniel Grason

Emile Gaget.
Emile Gaget.

SOURCES : Arch. PPo. BA 2116, BA 2297, 1W 106. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 3 (Notes Thomas Pouty). – Bureau résistance GR 16 P 238286. – Arch. mun. Levallois-Perret. – André Goldschmidt, L ’affaire Joinovici. Collaborateur, résistant et... bouc émissaire, Privat, 2002. – Le Matin, 26 janvier 1942. – Journal de Rouen, 16 février 1942. – Site Internet Mémoire des Hommes. – État civil, Arch. Dép. Cher. — Franz Stock, Journal de guerre. Écrits inédits de l’aumônier du Mont Valérien, Cerf, 2017, p. 63.

PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo.

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