MUSSET René

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

Né le 30 septembre 1881 à Melun (Seine-et-Marne), mort le 2 février 1977 à Caen (Calvados) ; professeur de géographie d’université ; Résistant, déporté ; membre du CESup et du CSEN.

Fils de Camille Elisée Musset, professeur au collège de Melun, et de Marie-Thérèse Laporte, sans profession, René Musset suivit les affectations de son père devenu principal de collège dans les départements de la Vienne, du Nord, puis à Langres (Haute-Marne), à Epinal (Vosges), où il obtint le baccalauréat « série Philosophie » en 1898. Après avoir été élève en khâgne au lycée de Nancy (Meurthe-et-Moselle) puis au lycée Louis le Grand à Paris, il entra à l’École normale supérieure en 1902, obtint la licence ès lettres en 1903 en étant élève de Paul Vidal de la Blache et Lucien Gallois, et fut reçu second à l’agrégation d’histoire-géographie en 1905.

René Musset fut nommé professeur au lycée de Brest (Finistère) en 1905 mais n’y resta pas. Boursier de la fondation Thiers de 1906 à 1909, il enseigna ensuite au prytanée militaire de La Flèche (Sarthe) de 1909 à 1919. Réformé, il se maria le 31 août 1915 à Caen avec Claire, Hélène Esnault, avec laquelle il eut un fils né en 1922, Lucien, reçu au concours de l’agrégation d’histoire-géographie en 1943, futur professeur d’histoire médiévale à l’Université de Caen. Il soutint, en 1917 à la Sorbonne, une thèse de doctorat d’État sur la géographie du Bas-Maine, avec comme thèse complémentaire une étude de type historique sur l’élevage du cheval.

Maître de conférences à la faculté des Lettres de Rennes en 1919, il y devint professeur en 1920, succédant à André Baulig. Il obtint sa mutation à la faculté des Lettres de Caen en 1933 et en fut élu doyen en 1937.

Sous l’Occupation, dans ses cours, il insistait sur la force maritime de l’Angleterre et entretenait un esprit d’opposition à l’occupant. Le 7 mai 1942, il fut arrêté comme otage après le deuxième attentat d’Airan. À la gare de Caen, au milieu des familles et amis qui venaient rendre visite aux otages, il s’entretenait en latin avec son fils, Lucien. Il fut transféré au camp allemand de Royallieu, où il se retrouva avec Emmanuel Desbiot, professeur d’Anglais, les frères Colin et Maurice Mondhard. Le journal de Lucien Colin le cite fréquemment, notant qu’il donnait des cours de géographie dans ce qui faisait figure d’université.

Quand ses compagnons d’infortune partirent pour Auschwitz le 6 juillet, il resta à Royallieu. Mais le 24 janvier 1943, il fut déporté au camp de Sachsenhausen, puis transféré à celui d’Oranienburg jusqu’en janvier 1945, et enfin au camp de Buchenwald, où il fut libéré par les Américains le 19 avril 1945.

Revenu en France, fortement affaibli physiquement, il reprit son travail en octobre 1945 avec courage, bien qu’ayant perdu ses notes dans l’incendie de l’université. Sa qualité de résistant mit du temps à être homologuée (Résistance intérieure) et il reçut la médaille de la Résistance, faits non mentionnés dans son dossier administratif. Il participa à la reconstruction des facultés de Caen, fut réélu doyen de 1946 à 1954, et enseigna jusqu’à sa retraite en 1957. Il fut élu membre titulaire du Conseil de l’enseignement supérieur en juin 1946 et membre de la Commission permanente du Conseil supérieur de l’Éducation nationale.

Partisan de la géographie régionale incluant toutes ses composantes physiques, humaines et économiques, René Musset était spécialiste de l’agriculture et devint membre de l’Académie de l’agriculture. Parmi ses travaux, dans un article des Annales de Géographie de 1938, « La vernalisation ou iarovisation », il rendit compte d’une mission en URSS. Il s’intéressa à la pratique de l’Institut de production végétale dirigée par Lyssenko. La période végétative des plantes cultivées était accélérée, ce qui permettait un développement, une fructification plus précoce et une augmentation des rendements du blé. Musset, dans son article, proposait que cette méthode soit introduite en France. Son contenu fut souvent invoqué dans les débats de l’après-guerre sur le lyssenkisme.

André Journaux, son assistant puis successeur comme doyen, écrivit une longue notice après son décès dans Norois, revue dont il avait été l’un des fondateurs et le directeur. Son nom fut donné à la bibliothèque de l’Institut de géographie de l’Université de Caen. Il était officier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146595, notice MUSSET René par Alain Dalançon, Jacques Girault, version mise en ligne le 20 mai 2013, dernière modification le 7 août 2017.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault

ŒUVRES : La revue Norois signalait six ouvrages, une centaine d’articles et de nombreuses notes et comptes rendus d’ouvrages. Outre sa thèse, signalons : Le blé dans le monde, Berger-Levrault, 1923. — La Bretagne, Armand Colin 1937, réédition en 1958. — La Normandie, Armand Colin 1960.

SOURCES : Arch. Nat., F17/25651. — Nécrologie dans Norois, 1977, vol. 93. — Arch. SHD, bureau de la Résistance, GR 16 P 438193, Musset, René, homologué RIF (Résistance intérieure française) — http://www.memoirevive.org/. — État civil en ligne Arch. Dép. Seine-et-Marne. — Deniz Uztopal, Pouvoir idéologique et savoir scientifique. L’Histoire sociale de la Science et des scientifiques communistes français dans la Guerre froide, Université de Paris I, thèse, 2012.

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