GEFFROY Georges, Henri, François

Par Alain Prigent, Serge Tilly

Né le 21 octobre 1925 à Andouillé (Mayenne), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; lycéen ; membre des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP).

Georges Geffroy était le fils de Henri, François, Marie Geffroy, né le 24 juillet 1898 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), rédacteur aux contributions indirectes, et de Charlotte, Olga, Jeanne Rivière, employée des PTT, née le 30 novembre 1898 à Andouillé.
Lycéen, Georges Geffroy fit sa scolarité au lycée Anatole-Le Braz de Saint-Brieuc. Il fut membre des FUJP dont le responsable était Jacky, Jean Hudo. Le 15 novembre 1943 à 17 h 30, en gare de Plérin, avec ses trois camarades du lycée Pierre Jouany, Pierre Le Cornec et Yves Salaün, il voulut soustraire à un vaguemestre allemand une sacoche contenant des documents. L’affaire tourna mal : Pierre Le Cornec, faisant usage de son arme, abattit le soldat allemand.
Le 10 décembre 1943 à 8 h 30 après une dénonciation, une grande rafle, encadrée par une quinzaine de Feldgendarmes et dirigée par le SS Müller du SD de Saint-Brieuc, fut organisée dans le lycée. Dix-neuf élèves dont les noms figuraient sur une liste furent arrêtés. Ils furent détenus à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Huit d’entre eux furent transférés à Compiègne puis déportés en camp de concentration.
Georges Geffroy et les deux autres lycéens Pierre Le Cornec et Yves Salaün furent maintenus en détention. Pendant leur incarcération, ils furent affreusement torturés au siège de la Gestapo au 5 boulevard Lamartine à Saint-Brieuc. Les autres lycéens furent libérés. Le revolver qui servit à abattre l’Allemand fut retrouvé, constituant une terrible preuve. Ils furent alors transférés à la maison d’arrêt de Fresnes (Seine). Le 11 février 1944 ils furent jugés et condamnés à la peine de mort par le tribunal du commandant du département de la Seine Abt. B St. L. V No 15/44 « pour activité de franc-tireur et avoir participé à un meurtre ». Le 21 février 1944, ils furent fusillés dans la clairière du fort du Mont-Valérien, le même jour que le groupe de Missak Manouchian, ceux de L’Affiche rouge immortalisés par un poème d’Aragon chanté par Léo Ferré.
Le médecin militaire allemand constata le décès de Georges Geffroy à 15 h 16. Il avait 19 ans. Le 5 mars 1944 une messe fut célébrée en l’église Notre-Dame-d’Espérance à Saint-Brieuc par les familles des trois lycéens fusillés. Au cours de la cérémonie « La Marseillaise » fut interprétée aux orgues. Le journal départemental La Croix des Côtes-du-Nord, paru le 14 mai 1944, relatait l’exécution : « Par jugement d’un tribunal militaire, deux habitants de Saint-Brieuc et un d’Étables ont été condamnés à mort pour un assassinat. Le jugement a été exécuté. » Les noms ne figurent pas dans le communiqué. Georges Geffroy fut inhumé au cimetière Saint-Michel de Saint-Brieuc. Sur la sépulture familiale figure une plaque sur laquelle est gravé : « Georges Geffroy – élève du lycée de Saint-Brieuc – fusillé par les Allemands au Mont-Valérien le 21 février 1944 à l’âge de 18 ans. » II écrivit une dernière lettre adressée à ses parents et sa petite Yvonne.
Son nom figure sur La cloche du Mémorial de la France combattante au Mont-Valérien à Suresnes, sur Le monument du lycée Anatole-Le Braz de Saint-Brieuc, et sur La plaque au 106 rue La Fayette à Saint-Brieuc, endroit où demeurait la famille. Une salle de classe de l’ancien lycée, aujourd’hui collège Anatole-Le Braz, porte son nom. Une rue de Saint-Brieuc porte le nom des Lycéens-Martyrs.
La mention « Mort pour la France » figure sur son acte de naissance.

Dernière lettre de Georges Geffroy.
 
Fresnes, le 21 février 1944
 
Ma bien chère maman,
Mon bien cher papa,
Ma chère Petite Yvonne,
Il y a quelques instants on est venu me chercher dans ma cellule et maintenant me voici avec Yves et mon autre camarade Le Cornec. Mon cas était plus grave que je ne le pensais, voyez-vous, mais jamais je n’aurais pensé mourir de cette façon. J’étais jeune et j’avais confiance dans ma jeunesse. Pauvre maman, que de chagrin, que de tourments t’ai-je donnée.
Enfin, c’est la vie, que voulez-vous : s’il y a un au-delà, espérons que je vous y retrouverai.
J’avais toujours eu l’ambition d’être soldat, de servir ma patrie, voilà ce qu’il m’en coûte. Cependant, je ne regrette pas ce que j’ai fait sur cette terre. Comme Yves, j’ai joué et j’ai perdu.
Naturellement, je ne vous dirai pas que je ne regrette pas la vie que passais auprès de vous. J’étais heureux et vous m’avez été vraiment de bons parents. Je ne voudrais pas que vous me preniez pour un ingrat, non.
Je ne peux vous exprimer dans cette lettre toute la tendresse que j’ai pour vous. Les mots ne me viennent pas, mais soyez-en-assuré.
Il est midi. Le pasteur catholique vient de passer parmi nous. Bien que n’ayant jamais pratiqué je vais me confesser. L’exécution doit avoir lieu à trois heures. Sans doute viendra-t-on nous chercher vers deux heures.
Ce qui me coûte le plus, c’est de vous laisser sans vous avoir vu avant de mourir. J’aurais tant aimé vous embrasser une fois encore.
J’ai au greffe de cette prison des affaires personnelles que j’aimerai voir entre vos mains : portefeuille, stylo. Quant au sac de scout et à la couverture blanche ils appartiennent à des camarades (Rinvé et Le Mée).
Je vous quitte, biens chers parents, en vous envoyant mes derniers baisers.
Votre fils qui vous aime tendrement.
Jo.
Mes meilleurs baisers aux grands-mères, aux tantes et aux oncles.
Jo
Mes meilleurs souvenirs à Mr et Mme Rolland.

Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146766, notice GEFFROY Georges, Henri, François par Alain Prigent, Serge Tilly, version mise en ligne le 25 mai 2013, dernière modification le 28 septembre 2021.

Par Alain Prigent, Serge Tilly

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor 2W109. – Collectif, De la nuit à l’Aurore, des lycéens dans la guerre, Association A. Le Braz, 1995. – Alain Prigent, Serge Tilly, « Les fusillés et les décapités dans les Côtes-du-Nord (1940-1944) », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 12, 2011. – Serge Tilly, « L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les lieux de mémoire », Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 10, 2004 et no 11, 2005. – Notice biographique de Jean Hudo, rédigée par Alain Prigent, DBMOMS, t. 6, 2010. – Le Mont-Valérien. Résistance, Répression et Mémoire Ministère de la Défense, 2010.(reproduction de sa dernière lettre . — État civil, Andouillé.

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