LE CORNEC Pierre, Léon, François

Par Alain Prigent, Serge Tilly

Né le 25 août 1925 à Étables-sur-Mer (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; lycéen ; membre des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP).

Pierre Le Cornec était le fils de Léon Le Cornec, né le 12 avril 1898 à Plouha, photographe, et de Marie Lesquélen, demeurant boulevard Pasteur à Étables-sur-Mer. Le couple eut trois enfants.
Lycéen, Pierre Le Cornec fit sa scolarité au lycée Anatole Le Braz de Saint-Brieuc. Il fut membre des Forces unies de la jeunesse patriotique (FUJP), dont le responsable était Jacky, Jean Hudo.
Le 15 novembre 1943 à 17 h 30 en gare de Plérin avec ses trois camarades du lycée, Pierre Jouany, Georges Geffroy et Yves Salaün, il voulut soustraire à un vaguemestre allemand une sacoche contenant des documents. L’affaire tourna mal : Pierre Le Cornec, faisant usage de son arme, abattit le soldat allemand.
Le 10 décembre 1943 à 8 h 30, après une dénonciation, une grande rafle, encadrée par une quinzaine de Feldgendarmes et dirigée par le SS Müller du Sicherheitsdienst de Saint-Brieuc, fut organisée dans le lycée. Dix-neuf élèves dont les noms figuraient sur une liste furent arrêtés. Ils furent détenus à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc. Huit d’entre eux furent transférés à Compiègne puis déportés en camp de concentration. Pierre Le Cornec et les deux autres lycéens Georges Geffroy et Yves Salaün furent maintenus en détention. Pendant leur incarcération, ils furent affreusement torturés au siège de la Gestapo au 5 boulevard Lamartine à Saint-Brieuc. Les autres lycéens furent libérés. Son père Léon Le Cornec, arrêté le 10 décembre 1943, fut libéré le 21 janvier 1944. Le revolver qui servit à abattre l’Allemand fut retrouvé, constituant une terrible preuve.
Pierre Le Cornec fut conduit par les Allemands pour une perquisition à son domicile et dut déterrer sous la contrainte une arme de chasse cachée. Les autorités allemandes « l’exposèrent » aux yeux de la population d’Étables-sur-Mer, les mains attachées dans le dos. Jean Boulmer, dont le père était gardien à la maison d’arrêt de Saint-Brieuc et qui fut ensuite déporté, put communiquer avec Pierre Le Cornec. Selon son témoignage, Le Cornec fut torturé de façon bestiale, ayant en permanence les mains attachées dans le dos dans sa cellule. Les trois lycéens furent finalement transférés à la maison d’arrêt de Fresnes (Seine, Val-de-Marne). Le 11 février 1944 ils furent jugés et condamnés à la peine de mort par le tribunal du commandant du département de la Seine Abt. B St. L. V no 15/44 « pour activité de franc-tireur et avoir participé à un meurtre ». Le 21 février 1944, ils ont été fusillés dans la clairière du fort du Mont-Valérien à Suresnes, le même jour que le groupe de Missak Manouchian, ceux de L’Affiche rouge immortalisés par un poème d’Aragon chanté par Léo Ferré. Le médecin militaire allemand constata le décès de Pierre Le Cornec à 15 h 16. Il avait dix-neuf ans.
Le 5 mars 1944 une messe fut célébrée en l’église Notre-Dame d’Espérance à Saint-Brieuc par les familles des trois lycéens fusillés. Au cours de la cérémonie « La Marseillaise » fut interprétée aux orgues.
Le journal départemental La Croix des Côtes-du-Nord, paru le 14 mai 1944, relatait l’exécution : « par jugement d’un tribunal militaire, deux habitants de Saint-Brieuc et un d’Étables ont été condamnés à mort pour un assassinat. Le jugement a été exécuté ». Les noms ne figurent pas dans le communiqué. Pierre Le Cornec fut inhumé au cimetière d’Étables-sur-Mer. Sur la sépulture familiale figure une plaque sur laquelle est gravé : « Pierre Le Cornec – dix-huit ans – fusillé par les Allemands au Mont-Valérien ».
Son nom figure sur La cloche du Mémorial de la France combattante au Mont-Valérien à Suresnes, sur Le monument du lycée Anatole-Le Braz de Saint-Brieuc et sur une plaque 16 rue de la République à Étables-sur-Mer, endroit où demeurait la famille. Une salle de classe de l’ancien lycée aujourd’hui collège Anatole Le Braz de Saint-Brieuc, une rue d’Étables-sur-Mer portent son nom. Une rue de Saint-Brieuc porte le nom des Lycéens Martyrs. Aucune mention de décès ne figure sur son acte de naissance.

Site des Lieux de Mémoire du Comité pour l’Étude de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article146793, notice LE CORNEC Pierre, Léon, François par Alain Prigent, Serge Tilly, version mise en ligne le 27 mai 2013, dernière modification le 9 novembre 2021.

Par Alain Prigent, Serge Tilly

SOURCES : Arch. Dép. Côtes-d’Armor, 2W113. – Collectif, De la nuit à l’Aurore, des lycéens dans la guerre, Association A. Le Braz, 1995. – Serge Tilly, « L’occupation allemande dans les Côtes-du-Nord (1940-1944), Les lieux de mémoire », Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 10, 2004 et no 11, 2005. – Alain Prigent, Serge Tilly, « Les fusillés et les décapités dans les Côtes-du-Nord (1940-1944) », Les Cahiers de la Résistance populaire dans les Côtes-du-Nord, no 12, 2011. – État civil, Étables-sur-Mer.

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