PELÉ Albert, Léon, Joseph

Par Jacques Cousin

Né le 5 mars 1928 à Montenay (Mayenne), mort le 6 avril 2001 à Laval (Mayenne) ; instituteur en Mayenne ; militant tendance « École émancipée » de la section mayennaise du Syndicat national des instituteurs.

Son père exerçait le métier de charron-menuisier à Montenay, sa mère était épicière. Albert Pelé fit partie de la promotion 1944-1949 de l’École normale d’instituteurs de Laval (Mayenne). Il exerça pendant de nombreuses années à Vautorte, puis à Grazay et termina sa carrière à Montigné-le-Brillant.

Albert Pelé fut désigné comme délégué des normaliens et nommé au bureau de la commission des jeunes de la section mayennaise du Syndicat national des instituteurs, le 16 décembre 1948. L’année suivante, le 13 octobre, il en accepta le secrétariat. Élu pour la première fois au conseil syndical le 28 novembre 1950, il participa à la commission de défense laïque tout en conservant le secrétariat de la commission des jeunes. Il ne sollicita pas le renouvellement de son mandat en novembre 1952, mais fut réélu en novembre 1956 et de nouveau intégré à la commission d’action laïque. Après la démission d’André Quesne*, secrétaire général de la section, à la suite d’un différend avec la tendance « École émancipée » sur la souveraineté des assemblées générales, les conseillers syndicaux procédèrent, le 13 juin 1957, à un renouvellement partiel du bureau de la section. Pelé y fut chargé de la commission de défense laïque.

Albert Pelé fut élu à la commission administrative paritaire départementale en 1958 sur la liste unitaire présentée par la section mayennaise du SNI. Inscrit sur la liste commune d’action syndicale et d’action laïque, il fut réélu au conseil syndical en février 1959 où il conserva les mêmes fonctions que précédemment. Son mandat fut renouvelé en 1961. En 1960, il représenta la section départementale du SNI avec Hervé Penven* et Lucien Sosson* au congrès de Strasbourg. Il avait déjà été délégué de la section à celui de Brest, deux ans plus tôt. Réélu comme suppléant à la CAPD en 1961, son mandat de conseiller syndical, chargé des questions laïques, fut renouvelé en mars 1963. Cette même année, il signa le texte programme pour l’élection au bureau national du SNI, « Pour un syndicalisme révolutionnaire : Programme des « Amis de l’École émancipée » auquel il fut candidat sans succès, lors de la réunion du conseil national, le 22 décembre 1963, sur la liste de l’École Émancipée. Lors des élections organisées pour le renouvellement du conseil syndical en mars 1965, la tendance mayennaise de l’École émancipée favorable à la grève générale illimitée et au renversement du système économique et social bourgeois se trouvait en profond désaccord avec les majoritaires et les militants « Unité et Action ». Elle décida de présenter sa propre liste face aux deux autres tendances réunies et compta cinq élus (dont Pelé tête de liste) sur 25 sièges à pourvoir. Il occupa alors le siège de secrétaire-adjoint de la section en doublette avec Jean Fouassier. Lors de l’assemblée générale de la section du 24 juin 1965, Albert Pelé présenta la motion d’orientation de l’École émancipée, rappelant notamment la conception révolutionnaire de sa tendance. Elle réunit 16 voix contre 45 à la majorité et 23 à la tendance « Unité et Action ». Dans une tribune libre publiée par La Voix Syndicale spéciale sur les directions d’école intitulée « au pas camarade », Albert Pelé et Pierre Dury*dénonçaient les nouveaux décrets gouvernementaux qui permettaient la nomination des directeurs d’école en dehors de tout contrôle syndical, les assujettissant entièrement à l’administration. Ils proposaient des mesures radicales pour lutter contre ces décrets (démission des élus aux conseils départementaux et au conseil supérieur de l’Éducation nationale, boycott des postes…) mais ne furent pas suivis par la majorité du conseil syndical. En décembre 1965, Pelé, à nouveau candidat sur la liste présentée par l’École émancipée aux élections organisées pour le renouvellement du bureau national, et placé en queue de liste, n’obtint pas de siège.

Réélu en 1965 à la commission administrative paritaire départementale, Albert Pelé en démissionna le 16 février 1966, comme tous les élus du SNI, afin de protester contre les nouveaux décrets gouvernementaux qui imposaient aux candidats à un poste de direction d’école, leur inscription préalable sur une liste d’aptitude et leur nomination par le recteur en dehors du contrôle des commissions paritaires. Son mandat fut reconduit aux élections qui suivirent aussitôt après.

Lors du renouvellement du conseil syndical de la section, en mars 1967, les trois tendances représentées dans la section mayennaise du SNI décidèrent de partir chacune sur leur propre programme. La liste de l’École émancipée obtint 3 sièges (dont Pelé, tête de liste) sur 25. À l’élection du bureau, il obtint 3 voix pour le poste de secrétaire général et fut chargé de la responsabilité de la commission laïque. Cependant, en mars 1969, afin de respecter la rotation en vigueur dans la tendance « École émancipée », Albert Pelé se présenta en queue de liste et son mandat de conseiller syndical ne fut pas reconduit. Lors de l’assemblée générale de la section départementale du 18 juin 1970, le rapport d’activité présenté par Lucien Sosson* fut mis en minorité par l’École émancipée alliée à certains militants de la tendance Unité et Action (67 voix pour, 70 contre, 15 abstentions). Le conseil syndical démissionna la semaine suivante. Aux élections qui suivirent en novembre 1970, il y eut un léger rééquilibrage des forces, l’École émancipée perdant un siège au profit d’Unité et Action. Là encore, Pelé qui se présentait en 24e position ne retrouva pas son siège. Il ne fut pas candidat aux élections d’avril 1971 où il était remplacé par sa femme, Madeleine Pelé. En 1974, le département de la Mayenne comptait 24 suppléants éventuels dont la situation était particulièrement précaire. La section départementale lança un mot d’ordre de grève reconductible pour le 28 mai, avec pour objectif leur inscription sur la liste des remplaçants. Une occupation de l’inspection académique, le 5 juin, terminée par un matraquage entraîna deux nouveaux mots d’ordre de grève les 7 et 14 juin. Ce dernier mouvement prévu pour le jour du BEPC se solda par un échec. Sous la pression des militants de la tendance École émancipée (dont Pelé et Mottay Michel) une assemblée générale des grévistes fut réunie dans la foulée, sans avoir été convoquée statutairement. Elle se déroula dans une grande confusion. Certains, comme Pelé, réclamaient un durcissement de la grève, d’autres soulignaient les difficultés rencontrées par certains enseignants face à leurs parents d’élèves. En réponse aux opposants, Lucien Sosson, secrétaire général, souligna qu’« une réunion qui n’est pas convoquée statutairement ne saurait avoir le pouvoir d’engager la section départementale dans une action quelconque » et proposa une consultation écrite de tous les syndiqués pour déterminer ce qu’il convenait de faire. À l’AG départementale du 26 juin, l’intervention de Sosson fut fortement critiquée par les trois tendances minoritaires. Pelé prit la parole au nom de l’École émancipée, évoqua la consultation écrite des syndiqués pour déclarer que Sosson n’aurait pas dû intervenir de cette manière. Selon lui, le mot d’ordre de grève à l’AG du 26 mai avait été décidé démocratiquement. « C’est une trahison inqualifiable » affirma-t-il. Keromnès, Maudet, au nom de l’École émancipée, Louis Gaonac’h pour Unité et Action, Mottay au nom du FUO, intervinrent pour dire qu’ils ne voteraient pas le rapport d’activité départemental. Celui-ci, au moment du vote, fut repoussé par 156 voix contre 83 et 13 abstentions. Le renvoi de 19 instituteurs suppléants éventuels ajouté au fait que 31 remplaçants restaient sans emploi au moment de la rentrée scolaire en Mayenne relança le problème des auxiliaires dans l’Éducation nationale. L’AG du 25 septembre fut pour une bonne part consacrée à envisager un moyen d’action. Pelé, partisan d’une nouvelle occupation de l’inspection académique, d’une forme de grève administrative et d’une action encore plus dure après la Toussaint, déclara qu’il refuserait de faire une simple grève de 24 heures, pour lui, inefficace. Pourtant, une semaine plus tard, le 2 octobre, le conseil syndical de la section fut convoqué afin de préparer une grève nationale pour le 11 octobre. En désaccord avec les tendances UID et UA, l’École émancipée et son leader départemental Pelé appelèrent à ne pas suivre le mot d’ordre de grève lancé par le SNI national. Ils ouvrirent leur propre caisse de solidarité destinée à venir en aide aux chômeurs. Michel Bouchareissas, membre du bureau national, s’inquiéta dans une lettre du 26 novembre 1974 des menées de la tendance École émancipée en Mayenne qui mettaient en danger l’unité de la section. Sosson lui envoya alors un rapport circonstancié où il reprenait point par point les actions syndicales conduites par la section départementale du SNI depuis deux ans et où l’École émancipée s’était singularisée, voir désolidarisée des décisions prises à la majorité. Le conseil syndical de la section départementale réuni le 8 janvier 1975 fut appelé à statuer sur le sort d’Albert Pelé, accusé d’avoir conduit une action fractionnelle. Gaonac’h, de la tendance Unité et Action, tout en condamnant la conduite de l’École émancipée se déclara opposé à l’exclusion pour un an réclamée par le secrétaire général, sanction qu’il proposa de remplacer par un blâme. Sosson, au nom de la tendance UID, confirma la demande d’exclusion de Pelé. Ce dernier, suivi des autres conseillers syndicaux EE, quitta alors la salle au milieu des éclats de voix et des invectives. Le vote dégagea une large majorité en faveur de l’exclusion (14 voix pour, 4 voix contre).

Le secrétaire général fut accusé d’avoir érigé un véritable tribunal et dans les semaines qui suivirent, l’École émancipée publia dans un numéro spécial de La Voix Syndicale (nov.-déc. 1974) une lettre ouverte aux conseillers syndicaux majoritaires à laquelle ces derniers répondirent point par point. Albert Pelé fit appel de la sanction devant le Conseil national du 13 mars 1975, ce dernier ne put examiner son recours en raison du faible délai qui lui était laissé pour instruire l’affaire et la sanction fut momentanément suspendue. Concrètement, elle ne fut jamais appliquée. Cependant, le climat dans la section en fut durablement affecté.

Lors du renouvellement du conseil syndical de la section, en mars 1975, Pelé était tête de liste pour la tendance École émancipée et fut réélu conseiller syndical. Quelques mois plus tard, en janvier 1976, il se retrouva en quatrième position sur la liste de sa tendance pour les élections des membres du bureau national, mais ne put conquérir de siège. En 1976, dans l’affaire de Sainte-Suzanne (Mayenne), - l’inspecteur d’académie venait d’y créer une association d’éveil artistique avec vocation de formation de scolaires et d’enseignants - Pelé qui intervenait au nom de l’École émancipée, rappela tout d’abord les attaques dont faisaient l’objet les écoles normales par le gouvernement de droite, se demandant ensuite pourquoi l’école normale de Laval, dont le rôle était de conduire, dans le domaine artistique entre autre, les expériences pédagogiques et la formation des maîtres, ne bénéficiait pas des crédits si largement attribués à l’association d’éveil. Il affirma également que les modifications de statuts n’en changeraient pas sa nature et qu’elle resterait une association privée recevant des fonds publics, chargée d’assurer ce que le service public pourrait effectuer si on lui en donnait les moyens. La motion votée à la fin des débats se rallia à sa position et à celle d’Unité et Action pour refuser toute participation des enseignants aux activités du Centre d’éveil artistique et réclamer que les fonds publics versés à l’association soient alloués à l’École normale pour le développement de l’éveil artistique. L’École émancipée conserva Pelé comme tête de liste en mars 1979 (15 UID, 6 UA, 4 EE) et en 1982 (16 UID, 5 UA, 3 EE, 1 FUO). En revanche, en 1985, il ne présenta qu’une candidature de soutien à la liste de sa tendance et cessa ensuite toute participation.

Albert Pelé se maria le 7 décembre 1950 à Mayenne (Mayenne) avec Madeleine, une institutrice, fille d’un épicier, militante des « Amis de l’École émancipée ». Il fut également secrétaire du conseil départemental de parents d’élèves des écoles publiques de la Mayenne de 1966 à 1973.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article147546, notice PELÉ Albert, Léon, Joseph par Jacques Cousin, version mise en ligne le 27 juin 2013, dernière modification le 27 juin 2013.

Par Jacques Cousin

SOURCES : Arch. dép. Mayenne, Fonds de la section départementale du SNI-PEGC, La Voix Syndicale. — Archives de l’École normale d’instituteurs de Laval (Mayenne). — Bulletin départemental de l’enseignement primaire, tableau de classement, 1945. — Renseignements fournis par Albert Pelé. — Note de Jacques Girault.

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