OLLIER Augustin [pseudonymes dans la résistance : commandant Ravel, Lacour, Maurice]

Par Pierre Bonnaud

Né le 11 novembre 1912 au Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire), mort le 26 novembre 1956 à Annonay (Ardèche) ; ouvrier galochier puis petit commerçant ; militant cégétiste et communiste en Haute-Loire, Loire et Ardèche ; résistant (commandant FTPF) ; premier adjoint au maire d’Annonay (1953-1956).

Avis de recherche suite à son évasion d’octobre 1943

Les parents d’Augustin Ollier, Auguste Ollier et son épouse Marie Roche exerçaient les professions de tailleur d’habits et de dentelière dans la petite ville du Monastier-sur-Gazeille. Augustin Ollier reçut une instruction primaire à l’école communale. Il n’a pas son CEP.
Il quitta Monastier dès 13 ans pour travailler comme barman à Vichy, puis à Monistrol-d’Allier comme monteur électricien.
Il fit alors son régiment à Modane dans les Chasseurs Alpins, comme 2ème classe. Libéré, il travailla chez Therme et Surrel comme galochier.
Il s’installa à Vichy jusqu’en 1933, puis au Puy-en-Velay jusqu’en 1936. Lors du mouvement social lié au Front Populaire, secrétaire du syndicat CGT du Puy, il dirigea la grève victorieuse des ouvriers galochiers. En 1935, il adhéra au Parti communiste. Celui-ci présenta sa candidature en 1937 aux élections du conseil général, dans le canton du Monastier.
En 1938, il part à Saint-Étienne (Loire) et travaille au service de la Voirie. Le 25 mai 1939, il épousa à La Ricamarie Marie-Louise Roure, originaire de La Chapelle-Geneste. Un fils naquit de cette union.

Mobilisé en septembre 1939, il rejoignit le 299 Régiment d’infanterie alpine à Lyon. Il rejoignit Saint-Etienne lorsqu’il fut rendu à la vie civile le 24 juillet 194, travaillant de nouveau à la voirie. Il reprit immédiatement contact avec le Parti communiste et participa à la reconstruction clandestine du parti dans le bassin houiller de la Loire (à Saint-Étienne, Le Chambon-Feugerolles, La Ricamarie, Firminy).

Selon l’attestation du liquidateur national du front National, Marcel Mugnier, il entra dans la résistance clandestine dès septembre 1940, procédant "au recrutement de patriotes pour la formation de groupes de résistance dans la vallée de l’Oudaine, La Ricamarie, Le Chambon-Feugerolles et à Firminy (Loire), et participa à la diffusion de tracts anti-nazis".
Il est arrêté cette première fois à Saint-Étienne par la police spéciale lors d’une distribution de tracts et accusé de « menées communistes », transféré le 26 juillet à la prison militaire de Clermont-Ferrand. Jugé, il obtint un non-lieu et fut relaxé le 10 novembre 1941.

Selon L-F. Ducros, il devint membre de l’Organisation Spéciale (OS), premier bras armé du PC clandestin. En réalité, selon Marcel Mugnier, Ollier adhéra immédiatement après sa libération au Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France (FN). Il reprit alors son travail de recrutement dans les secteurs précités. C’est en novembre 1942 qu’il aurait pris contact avec les groupes FTP de la Loire, participant à leurs actions. Son appartenance à l’OS n’apparaît pas dans son dossier de résistant.

Immergé dans la clandestinité fin 1942, sous le pseudonyme de Maurice, il participa, dans la région de Terre-Noire et Châteaucreux (Loire), à une série de coups de main et de sabotages qui aguerrirent les premiers groupes FTP originaires de la région stéphanoise : récupération de tickets d’alimentation, d’armes, sabotage des voies ferrées, notamment entre Terrenoire (Loire) et les rives du Rhône dans l’Ardèche et la Drôme. Il assura bientôt le commandement militaire de quelques dizaines de jeunes gens installés dans plusieurs groupes de fermes de la région de Monistrol d’Allier et de Thoras (Haute-Loire). Ce fut le point de départ du futur maquis Wodli. Dans le triangle de direction, à ses côtés, se trouvaient Henri Hutinet, militaire de carrière, (monarchiste d’après les confidences d’Ollier), commissaire technique, et Alain Joubert, ancien responsable des Jeunesses communistes, commissaire aux effectifs. Augustin Ollier devint aussi l’adjoint du Commissaire aux opérations régional.

Dans la nuit du 24 au 25 avril 1943, Ollier entreprit une action spectaculaire, minutieusement préparée, décrite avec précision dans l’ouvrage de Pierre Broué Meurtres au maquis. À la tête d’un groupe de 5 FTP, il fit évader 26 détenus politiques de la prison du Puy-en-Velay. Humiliée, l’administration vichyste procéda à un ratissage policier, captura la plupart des évadés et un grand nombre de résistants. Augustin Ollier, en fuyant dans les bois, fit une chute dans une carrière et se fractura le bassin. Transporté par ses camarades chez sa sœur, madame Fouillet, à Costaros (Haute-Loire), il fut repris par la police le premier mai et incarcéré à son tour à la prison du Puy.

À l’intérieur de l’établissement pénitentiaire, Ollier, dont la blessure guérissait mal, devint l’un des trois responsables du « collectif » des détenus communistes, avec Jean Burles et Clovis Chirin. Les communistes entretinrent des relations tendues avec plusieurs militants trotskistes eux-aussi emprisonnés (dont Pietro Tresso, l’un des fondateurs du Parti communiste italien). Une nouvelle évasion collective fut organisée avec la complicité active du gardien Albert Chapelle, membre du Parti socialiste et agent du SOE britannique. Le 1er octobre 1943, 79 détenus politiques et deux « Droit commun » firent la « belle » en compagnie du gardien résistant. Augustin Ollier fut évacué dans une traction avant affrétée par le maquis Gabriel Péri du Puy-de-Dôme.

Tandis que la plupart des évadés rallièrent le maquis Wodli, installé aux Queyrières, à une quarantaine de kilomètres du Puy-en-Velay, Ollier rejoignit le Puy-de-Dôme. En novembre 1943, c’est lui qui organise le sabotage des mines de la Combelle, présenté ici comme chef régional FN et sous le nom de guerre Maurice. Sous le pseudonyme de Ravel, il dirigea un nouveau maquis FTP, « le camp Guy Moquet », à Saint-Germain-L’Herm, jusqu’à la mi-décembre 1943. Puis, la direction FTP de zone Sud le nomma Recruteur régional pour le Vaucluse. L’exécution de deux soldats allemands dans un train le plaça en situation délicate. Il fut muté dans la Drôme. Enfin, après une période de flottement dans le commandement FTP de la région Drôme-Ardèche, il fut désigné Commissaire aux opérations régional en Ardèche en mars 1944.

En Ardèche, Ollier donna sa pleine mesure comme chef militaire. Commandant FTP, il conserva le pseudonyme de Ravel et s’entoura d’une équipe recrutée principalement parmi les anciens du Wodli : Chirin*, Dubois, Néron*... Il impulsa et coordonna l’action des groupes armés FTP dont l’inflation des effectifs fut évidente après le 6 juin.

Il établit avec de nombreuses complicités dans la population civile un système rapide de liaisons et de transmissions motorisées et téléphoniques sur tout le territoire du département. Il fit imprimer sur les presses de l’imprimerie Mazel à Largentière un hebdomadaire, L’Assaut, organe des FTPF de l’Ardèche. Ollier songea à implanter son quartier général à proximité de la base ouvrière annonéenne et s’installa à Lamastre, libérée dès le 6 juin par la 7101e Cie FTP commandée par Aimé Cases (Lieutenant Daniel). Dans cette localité, il accueillit le 22 juin le Commissaire de la République, Yves Farge*, venu inspecter les zones libérées du département.

Le 5 juin 1944, la Section spéciale l’avait condamné par contumace à 20 ans de travaux forcés pour détention d’armes, rébellion armée, infraction au STO, contrefaçon de sceaux, omission de rejoindre un camp de séjour surveillé.

Après l’expédition punitive allemande du Cheylard ( 5-6 juillet 1944 ), la question de l’unité de commandement des FFI ardéchois fut posée. À l’issue de négociations, entre tous les partenaires de la Résistance ardéchoise, qui trouvèrent leur conclusion le 10 juillet 1944 à Antraïgues, le Commandant Ravel devint Chef d’État-major adjoint FFI aux côtés du Commandant Calloud de l’Armée Secrète. Mais il disposa de son propre État-major installé désormais à Laviolle sur les pentes cévenoles et conserva au sein des FFI une large autonomie. Convaincant par son dynamisme, il influença les jeunes chefs du secteur D de l’Armée secrète (Michel Bancilhon, André Bernard, Marcel Jardon, Pierre Ollier de Marichard) dont les options politiques s’étaient radicalisées. À partir du 3 août.1944, ils se placèrent sous son autorité.

« Toujours près de ses hommes, parmi ses hommes » (selon Régis Sahuc), Ravel participa à de nombreuses actions de guérilla qui accompagnèrent la retraite allemande de l’été 44. Ainsi naquit sa légende qui lui prêta sans doute des combats auxquels il n’a pu être directement. Le 12 août, Ravel engagea plusieurs compagnies FTP aux côtés de l’Armée Secrète (sans être personnellement présent) dans la Libération de Privas.

À partir du 21 août, il répondit avec Calloud, à la demande du commandement régional FFI de préparer « l’investissement de Lyon » faisant suite au débarquement de Provence du 15 août. Après s’être durement affronté aux troupes allemandes dans la région de Brignais (Rhône), le commandant Ravel investit Oullins à la tête d’environ 1 500 FFI (3 bataillons FTP, 1 bataillon AS ) dans la nuit du 2 au 3 septembre. Il y fut rejoint par un groupe de fusiliers-marins de l’Armée d’Afrique. Le 3 septembre au matin, les ponts sur la Saône ayant sauté, il fit franchir le fleuve à ses hommes en réquisitionnant les barques du Club Nautique et en remettant en service un vieux bac à traille. Les FFI ardéchois furent ainsi parmi les premiers à s’infiltrer jusqu’à la Place Bellecour. Le 5 septembre, les hommes de Ravel reçurent les honneurs de Lyon libéré, avant de regagner l’Ardèche le 11 septembre.

Ravel sélectionna alors, sur la base du volontariat, les meilleurs de ses éléments FFI. Ils intégrèrent le 159e Régiment d’Infanterie Alpine pour former le IVe Bataillon connu sous le nom de Bataillon Ravel. D’octobre 1944 à avril 1945, le Commandant Ravel les conduisit au combat sur le front des Alpes (Col de Vars, Queyras, Briançonnais), prenant en charge des opérations de contact délicates avec l’ennemi, dans des conditions matérielles difficiles. Le 28 avril, le Bataillon Ravel pénétra en Italie, fit sa jonction avec des groupes de partisans italiens, occupa la ville de Villanova en Piémont, défila le 1er mai à Torre Pellice. Plusieurs sections, « vu leur enthousiasme (...) dépassèrent la ligne d’arrêt fixée par le Haut-commandement » ( Régis Sahuc ) et poussèrent leur avancée jusqu’à Pignerol et Turin.

En février 1945, le Bataillon Ravel changea de dénomination. Il était devenu le 2e Bataillon du 141e RIA. Le général Molle, en tournée d’inspection, avait laissé entrevoir sa dissolution. Après la capitulation allemande, ce fut chose faite en juillet 1945. Ses cadres et ses hommes furent dispersés dans différentes unités de l’armée française.

Il a servi dans la Résistance intérieure française (RIF) à compter du 15 janvier 1943 au sein du front National. Ses services homologués et considérés comme accomplis au sein de la Résistance comptent du 17 septembre 1940 au 14 janvier 1943. Il a été homologué FFI pour la période du 15 mai 1943 au 15 janvier 1946, avec le grade fictif de commandant.
Il a reçu en 1953 la carte d’interné-résistant. Une commission médicale de 1957 l’a considéré comme invalide à 100% + 2° degré, ce qui lui accordait une pension équivalent à ce degré d’invalidité.
Promu Chevalier de la Légion d’honneur en août 1945 (JO du 21 juin 1946), médaillé de la Résistance et de la croix de guerre 1939-1945, le Commandant Ravel redevint Augustin Ollier dans la vie civile. Le général de corps d’armée Doyen le cita à l’ordre de la division le 19 juin 1945 : « Magnifique entraîneur d’hommes, animé d’un beau patriotisme, a participé de toutes ses forces et de toute son âme à la Libération de la France. (…) » Versé dans l’Armée de Réserve avec le grade de Capitaine d’infanterie, Augustin Ollier se fixa en Ardèche à Annonay où il ouvrit un commerce de chaussures au 14, rue Franki Kramer.

Fidèle militant du PC, il fut élu à son comité fédéral à partir de 1945. Avec l’instituteur Alfred Arnaud, il s’occupa activement de l’Association des anciens FFI-FTP (à l’origine de l’ANACR), en devint le président à l’échelle du département, et fit partie de la commission départementale FFCIRIF de l’Ardèche. En 1952, alors que la Guerre froide battait son plein, l’administration militaire et préfectorale chercha à ternir son image au prétexte qu’Ollier voulait faire valoir les droits d’anciens camarades FTP retardataires dans leurs démarches. Le gouverneur militaire de Lyon demanda une enquête : tout en reconnaissant qu’Augustin Ollier n’avait « pas commis de faux au sens pénal du terme », il fut, « pour faute sur l’honneur », mis en réforme, suspendu de « l’exercice des droits et prérogatives attribués à la qualité de chevalier de la Légion d’honneur » pour une durée de cinq ans et remplacé à la commission départementale.

En 1953, Augustin Ollier conduisit à Annonay la liste du PC aux élections municipales. Élu au deuxième tour sur une liste d’union avec la SFIO, il devint premier adjoint de la ville dirigée par le socialiste Daniel Aimé. Il présida la deuxième commission Services publics, travail et main-d’œuvre et fit partie de la commission des finances.

En 1954, Augustin Ollier participa au mouvement de protestation des commerçants d’Annonay contre les contrôles fiscaux (qui donna naissance à l’UDCA de Robert Poujade). Le 22 septembre, deux cent cinquante personnes s’assemblèrent, un comité de défense fut créé. Les Renseignements généraux rapportèrent : « Monsieur Ollier Augustin, marchand de chaussures, premier adjoint communiste au maire d’Annonay a été élu président ».

Divorcé de sa première femme en 1947, Augustin Ollier épousa le 14 février 1948 en deuxièmes noces Rose Léoncia Revel dite Rosette, résistante rencontrée en 1944 et devenue sa compagne.

Au terme d’une implacable maladie, Augustin Ollier décéda à l’âge de 44 ans, auréolé d’un prestige qui dépassait largement les cercles communistes.
Une stèle en son honneur fut inaugurée sur la maison natale d’Augustin Ollier le 3 juin 1973 où fut rappelé l’action de ce jeune commandant aussi bien en Ardèche qu’en Haute-Loire, Lozère et à Lyon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article147589, notice OLLIER Augustin [pseudonymes dans la résistance : commandant Ravel, Lacour, Maurice] par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 30 juin 2013, dernière modification le 18 janvier 2020.

Par Pierre Bonnaud

Avis de recherche suite à son évasion d’octobre 1943

SOURCES : Arch. Dép. Rhône (Région Rhône-Alpes), 668W96. — Arch. Dép. Ardèche 100W363. — L’Assaut, périodique FTP, 1944 (PER1751 Arch. Dép. Ardèche). — AVCC Caen, dossier AC 21 P 653439. dossier Augustin Ollier .— Arch. dép. du Puy-de-Dôme : dossier nominatif d’attribution de la carte du combattant volontaire de la résistance à Lucien Porte : 2546 W 8426 .— Régis Sahuc, Sur les traces du bataillon Ravel, imp. Mazel Largentière, 1946. — Louis-Frédéric Ducros,Montagnes ardéchoises dans la guerre, t.I, II, III, Valence, 1981-1982. — Henri Chaze Un communiste ardéchois dans le siècle, éditions Les Allobroges, Aubenas, 1994. — P. Broué et R. Vacheron, Meurtres au maquis, Paris, Grasset, 1995. — Michel Bancilhon (ex-commandant Bernard), Un ardéchois dans la tourmente, Aubenas, 1997. — Jacqueline Revil-Baudard, Les communistes dans la clandestinité à Saint-Étienne, 1939-1943, Grenoble, 1974-1975. — Notices nécrologiques : Le Dauphiné Libéré, 28 novembre 1956 . – La Marseillaise, 28 novembre 1956. – Hommage in l’Humanité, 20 avril 1993. — Pierre Bonnaud, notice Ollier Augustin, in CD-Rom La Résistance en Ardèche, AERI, Paris 2004. — Notice Ollier Augustin, CD-rom DBMOF Édit. de l’Atelier 1997. — État civil, mairie Le Monastier-sur-Gazeille. — Fernand Boyer, Témoins de pierre du sang versé. Les monuments de la résistance en Haute-Loire, Le Puy, éditions de la Société académique, 1983 .— "Commandant Ollier dit Ravel", biographie dacylographiée, une page. In dossier Wodli. Archives privées Alphonse Rozier .— Renseignements communiqués par Pierre Millet et Raoul Galataud, compagnons d’armes d’Augustin Ollier. État signalétique des services dans la Résistance du commandant Ravel (archives privées Alphonse Rozier, Clermont-Ferrand). Compléments par Eric Panthou.

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