MESTRES Gilbert, Assiscle [« Jean » clandestinité]

Par André Balent

Né le 5 novembre 1921 à Thuir (Pyrénées-Orientales) ; mort le 12 mars 1993 à Thuir ; viticulteur propriétaire à Thuir ; un des organisateurs du maquis FTPF de Caixas , puis du maquis FTPF « Henri-Barbusse » (Pleus, Cassagnes puis Canigou) ; militant du PCF ; membre du comité fédéral des Pyrénées-Orientales, secrétaire de la section de Thuir ; coopérateur viticole.

Gilbert Mestres, à droite, au centre Gaudérique Boher, de Fillols, 1992. Cérémonie commémorant le maquis Henri-Barbusse du Canigou.
Gilbert Mestres, à droite, au centre Gaudérique Boher, de Fillols, 1992. Cérémonie commémorant le maquis Henri-Barbusse du Canigou.

Gilbert Mestres était le fils d’Albert Mestres, cultivateur à Thuir et d’Albertine Juliette Lassalle âgés respectivement de vingt-quatre et vingt-deux ans en 1921. Sa mère, était la sœur d’Émile Lassalle dit « Milet », militant communiste de Thuir.

Il se maria à Thuir le 26 juin 1948 avec Yvette Taurinya née à Thuir le 20 novembre 1927, fille d’un employé de commerce. Le couple eut trois enfants : Nadine, infirmière, aujourd’hui à la retraite, Alain, caviste et Aline, décédée enfant.

Gilbert Mestres, propriétaire agricole comme son père, pratiqua la viticulture. Coopérateur agricole, il adhérait à la société coopérative viticole « Les Vignerons de Thuir » qu’il présida de 1978 à 1980. Il milita au MODEF.

Gilbert Mestres, militant clandestin du PC à Thuir, réfractaire du STO, fut, avec Pierre Mach à l’origine de la création d’un premier maquis à Caixas (Pyrénées-Orientales). Ils regroupèrent, en mars 1943, les premiers réfractaires au STO de Thuir auxquels s’adjoignirent deux Espagnols. Ce premier maquis, repéré dut se disperser après avoir subi une attaque de la police. Le 23 avril 1943, Gilbert Mestres et Pierre Mach furent arrêtés et transférés à Montpellier. Le 27 mai, Gilbert Mestres fut mis en liberté provisoire. Après s’être caché dans les Aspres, il gagna au début de 1944 le maquis FTPF « Henri-Barbusse » qui s’était formé près du hameau de Pleus (commune de Cassagnes, Pyrénées-Orientales) (Voir Morer George [sic]). Celui-ci, menacé, dut se disperser (9 à 11 mars 1944), d’abord dans le Fenouillèdes puis après s’être mis à l’abri à Corbère, dans la vallée de la Têt finit par se regrouper à proximité de Fillols, village du Conflent sur le versant nord du massif du Canigou. Le maquis « Henri-Barbusse » fut attaqué le 28 juin 1944 sur les flancs du pic de Cogolló, au lieu dit Serrat d’en Domingo, à la limite des communes de Vernet-les-Bains et de Fillols. Gilbert Mestres assurait son ravitaillement depuis Vernet-les-Bains sans doute avec Joseph Goze (de Vernet-les-Bains) qui donnait aussi des informations sur les mouvements des forces allemandes ou des Francs gardes de la Milice. Il participa au combat et fut associé aux frères Barthélemy et Julien Panchot à la direction du maquis, Barthélemy Panchot* en assurant le commandement en chef .

À la suite de cet accrochage, les maquisards après avoir transité par le chalet du club alpin des Cortalets bientôt incendié par les Allemands se replièrent à Valmanya, en montagne, dans les bâtiments de la mine de fer désaffectée de la Pinosa. Gilbert Mestres faisait partie de ce maquis « Henri-Barbusse » nouvelle mouture toujours commandé par Barthélemy et Julien Panchot*. Comme à Fillols, il les secondait et assurait l’encadrement des hommes, désormais beaucoup plus nombreux, regroupés à la Pinosa. Il participa aux combats du 2 août 1944 (attaque simultanée du maquis « Henri-Barbusse » et du maquis des guérilleros de l’AGE par les forces allemandes et des éléments de la Milice des Pyrénées-Orientales et de l’Aude). Comme les autres membres du maquis « Henri-Barbusse », Gilbert Mestres se replia dans la montagne où ils se dispersèrent. Il demeura dans les rangs des FTPF jusqu’à la Libération du département, le 19 août 1944. Il lui fut attribué de grade de commandant des FFI.

Après la guerre, Mestres milita au PCF. En 1946, il participa à Valmanya à une école de formation du parti. Il siégea au comité fédéral où il fut élu (ou réélu ?) en février 1953. Constamment réélu de 1954 à 1962, il ne fut pas candidat à l’élection du comité fédéral le 3 mai 1964. Il fut le candidat du PCF dans le canton de Thuir lors d’une élection partielle (17 juin 1956) : il s’agissait remplacer Louis Noguères, conseiller général décédé. Mestres recueillit 1250 voix alors que Georges Lavail, radical-socialiste et Léon-Jean Grégory, SFIO rassemblaient respectivement 464 et 4090 suffrages. Grégory fut élu au premier tour.

Gilbert Mestres adhérait à l’ARAC et à l’ANACR. En février 1984, il fut l’un des résistants des Pyrénées-Orientales signataires de l’appel départemental "Pour la démocratie, refusons la haine".

Atteint d’un cancer en 1992, il fut enterré civilement à Thuir le 13 mars 1993. Le PCF lui rendit un vibrant hommage, metttant en valeur son action de résistant.

Son cousin germain, Étienne Mestres, né à Thuir le 20 juin 1926 participa aussi à la résistance thuirinoise. Arrêté à Perpignan le 2 novembre 1943 puis interné il fit partie du convoi parti de Compiègne (Oise) le 14 décembre 1943 à destination du camp de concentration de Buchenwald. Affecté à Dora, au commando d’Ellrich formé entre mai et septembre 1944, il mourut le 20 janvier 1945.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article147907, notice MESTRES Gilbert, Assiscle [« Jean » clandestinité] par André Balent, version mise en ligne le 24 juillet 2013, dernière modification le 28 juin 2017.

Par André Balent

Gilbert Mestres, à droite, au centre Gaudérique Boher, de Fillols, 1992. Cérémonie commémorant le maquis Henri-Barbusse du Canigou.
Gilbert Mestres, à droite, au centre Gaudérique Boher, de Fillols, 1992. Cérémonie commémorant le maquis Henri-Barbusse du Canigou.

SOURCES : — Arch. com. Thuir, actes de naissance, mariage et décès de Gilbert Mestres. — Arch. André Balent, Biographie et rapport sur la Résistance de Rius Sébastien alias « Constantin » numéro matricule 40014, tapuscrit, 16 feuillets, s.d. [milieu des années 1980]. — L’Indépendant, juin 1956, 15 février 1984, 13 & 16 mars 1993. — Le Travailleur catalan, 19 mars 1993. — Ramon Gual & Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la résistance catalane, II b, De la Résistance à la Libération Prades, Terra Nostra, 1998, pp. 479, 538, 539, 545, 552, 557, 734, 778 ; sur son frère Étienne p. 1053. —Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane. Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, p. 220 (Étienne Mestres), 284 (Gilbert Mestres). — Charles Llobères*, Tu gagneras ta liberté [récit autobiographique], Perpignan, imprimerie Fricker, 1980, 196 p. [p. 78, 169]. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales, II, Le difficile combat vers la Libération nationale novembre 1942-août 1944, Lille, Marxisme / Régions, 1985,174 p. [p. 104, 110, 117] ; Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / régions, 1994, p. 132 ; Éléments pour un dictionnaire des militants communistes des Pyrénées-Orientales dans les années 1945-1968, Lille, Marxisme / régions, 1998, non paginé. — Site de la Fondation de la Mémoire de la déportation : http://www.bddm.org/liv/index, consulté le 12 juillet 2013 (sur Étienne Mestres). — Entretien téléphonique avec Mme Éliane Hoerner, née Lassalle, petite nièce de Gilbert Mestres (16 juillet 2013). — Entretien téléphonique avec Armand Lassalle, cousin de Gilbert Mestres, fils d’Émile Lassalle* (17 juillet 2013).

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