DELESCLUZE Henri, Louis

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

Né en 1819, mort à Paris le 28 avril 1879. Républicain. Quarante-huitard. Proscrit. Militant de l’AIT. Communard ?

Frère cadet de Charles Delescluze, il commença ses études au collège de Dreux. En 1844, Henri Delescluze travaillait dans les bureaux de l’Hôtel des Invalides. Son père écrivait alors le 29 juin à Charles qui faisait à ses parents une rente de 800 F par an et venait aussi en aide à son jeune frère : « Henri est toujours le même, il ne sait ni ménager ses effets ni faire bon usage de son argent ; il est au moins vingt-sept jours sur trente sans un sou. » (M. Dessal, Un révolutionnaire jacobin, Charles Delescluze, 1809-1871, p. 40 note 21).

Selon G. Bourgin (La Commune, 1870-1871, p. 236), Henri « participa activement à la révolution de 1848 et resta en France l’agent de Ledru-Rollin, réfugié en Angleterre après le 13 juin 1849 ». Il fut mêlé au complot de la Nouvelle Montagne, arrêté le 27 octobre 1850 et mis au secret à Mazas. À cette époque il était marié et père d’une petite fille. Il voyageait pour des abonnements aux journaux démocratiques tels que La Semaine et La Voix du Proscrit. Transféré à Lyon, le prisonnier a laissé un « journal » rédigé durant sa détention — il figure en partie dans le fonds Delescluze à la Bibliothèque municipale de Lille — dans lequel il déclarait ne s’être jamais occupé de politique et protestait de son innocence. Il fut condamné à dix ans de détention (M. Dessal, op. cit., p. 150-151, note 25). En mai 1852, la famille Delescluze dut recueillir sa fille. Henri ne cessait de vanter dans ses lettres les bons soins dont il était l’objet de la part du directeur de la prison de Belle-Île-en-Mer (Morbihan) où il était interné et, finalement, adressa une demande de grâce au gouvernement impérial. Par ailleurs, son attitude ne fit pas l’unanimité à Belle-Île (BN, Papiers Blanqui, fol. 74-75). À la fin de mars 1853 sa peine fut commuée en dix ans de bannissement. Sa sœur parlait alors de lui, dans ses lettres à Charles, comme d’un « être malfaisant », qui lui a reproché ainsi qu’à sa mère d’avoir « laissé son enfant sans éducation et sa femme dans la misère » et elle conseillait à son frère : « Méfie-toi de lui en tout et pour tout. » (M. Dessal, op. cit., p. 192-195).

Henri Delescluze chercha une situation en Belgique puis gagna l’Angleterre où Charles lui trouva une place à la fabrique de graisses de Bradford. En 1854, il se rendit aux États-Unis et vécut à New-York où il fonda en collaboration une maison d’éducation sous le nom de Fairmont Atheneum.

Retourna-t-il en France avec les volontaires de l’Union Républicaine de Langue Française au lendemain du 4 septembre 1871, participa-t-il à la Commune de Paris, comme l’ont écrit quelques auteurs en se basant sur une certaine tradition orale ? Il n’existe dans ce domaine aucune preuve formelle.

Delescluze réapparut en effet aux États-Unis en faisant annoncer par le Bulletin de l’UJLF le 20 août 1871 la parution prochaine de son histoire de la Commune. Le début de ce texte n’allait en fait paraître que dans le premier numéro du Socialiste, le 7 octobre 1871. La première livraison, sur 12 prévues, fut mise en vente à la fin du mois (Le Socialiste, 28 octobre 1871). En fait, il semblerait que seules 2 livraisons aient effectivement été composées par l’Imprimerie sociale de Spring Street et mises en vente, le récit ne dépassant pas la fin de février 1871 (Lucien Scheler en possède les épreuves).

D’après L. Scheler, Henri Delescluze aurait été membre de la section française n° 17 de l’AIT (Springfield). Il est toutefois certain qu’en novembre 1871 il était membre de la section 22 (New York), au sein de laquelle il occupait les fonctions de secrétaire correspondant. Il lança à ce titre un appel pour la création d’un journal de langue anglaise (Le Socialiste, 18 novembre 1871). Il fut également le délégué de cette section au Conseil fédéral pour l’Amérique du Nord (séance du 17 mars 1872, Le Socialiste, 23 mars 1872).

Henri Delescluze était simultanément membre de l’Union Républicaine de langue française (URLF), et il fut réélu secrétaire correspondant de la section de New York lors du renouvellement du bureau qui intervint fin juin 1872. En 1872, il entretint une correspondance assidue avec Charles Caron, le dirigeant de la section 15 de La Nouvelle-Orléans ; il fut même le correspondant à New York pour son projet de colonisation socialiste.

En février 1873, H. Delescluze signa en tant que secrétaire-correspondant de la section URLF de New York une adresse « Aux membres du gouvernement de la République espagnole » (Étoile du Kansas, 1er mars 1873). À la fin de l’année il eut une controverse publique avec l’ex-fouriériste C. D. Frichot à propos des doctrines devant inspirer les réformes sociales, laquelle déboucha sur une polémique avec Jules Leroux (Étoile, 1er décembre 1873, 1er février 1874).

On perd ensuite sa trace, mais l’on sait qu’il revint à Paris pour y mourir le 28 avril 1879.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article147910, notice DELESCLUZE Henri, Louis par Notice revue et complétée par M. Cordillot, version mise en ligne le 16 juillet 2013, dernière modification le 2 avril 2019.

Par Notice revue et complétée par M. Cordillot

SOURCES : Bib. Nat, Papiers Blanqui, NA Fr 9584-1. — Bulletin de l’UJLF, 20 août 1871. — Le Socialiste, 7 octobre 1871, 28 octobre 1871, 18 novembre 1871, 23 mars 1872. — Étoile du Kansas, 1er mars 1873, 1er décembre 1873, 1er février 1874. — M. Dessal, Un révolutionnaire jacobin, Charles Delescluze, 1809-1871, Paris, 1952. — G. Bourgin, La Commune, 1870-1871, Paris, 1938. — Florence Clavaud a publié en ligne les écrits de prison de Delescluze.

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