LAURENT Gilbert, Maurice dit Robert

Par Daniel Grason

Né le 30 janvier 1921 à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) ; mécanicien ; déporté ; résistant FTPF.

Fils de Fleury, mécanicien et de Juliette, née Rouxel, sans profession, Gilbert Laurent obtint à l’issue de sa scolarité le certificat d’études primaires. Il demeurait chez ses parents 52 Rue des Prévoyants à Pontault-Combault (Seine-et-Marne), s’engagea en octobre 1942 dans l’armée d’armistice, en fut licencié le 28 novembre. Il exerça alors sa profession de mécanicien au garage Sedaine au 43 de la même rue dans le XIe arrondissement., l’établissement réquisitionné par les Occupants travaillait pour l’armée allemande.
Convoqué au titre du Service du travail obligatoire (STO) pour aller travailler en Allemagne, il ne répondit pas. Le 18 mars 1943 il fut arrêté, interné dans un camp à Melun, il expliqua qu’il était titulaire d’un contrat avec l’Occupant au garage Sedaine, il pensait ne pas avoir à donner suite à la convocation. Il fut tout de même désigné pour partir en Allemagne. Le 26 mars il était avec d’autres requis sur un quai de la gare de l’Est, il parvint à s’éclipser.
Quelques jours plus tard, il rencontra au café « Le Maryland » avenue de Clichy l’un de ses voisins de Pontault-Combault, serveur qui le mit en contact avec André Rousseau. Ce dernier, accompagné de Lucien Rémy proposa à Gilbert Laurent d’adhérer au Front national, il ignorait que les communistes étaient les fondateurs de cette organisation. Les deux recruteurs soulignèrent le caractère national de l’organisation, s’il adhérait il serait appointé mensuellement mille huit cents francs plus des tickets d’alimentation, il accepta.
Au début du mois d’avril 1943, lors d’un rendez-vous à Charenton (Seine, Val-de-Marne), en présence de Lucien Rémy un responsable de l’organisation s’entretint avec Gilbert Laurent, André Rousseau était chargé de la liaison avec lui. Laurent logeait au 71 boulevard Ornano, XVIIIe arrondissement dans un hôtel. Le 9 avril Rousseau lui rendit visite, il était en difficulté d’hébergement pour quelques jours, il souhaitait rester à l’hôtel, Laurent demanda au tenancier, il refusa. Avant de partir, Rousseau laissa un paquet à Laurent, il contenait deux armes.
Le 12 avril vers 22 heures au moment où il rentrait à l’hôtel, trois inspecteurs de la BS2 interpellaient Gilbert Laurent il était porteur d’un carnet et d’une feuille de papier annotée. Dans sa chambre enveloppés dans du papier et placés en bas d’un placard, deux revolvers à barillet de calibre 8 m/m et 6,35 m/m étaient saisis. Le 8 m/m contenait six cartouches, le 6,35 m/m cinq.
Interrogé dans les locaux des Brigades spéciales à la préfecture de police, battu à de multiples reprises, Gilbert Laurent déclara qu’avant la guerre il n’appartint à aucune organisation communiste. Il souligna qu’il n’avait participé à aucun attentat et sabotage. Habitant Pontault-Combault comme Lucien Rémy, il savait qu’il était militant du parti communiste, il affirma qu’il connaissait Charles Rouxel mais qu’il ne l’avait pas vu depuis six mois. Quant aux armes, il était convenu avec André Rousseau qu’il les reprendrait le 14 avril, date à laquelle il aurait sa chambre à l’hôtel du boulevard Ney, XVIIIe arrondissement, Gilbert Laurent avoua qu’il avait un rendez-vous avec Rousseau le mercredi 14 avril au café-tabac « Le Maryland » avenue de Clichy.
Livré aux Allemands, il fut incarcéré à Fresnes ou au Fort de Romainville, le 11 octobre 1943, il partait de la gare de l’Est dans un wagon pour les voyageurs aux fenêtres grillagées avec quarante-quatre autres détenus. Le wagon était attaché à un train de la ligne régulière vers l’Allemagne, il fut décroché le lendemain à Sarrebruck, les prisonniers étaient enfermés au camp de Neue Bremm. Tous étaient « NN » « Nacht und Nebel » (condamnés à disparaître), trente-quatre étaient dirigés sur Mauthausen (Autriche), les onze autres dont Gilbert Laurent allèrent à Buchenwald (Allemagne). De là, il fut transféré à Natzweiler-Struthof à cinquante kilomètres de Strasbourg, où nombre de « NN » furent exécutés.
Probablement en avril 1944, il était envoyé au Kommando Harzungen dépendant du camp de Buchenwald-Dora. Les prisonniers travaillaient à l’installation d’une usine souterraine. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Un Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Henri-Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité. Gilbert Laurent matricule 30137 était parmi les survivants.
Dans son ouvrage 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Il épousa Jeanne Szezur le 23 septembre 1950 en mairie de Chevry-Cossigny (Seine-et-Marne).
Gilbert Laurent a été homologué membre des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148127, notice LAURENT Gilbert, Maurice dit Robert par Daniel Grason, version mise en ligne le 31 juillet 2013, dernière modification le 19 septembre 2019.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BA 2299, PCF carton 8 activité communiste pendant l’Occupation. – Bureau Résistance GR 16 P 342603. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. du Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977.

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