MOUSSY Jean-Pierre, Noël

Par Annie Kuhnmunch

Né le 25 décembre 1942 à Sancerre (Cher) ; employé de banque ; syndicaliste CFTC puis CFDT, secrétaire général adjoint puis secrétaire général de la Fédération de la Banque (1972-1984), chargé de mission à la CFDT, délégué du personnel, secrétaire adjoint du comité central d’entreprise de la BNP (1967-1969), administrateur salarié (1973-1994) ; membre de la section finances puis de la délégation CFDT au Conseil économique et social (1994-2004) ; membre du conseil d’administration puis président de l’IRES (2000-2007) ; adhérent du Parti socialiste.

Jean-Pierre Moussy en 2013
Jean-Pierre Moussy en 2013

Petit-fils de cheminots (ascendants paternels) et d’ouvriers d’usine (ascendants maternels), fils de Raymond Moussy, né le 16 octobre 1919, dragueur sur les canaux puis agent à la SNCF, et d’Odette Joly, née le 18 janvier 1921, couturière puis secrétaire, Jean-Pierre Moussy était le second de trois enfants : un frère, Daniel, né le 2 avril 1940 et mort d’une méningite le 24 mai 1943, une sœur, Christine, née le 25 mai 1950.

Après l’obtention du certificat d’études en 1956 et d’un diplôme de dactylographie en 1958, Jean-Pierre Moussy entra à la Banque nationale pour le commerce et l’industrie (BNCI) le 31 août 1959 et obtint un CAP d’employé de banque en 1961. C’est cette même année qu’il adhéra à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

Le service militaire, pendant la Guerre d’Algérie, allait interrompre ce début de carrière professionnelle : affecté au 16e RIMA, il partit en novembre 1962 pour l’Algérie, à Bou Sfer en passant par Mers-el-Kébir. Sa libération intervint le 1er janvier 1964. Il réintégra alors la BNCI qui, après avoir fusionné en 1966 avec le Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP), devint Banque nationale de Paris. Il y occupa successivement des postes au service « coupons », au service « études économiques » puis à la formation rattachée à la direction des ressources humaines. En parallèle, il assuma, successivement, entre 1967 et 1973, les fonctions de secrétaire adjoint du comité central d’entreprise et de gestionnaire adjoint des colonies de vacances de ce même CCE.

En mai 1968, du 8 au 10, eut lieu le congrès de la fédération française des syndicats de banques et établissements financiers, bien évidemment touché par les événements auxquels les employés des banques n’échappèrent pas : « Une part importante du personnel des banques s’est retrouvée dans ce combat de l’ensemble de la classe ouvrière et de la jeunesse » et « pour la première fois dans les banques, des grèves se déroulent avec occupation » (Le mai des banques, p. 84-88). La place prise en mai 1968 par le syndicat CFDT du personnel des banques et établissements financiers de la région parisienne et par ses responsables accrut le rôle de Jean-Pierre Moussy dans la fédération. Désigné par ce syndicat, il entra, lors du congrès extraordinaire de février 1970, en tant que membre désigné, au conseil fédéral mais également au bureau fédéral, alors composé d’Edouard Descamps, secrétaire général, de Georges Bégot* et Daniel Mignot, secrétaires généraux adjoints, d’Henri Mantrand*, trésorier, d’Armand Busse*, Antoinette Langlois*, Michel Rachet* et Aymé Roudil*, membres. Il s’impliqua notamment dans la formation professionnelle puisque, dès le conseil fédéral d’avril 1971, il fut rapporteur de la commission chargée de ce sujet. De nouveau désigné par son syndicat en janvier 1972, il fut élu membre du conseil fédéral lors du congrès de Paris (9-11 février 1972) et il devint alors secrétaire général adjoint aux côtés de Daniel Mignot, Georges Bégot étant devenu secrétaire général. Il resta à ce poste à l’issue du congrès de Dourdan (15 au 15 avril 1975) auquel participa Edmond Maire, secrétaire général de la confédération CFDT. Ce dernier, lors de son intervention, souligna l’importance de la lutte des travailleurs des banques, faisant ainsi allusion aux grèves qui avaient marqué le secteur au printemps 1974. En effet, suite à une première grève à la Banque de France, suivie par le Crédit lyonnais, le syndicat parisien CFDT des banques mena d’octobre 1973 à janvier 1974 une campagne sur le thème « du temps, des moyens pour vivre » qui inclut les conditions de travail, la réduction du temps de travail, le maintien et la progression du pouvoir d’achat, la hiérarchie. Les propositions faites par la fédération CFDT servirent de base au contact avec quatre autres organisations syndicales qui parvinrent à un accord sur un programme revendicatif commun, ce qui renforça le mouvement. On assista alors au cours des mois de février, mars, avril 1974 à des formes nouvelles d’actions, inspirées par l’esprit de mai 1968 et par l’autogestion. Ces grèves furent décrites dans l’ouvrage intitulé, Le Mai des banques, édité en octobre 1974.

Lors du congrès fédéral qui suivit (Guidel, 7-10 février 1978), le rapport d’activité fut présenté par Daniel Mignot ; quant au rapport d’orientation, il fut coprésenté par Georges Bégot et Jean-Pierre Moussy. Ce rapport décrit d’abord l’évolution économique au cours des trois années précédentes et le rôle et l’évolution des banques face à la crise ; il présentait dans une seconde partie les axes d’action de la fédération : principales revendications en matière d’emploi, de salaires, de conditions et de temps de travail, actions menées en direction des travailleuses, ou pour la nationalisation des banques, ou dans le cadre international. Lors de ce congrès, Jean-Pierre Moussy fut réélu membre du conseil fédéral et secrétaire général adjoint en compagnie, cette fois, d’Yvette Chamussy.

Le développement de l’informatique et des nouvelles technologies était alors une préoccupation importante pour la CFDT et notamment pour les salariés des banques. La fédération participa donc à la réflexion engagée par la confédération et participa au colloque « Les dégâts du progrès » organisé en 1976 puis au colloque « Tertiaire » qui se déroula du 27 au 29 mars 1979. Jean-Pierre Moussy, dans le numéro 97 du bulletin Notre lien publié en mars 1979, présenta l’apport de la fédération en amont de ce colloque.

Mais cette même année 1979 fut aussi celle où eut lieu le 38e congrès confédéral qui se déroula à Brest en mai. Georges Bégot, secrétaire général de la fédération, fit alors son entrée à la commission exécutive confédérale. Jean-Pierre Moussy le remplaça donc au poste de secrétaire général de la fédération qui regroupait les syndicats des secteurs bancaires (AFB, Semi-public, Banques populaires, Crédit mutuel, Caisses d’épargne). Cette fonction lui conféra également celle de directeur de la publication du bulletin fédéral Notre lien. Il suffit de consulter les titres des dossiers que ce bulletin contient pour se rendre compte des principales préoccupations de la fédération et de son secrétaire général : impact de l’informatique, mais aussi la CFDT Banques dans l’action syndicale internationale, ou « La longue marche des femmes vers leur émancipation du patriarcat et du capitalisme », résultat de la réflexion menée par la commission des travailleuses de la fédération.

Le XVe congrès de la fédération eut lieu à Tourcoing du 1 au 5 juin 1981. Le contexte particulier dans lequel ce congrès eut lieu explique la motion d’actualité présentée par le conseil fédéral : « La CFDT se félicite de la victoire de François Mitterrand* à l’élection présidentielle. À sa place, en organisation syndicale autonome et engagée, elle a contribué à la victoire de la gauche le 10 mai… » Jean-Pierre Moussy y présenta deux rapports. Dans le rapport d’orientation et son annexe intitulée « Notre analyse de la crise », l’auteur décrivait le système bancaire et financier dans un contexte de crise et, en regard, l’évolution du système bancaire en témoignant de son intérêt pour l’histoire et le contexte puisqu’en première partie, il revenait sur les crises du capitalisme au XIXe siècle, celle de 1929 et celle des années 1970. Le second rapport portait sur l’action syndicale internationale. Le 16e congrès de la fédération (Valence, 5-8 mars 1984) fut son dernier congrès en tant que secrétaire général. Il y présenta un « rapport sur l’évolution de la profession » qui liait l’économique, le financier et le social, dans le contexte économique national et mondial, fidèle à l’approche de la fédération.

Après toutes ces années passées au service de la fédération, il retourna à la BNP jusqu’à sa préretraite en 2000. Sa soif d’apprendre n’étant pas assouvie (il avait déjà suivi en 1968-1969, en auditeur libre, les cours du CNAM), il suivit en 1984-85 les cours du Centre d’études supérieures de banque. C’est également durant cette période qu’il fut, mandaté par la CFDT, membre de plusieurs institutions où ses connaissances de la banque et des finances furent reconnues : comité des établissements de crédit, commission bancaire, comité national de l’euro, haut conseil du secteur financier public. De même, c’est le rôle qu’il joua à la section « finances » du Conseil économique et social qui fit de lui un membre de la délégation CFDT au CES de 1994 à 2004. Le rapport qu’il présenta en 2003 « Des autorités de régulation et de concurrence : pour quoi, comment ? » fait toujours référence. Chargé de mission à la Confédération en 2000, il fut désigné par la CFDT comme membre du conseil d’administration de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), il en devint président de 2003 à 2005 dans le cadre de la présidence tournante entre les six organisations syndicales qui le composent. Durant cette présidence, il facilita le déroulement d’un séminaire sur les restructurations et participa à la mise en place des Entretiens de l’IRES.

Au-delà de ces activités institutionnelles, sa curiosité et sa vigilance ne faiblirent pas, notamment autour des questions liées à l’économie et à l’Europe. Membre d’associations comme Confrontations Europe, Sauvons l’Europe, plusieurs publications bénéficièrent de ses articles.

De son mariage le 28 juin 1969 avec Françoise Berniguet, enseignante, naquirent deux enfants, Jean-Baptiste, né le 10 août 1971, docteur en physique, ingénieur au CEA et Maud, née le 16 novembre 1977, professeure qui lui a donné deux petits-enfants : Amélie et François Toulze-Moussy.

Jean-Pierre Moussy fut élevé au grade de chevalier dans l’ordre national du Mérite en février 1988.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148185, notice MOUSSY Jean-Pierre, Noël par Annie Kuhnmunch, version mise en ligne le 4 août 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Annie Kuhnmunch

Jean-Pierre Moussy en 2013
Jean-Pierre Moussy en 2013

ŒUVRE : (en collaboration avec Georges Bégot, Alain Delangre, Antoinette Langlois, Daniel Mignot et Régine Vidal), Le Mai des banques, Syros, 1974. — Banques en question : analyse structurelle du secteur, Montholon Services, 1981. — (en collaboration) Les instruments d’épargne, Conseil national du crédit, 1986. — (en collaboration) Modernisation et gestion sociale des établissements de crédit, rapport de mission au ministre Bérégovoy, Conseil national du crédit, 1989. — Les banques françaises : bilan et perspectives, FSBF, 1995. — L’avenir du système bancaire en France dans le contexte de la monnaie unique, rapport au Conseil économique et social, Journaux officiels, 1997. — Des autorités de régulation et de concurrence : pour quoi, comment ?, rapport au Conseil économique et social, Journaux Officiels, 2003. — (en collaboration) Réindustrialisation, j’écris ton nom, Notes de la Fondation Jean-Jaurès, 2012. — Articles : « La réforme financière du financement de l’économie », Témoignage chrétien, 30 mars 1986. — « Le grand marché intérieur à l’horizon 92 », Regards sur l’actualité, 138, 1988. — « L’emploi au cœur de la mutation bancaire », Revue d’économie financière, 7, 1988. — « Le syndicalisme d’hier et d’aujourd’hui dans la banque : entre rupture et évolution », Revue Banque, décembre 1992. — « L’avenir du système bancaire en France dans le contexte de la monnaie unique », Option de confrontation juin 1988. — « Les métiers bancaires en pleine ébullition », Cadres cfdt, juin 1990. — « Moderniser les relations sociales dans les banques : Tribune libre », Le Monde, 12 juin 1991. — « 50 ans d’actions et de luttes syndicales dans la banque : interviews des responsables fédéraux successifs », Lien fédéral, 54, 2004. — « La gestion des ressources humaines dans les banques », Entreprise et histoire, 48, septembre 2007. — « L’union bancaire au milieu du gué », Note Lasaire, 32, mai 2013.

SOURCES : Archives de la fédération CFDT Banques : congrès fédéraux de 1968, 1970, 1972, 1975, 1978, 1981, 1984. — Bulletin Notre lien. — Archives confédérales : rapports, articles et notes rédigés par Jean-Pierre Moussy. — Renseignements communiqués par Jean-Pierre Moussy.

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