CANTEL Félix, Pierre-Paschal, dit Pascal

Par Gilles Pichavant

Né le 2e jour complémentaire An 5 (18 septembre 1797) à Saint Laurent en Caux (Seine-inférieure) ; fileur ; ouvrier de filature à Pavilly (Seine-Inférieure) en 1825 dans la filature de M. Lasne ; mêlé aux grèves de 1825 dans les vallées de l’Austreberthe et du Cailly, visant à obtenir des ajustements de salaire ; condamné pour délit de coalition ; fileur à Pavilly jusqu’en 1830, puis cafetier à Pavilly.

Ouvrier des filatures de Pavilly (Seine-Inférieure), Pascal Cantel était l’ainé de quatre frères, tous fileurs dans la vallée de l’Austreberthe en 1825. Pascal, Pierre-Sénateur, Guillaume-Aimable dit Aimable, et Onésime naquirent tous à Saint Laurent en Caux (Seine-inférieure), fils de Pierre Marie Aimable Amour Cantel, et de Marie Reine Rose Apoline Signol. Pascal Cantel se maria le 8 octobre 1821 à Pavilly avec Rose Sophie Gaillon, couturière, avec laquelle il eût au moins cinq enfants nés à Pavilly.

En fin 1823, et en juillet 1825, les manufacturiers des vallées du Cailly et de l’Austreberthe prétextèrent l’augmentation du coton pour réduire les salaires, à chaque fois de 10%, provoquant un appauvrissement général de la population ouvrière.

Dans la seconde moitié du mois de juillet 1825, les ouvriers fileurs, qui s’étaient organisés dans une coalition couvrant les deux vallées, obtinrent des augmentations de salaire, faisant céder les uns après les autres les filateurs de Pavilly, de Barentin, de Maromme, Notre-Dame-de-Bondeville, de Montville et du Houlme. Pour ce faire ils mirent en place une caisse de solidarité pour indemniser les ouvriers en grève, en même temps qu’ils dissuadaient les ouvriers au chômage de venir s’embaucher à leur place. Dans chaque fabrique, des collectes furent organisées, des délégués et un caissier désigné. A plusieurs reprises les délégués des diverses filatures se réunirent dans un café à la sortie de Pavilly, sur la route en direction de Saint-Jean-du-Cardonnay. Ils y tinrent conseil, écrivirent des lettres aux fileurs des fabriques qui n’avaient pas encore rejoint le mouvement, et prirent des décisions d’action.

Un dispositif visant à fabriquer un alibi aux fileurs les plus exposés fut inventé, les militants devant s’abstenir de prendre part au mouvement déclenché dans leur propre fabrique, et s’ils devaient le faire, ils devaient paraître contraints et forcés. Les fileurs recevaient alors une lettre anonyme était lue en assemblée. Puis des ouvriers inconnus de la direction se présentaient aux portes des filatures pour faire arrêter le travail, en stoppant au besoin la roue à aubes qui entrainait les machines.

Grâce à cette organisation, début août 1825 il ne restait qu’une dernière filature où les salaires n’avaient pas encore été rehaussés : la filature Levavasseur au Houlme. On continuait à y rognait sur tout, y compris sur le temps des repas. Les ouvriers des autres fabriques incitèrent leurs camarades de cette fabrique, à agir eux aussi, « dans la crainte que la stupidité de Levavasseur ne soit imitée par les autres chefs de filatures ».

Ces ouvriers s’y heurtaient à forte partie, car le propriétaire, le Baron Jacques Levavasseur était alors l’une des plus grandes fortunes de la Seine-Inférieure. Descendant d’une famille d’armateurs de Rouen qui avait fait fortune dans le grand commerce et le commerce triangulaire, il était à la fois filateur, armateur, importateur de coton, et assureur de navires.

La lutte dans cette entreprise prit un tour dramatique les 6 et 8 août 1825, marquée par l’affrontement, le 8 août, entre 1 500 fileurs armés de piques, de bâtons et de pierres, renforcés par des ouvriers de diverses professions, et 60 gardes royaux à cheval qui tentèrent de les disperser sabre au clair toute la journée. Si de nombreux ouvriers furent blessés, la mort du gendarme Vivier, blessé par un coup de fusil, entraîna une répression féroce de la part des autorités. Le préfet fit dépêcher sur place un détachement de 400 hommes de troupe, et se déplaça en personne pour organiser la répression. Il décréta l’État de siège qui conduisit à l’arrestation de plus de 130 personnes dans la soirée et les jours qui suivirent.

Quatre fileurs furent jugés aux assises. L’un d’eux, Jules Roustel. Il fut condamné à mort pour le meurtre d’un gendarme, pendant que 3 autres furent condamnés aux travaux forcés.

Soixante-quinze fileurs furent poursuivis pour délit de coalition, dont Aimable et Pascal Cantel. Dans l’affrontement du 8 août, Pascal Cantel avait été piétiné par un cheval. Il boita quelques jours, ce qui rendit difficile sa défense. Aimable fut relâché le 16 août 1825, mais Pascal fut condamné à deux mois de prison le 28 septembre avec treize autres fileurs (voir Coudray Louis Frédérique et Roustel Jules Alexandre Théodore, dit Cagnart).

Mais le procureur du roi fit immédiatement appel, au prétexte que le tribunal avait écarté l’accusation de « chefs ou moteurs de la coalition » et, donc, ne leur avait pas infligé la peine prévue au 2e paragraphe de l’article 415 du code pénal, qui prévoyait un emprisonnement de deux ans à cinq ans. Cependant le 24 octobre la cour d’appel confirmait ce jugement de deux mois d’emprisonnement.

La proximité des Cantel avec un autre condamné, Jean-Louis Sébastien Morel, fit que, le 18 août, pendant qu’ils étaient en prison, la naissance du fils de ce dernier fut déclarée par la mère de Pascal Cantel. Ce fils de Jean louis Sébastien Morel décéda le 21 septembre à Barentin, sans que son père n’ait pu le voir.

Pascal Cantel continua à travailler dans les filatures de la vallée jusqu’en 1830, année durant laquelle il s’installa comme cafetier comme l’avaient fait au moins deux de ses frères, Aimable (débitant à Barentin en 1834) et Pierre Sénateur (Cafetier et marchand de fer, à Pavilly, à son décès en 1832).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148340, notice CANTEL Félix, Pierre-Paschal, dit Pascal par Gilles Pichavant, version mise en ligne le 22 août 2013, dernière modification le 23 août 2015.

Par Gilles Pichavant

ySOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime, 2 U 563, 2 U 565, 10 M 330, 4E. — Journal de Rouen, août-octobre 1825. — Alain Alexandre, "Aspects des revendications sociales dans la vallée du Cailly", in Les Cahiers de Sylveison, n° 10, sept 2006.

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