MONTPIED Gabriel

Par Pascale Quincy-Lefebvre

Né le 29 septembre 1903 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), mort le 9 janvier 1991 à Cébazat (Puy-de-Dôme) ; ouvrier-contremaître ; syndicaliste, socialiste ; résistant ; maire de Clermont-Ferrand de la Libération à 1971, conseiller général, sénateur du Puy-de Dôme.

Enfant unique, orphelin de guerre à l’âge de onze ans, Gabriel Montpied naquit à Clermont-Ferrand d’un père maçon et d’une mère domestique dans le quartier populaire de la Pyramide. Sitôt son certificat d’études acquis, la mort de son père l’oblige à gagner sa vie. Il devint alors mécanicien fraiseur dans l’entreprise Olier. Après son service militaire dans la Rhénanie occupée, il entra dans l’entreprise Bergougnan, industriel du caoutchouc à Clermont-Ferrand. Là, tout en suivant des cours du soir, il passa agent de maîtrise et devient contremaître à l’atelier mécanique dans la maintenance des machines.

Les mouvements de 1936 révélèrent un militant CGT actif, secrétaire des agents de la maîtrise métallurgique du Puy-de-Dôme, ce qui lui valut son licenciement en 1938 pour fait de grève en dépit de l’accord de la direction pour le laisser créer auparavant un syndicat de technicien dans l’entreprise. Montpied était en outre à cette date secrétaire général de l’Union des Sociétés de Secours mutuel du Puy-de-Dôme. C’est par solidarité ouvrière avec ses camarades licenciés qu’il refusa toute transaction avec Bergougnan qui ne voulait pas le perdre. Idéologiquement, on ne lui connaît guère de doctrine arrêtée. Par une relation maternelle, il fut embauché chez Chartoire aux Ateliers Mécaniques du Centre où ses qualités de meneur d’hommes en firent en deux ans un chef d’atelier de machines-outils reconverti dans l’armement lors de la Seconde Guerre mondiale.

La guerre et la résistance éprouvèrent ses talents professionnels d’organisateur. Dés le second semestre de 1941, il entra en relation avec Libération-Sud qui se constitua en Auvergne autour de Raymond Perrier et de Jean Rochon notamment. « Gaël » fait partie des syndicalistes en quête clandestine de papier pour le tirage de Libération, journal dont il assuma vite la diffusion comme co-responsable de la propagande dans les usines et administrations dans le Puy-de-Dôme. En 1942, ses liens avec Émile Coulaudon, chef action des MUR du Puy-de-Dôme, l’exposèrent plus encore : il dut trouver des abris sûrs dans le canton maternel de Pontgibaud, ce qui l’amena à créer un véritable réseau de planques (maquis Stéphane) et à échapper de peu à une rafle. Au printemps 1943, « Gaspard » (Coulaudon) le chargea de l’organisation des premiers maquis dans la région qui étaient alors essentiellement destinés à offrir une cachette aux jeunes fuyant le STO. À cette époque, Gabriel Montpied créa le maquis « Stéphane », près de Pulvérières. En octobre 1943, « Jean » de son nouveau nom de code devint responsable des MUR de Clermont-Ferrand d’où sa participation à la première réunion du Comité Départemental de la Libération en janvier 1944 à Aubière. En juin 1944, le « commandant Monique » participa aux combats du Mont-Mouchet. Le 27 juillet 1944, alors que les combats persistent, il échappa de peu à un contrôle des soldats de la brigade Jesser à Mazaye où cinq résistants furent abattus. Pendant ce mois de juillet, après tractations entre socialistes et communistes, il fut désigné par le CDL (réuni aux Ancizes pour mettre en place les structures devant prendre en main l’administration et les collectivités territoriales à la Libération) comme président de la « délégation spéciale » pour la ville de Clermont-Ferrand. Celui qui jusqu’en septembre 1944 devint le président du CDL put apparaître comme un homme de compromis et d’union.

Les troupes allemandes évacuèrent Clermont-Ferrand le 27 août sans être trop inquiétées. La Résistance prit possession des différentes administrations et Gabriel Montpied fut placé à la tête de la délégation spéciale devant administrer la ville. Il n’était affilié officiellement à aucun parti et put symboliser l’union dans le combat antifasciste. Lors des élections du 29 avril 1945, dans le contexte d’union nationale, une seule liste fut présentée aux suffrages des électeurs : la liste d’Union Républicaine antifasciste qui reconduisait la « délégation spéciale ». Le 18 mai, lors de l’installation du conseil municipal, Gabriel Montpied fut maintenu dans ses fonctions de premier personnage de la ville. Son premier adjoint était alors le socialiste Raymond Perrier et le second, le communiste Robert Marchadier : tous deux principaux leaders de la CGT (l’un de l’ancienne tendance confédérée, l’autre de la tendance unitaire). En 1947, dans un contexte politique en pleine transformation, il adhéra officiellement à la SFIO dont il porta les couleurs aux élections suivantes dans le cadre d’une liste d’union socialiste et républicaine ». Sans interruption, avec comme premier adjoint Raymond Perrier, il fut maire de Clermont-Ferrand vingt-neuf ans durant, élu à six reprises (1945, 1947, 1953, 1959, 1965, 1971). Gestionnaire, plus qu’idéologue, il symbolisait un socialisme modéré. Son nom est attaché à des réalisations comme la construction de l’hôpital Saint-Jacques (futur CHRU) ouvert en 1970, les ZUP de Flamina et de la Plaine, la construction du stade nautique de Coubertin (1966). Âgé de soixante-dix ans, il démissionna le 22 mars 1973 au profit de Roger Quilliot.
et resta conseiller municipal jusqu’en 1977. Sous l’étiquette SFIO, puis PS après le congrès d’Épinay, il exerça le mandat de sénateur de 1952 à 1974 et de conseiller général du canton de Clermont-Nord de 1955 à 1973. Il dirigea l’assemblée départementale durant la mandature 1964-1970 succédant au docteur Chassaing et passant le flambeau à Arsène Boulay.
A Clermont-Ferrand, son nom a été donné à un grand stade et au Centre hospitalier universitaire CHU.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148467, notice MONTPIED Gabriel par Pascale Quincy-Lefebvre, version mise en ligne le 26 août 2013, dernière modification le 5 novembre 2019.

Par Pascale Quincy-Lefebvre

SOURCES : M. Piquand, Gabriel Montpied (1903-1991), maîtrise d’histoire, Clermont-Ferrand II, 1997. — La Montagne, 11 janvier 1991. — Résistance d’Auvergne, n° 82, avril 1991.

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