MINAZZI Georges

Par Georges Ubbiali

Né le 27 juin 1922 à Audincourt (Doubs), mort le 20 mars 1991 à Taillecourt (Doubs) ; dessinateur ; militant syndicaliste, chrétien et socialiste du Doubs ; ACO, MLP, UGSs, PSU, AREV ; secrétaire de la fédération PSU du Doubs (1960-1974) ; membre du comité politique national du PSU (1967) ; syndicaliste CFTC puis CGT.

Georges Minazzi
Georges Minazzi

Fils de Frédéric Minazzi (né le 25 septembre 1887 à Morosola, Italie), maçon, et de Ancilla Ballerio (née le 30 novembre 1894 à Indonon Ollona, Italie), sans profession, Georges Minazzi entra à l’école d’apprentissage Peugeot et y obtint un double CAP : ajusteur en 1938 et dessinateur en 1939.
Réfractaire au STO, il partit travailler dans une ferme, en situation illégale. Arrêté le 22 avril 1944 (vraisemblablement sur dénonciation, étant donné les conditions), après trois mois d’emprisonnement, il partit en Allemagne le 6 juillet 1944. Il travailla alors dans un commando de déblayage des ruines. Les troupes américaines pénètrent à Francfort-sur-le–Main le 28 mars 1945, il fut de retour en France le 22 avril de cette année. En juillet 1945, il fut réembauché chez Peugeot Sochaux, comme dessinateur.

Il se maria le 24 septembre 1949 à Audincourt (Doubs) avec Inès Adami, née le 12 septembre 1927 à Audincourt (décédée le 13 févier 2001, à Montbéliard), un temps dessinatrice industrielle puis femme au foyer, qui eut le même parcours politique. Elle était la sœur de Joseph Adami*, secrétaire de la fédération communiste du Doubs de 1962 à 1967.
Sans inclination militante particulière à l’époque semble-t-il, Minazzi adhéra à la CFTC. L’année 1950 constitue un réel tournant dans son existence. Mais la grève de février 1950 marqua une rupture dans ses activités et sa prise de conscience. Sans que l’on connaisse très bien les conditions préalables de sa socialisation religieuse, c’est cette année-là qu’il adhéra successivement à l’ACO (très activement jusqu’en 1959), sous l’influence de militants JOC qu’il fréquenta dans l’usine, et au Mouvement de libération du peuple (MLP). La grève de 1950 fut un accélérateur formidable pour sa conscientisation : « À partir de ce conflit, je découvre l’âpreté du combat de la classe ouvrière et l’intransigeance dont elle est l’objet », (En marche, p. 17). S’enclencha un engagement militant qui ne cessa qu’avec sa mort.

Georges Minazzi était de ces chrétiens engagés ayant choisi de militer dans le mouvement ouvrier en s’engageant à la CGT et en y prenant des responsabilités. En février 1951, il fut élu délégué du personnel, puis intégra le comité d’entreprise de Peugeot en fin d’année (deuxième collège, membre des commissions des accidents de travail, comité hygiène et sécurité, formation). Lecteur de la revue Esprit, il découvrit un univers intellectuel large, qui le sensibilisa en particulier à la question coloniale. Ébranlé par ces guerres coloniales, il rompit avec la CFTC en 1955, estimant sa position sur la guerre d’Algérie, commencée quelques mois plus tôt, beaucoup trop modérée. Il adhéra à la CGT, avec un petit groupe de camarades, ce qui lui permit de figurer sur les listes que celle-ci constitua pour les élections à la Sécurité sociale où il fut élu administrateur de la CPAM de Montbéliard de 1955 à 1967 (date des ordonnances qui limite le nombre de représentants ouvriers). Il fut membre du secrétariat du syndicat des métaux de Sochaux en 1961 avec Oreste Pintucci, Marcel Voisard, Fernand Huguet.
Lors du mouvement social des OS de carrosserie en novembre 1961, il fut licencié par la direction sous prétexte de violences à l’égard du Directeur del’époque. Cette accusation mensongère le concernant fut rejetée par l’ensemble de ses collègues dessinateurs qui menacèrent de cesser la travail si la décision n’était pas annulée. Par ailleurs, l’inspecteur du travail refusa la demande de licenciement de Georges Minazzi.

Georges Minazzi fut élu également un militant politique actif des nouvelles gauches, issues de la fusion du MLP et de l’UGS. Il eut même droit en 1957 à un procès pour provocation de militaires à la désobéissance et atteinte à a sécurité de l’Etat, suite au collage d’une affichette du MLP dénonçant la guerre d’Algérie. Il suivit le MLP à l’UGS et fut nommé secrétaire de la fédération UGS du Doubs lors de sa formation en janvier 1958. Il fut candidat pour ce parti aux élections cantonales d’avril 1958 à Audincourt. Après la formation du PSU en avril 1960, Minazzi fut désigné co-secrétaire fédéral du PSU, avec Vauthier, puis unique secrétaire fédéral de février 1961 à 1974 au moins. Il fut élu membre du comité politique national du PSU au congrès de 1967.
Il fut secrétaire adjoint du syndicat de l’usine Sochaux en 1968 et membre du comité exécutif fédéral CGT des métaux.

Georges Minazzi fut candidat pour le PSU aux élections législatives de mars 1967, mais sa candidature ne fut pas maintenue, puis en juin 1968 et enfin dans le canton d’Audincourt en 1970. Il fut élu conseiller municipal d’Exincourt, sa ville de résidence, le 6 mars 1983, sur une liste de gauche. Il devint membre de la commission des affaires sociales.
En tant que représentant du comité intersyndical de grève chez Peugeot-Sochaux, en Mai 68, il occupa sans discontinuer l’usine du 20 mai au 8 juin. Favorable au développement de la plus grande démocratie dans cette lutte, il y soutint les formes les plus audacieuses de prises de parole, notamment le « Forum », sans pour autant afficher son militantisme au PSU. Il apprécia de manière très critique le point de vue du PCF qui considérait cela comme un germe « d’anarchisme ». Dans les années qui suivirent, son engagement s’approfondit encore, dans une période marquée à la fois par un foisonnement social important et une répression antisyndicale (création de la CFT par la direction Peugeot) sans concession. Son profond humanisme le rendit sensible en particulier aux mobilisations des ouvriers immigrés du pays de Montbéliard, l’amenant à accepter la responsabilité de la commission immigrés au comité d’entreprise à partir du début des années 1970. Sa pratique syndicale (soutien à la lutte des Lip, opposition au nucléaire, appui aux comités de soldats, notamment) firent de lui un cégétiste assez atypique, proche des positions exprimées par la CFDT, dont il appréciait les analyses à propos des multiples conflits qui émaillèrent les années 1970.

Aux élections de mars 1973, il fut candidat PSU, avec François Lacaille comme suppléant.

En 1974, à la veille des Assises pour le Socialisme, Georges Minazzi, toujours secrétaire de la fédération PSU du Doubs, s’interrogeait dans des correspondances avec Robert Chapuis et François Soulage. Dans une longue lettre (5 pages) du 12 septembre 1974, il écrivait notamment à ce dernier : « J’ai participé à la réunion de Besançon les 31 août et 1er septembre. Cela ne doit pas te surprendre compte tenu des réserves émises à plusieurs reprises dans ma correspondance avec R. Chapuis et lors de la CNE d’avant les vacances. Je suis allé à Besançon pour confronter mon analyse à celle des camarades minoritaires. Dans l’état actuel de la situation, je suis plus proche d’eux que de la majorité de la DPN. Bien sûr il faudrait pouvoir discuter longuement et de vive voix de tous les problèmes mais pour des raisons familiales je ne peux venir à la CNE du 14 septembre. […] Pour moi, le PSU qui a su depuis 1968 analyser la réelle portée des événements, ne peut sombrer dans une soi-disant « force socialiste autogestionnaire », son avenir politique n’est pas d’être un parti de gouvernement mais un parti d’animation des luttes pour, petit à petit, capitaliser ce mouvement qui remonte des profondeurs de la classe ouvrière et qui gêne vraiment beaucoup de monde […] Le PSU, tel que je le vois encore ne se prête pas à des manœuvres politiques électorales, il apporte son soutien au moment des élections à la gauche traditionnelle mais il garde par-dessus toute sa liberté d’action, de jugement et il doit servir à maintenir un esprit révolutionnaire dans la classe ouvrière à côté des gauchistes et des organisations traditionnelles : PCF PS qui poursuivent en priorité leurs calculs mathématiques pour l’accès au pouvoir. »

Père de trois enfants (Marie, 1954), (Hélène 1957), (Pierre, 1959), Minazzi conjugua trois engagements, religieux, syndical et politique, qui dessinèrent une identité militante singulière, totalement dévoué à cette classe ouvrière du bassin du pays de Montbéliard, dont il constitua un élément avec ses camarades Henri Desloges, Jean-Marie Philippe, Paul Rossetti, Michel Gay, Bernard Landry, Pierre Petitcolin… Lors de son enterrement, il reçut l’hommage aussi bien de ses camarades cégétistes que du PSU, du Mouvement de la paix, d’amis pour l’aide au développement, du responsable de la communauté marocaine, des élus d’Exincout.

Comme il l’écrivit à la fin d’En marche, toute sa vie, Georges Minazzi la consacra à la lutte pour le socialisme autogestionnaire. Par là, il faut comprendre un projet et une conception politique en rupture aussi bien avec le stalinisme (dont le modèle soviétique constitua un repoussoir, voir sa critique de l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968) que d’avec la social-démocratie, associée aux guerres coloniales. Minazzi exprima ainsi ses critiques à l’égard de l’Union de la gauche qui commença à structurer le paysage politique au milieu des années 1970.

Engagé contre l’armement nucléaire, il fut un des leaders de l’action contre l’implantation des missiles Pluton à Bourogne dans le territoire de Belfort. (dans l’Aire urbaine Belfort-Montbéliard). Les missiles Pluton étaient des missiles nucléaires tactiques susceptibles d’être utilisés sur un théâtre d’opération militaire.

- Après la dissolution du PSU, il adhéra à l’Alternative Rouge et Verte (AREV) et il intégra la dimension écologique en participant très activement à l’action contre le canal Rhin-Rhône à grand gabarit et pour la protection de la Vallée du Doubs. En particulier, il a organisé à Sochaux, les Assises contre le Grand Canal.

La mairie de Bethoncourt, à l’initiative de son maire communiste, honora la mémoire de ce militant en donnant son nom à une place de cette ville du pays de Montbéliard.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148548, notice MINAZZI Georges par Georges Ubbiali, version mise en ligne le 28 août 2013, dernière modification le 25 septembre 2021.

Par Georges Ubbiali

Georges Minazzi
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OEUVRE : Georges Minazzi, En marche. 30 ans de lutte à Peugeot-Sochaux. Itinéraire d’un militant, Paris, Syros, 1978.

SOURCES : Arch. Nat, 581/AP/129 et fichiers adhérents du PSU. — Tribune du Peuple, 12 avril 1958. — Arch. de l’OURS, fonds Robert Chapuis et dossiers Doubs. — Tribune socialiste, 30 avril 1960, 29 juin 1967. — Noëlline Castagnez, Laurent Jalabert, Marc Lazar, Gilles Morin et Jean-François Sirinelli (dir.), Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité, Rennes, PUR, 2013. — Notes de Frédéric Cépède. — État civil d’Audincourt. — Notes de Gérard Mamet (octobre 2016). — Notes de Gilles Morin.

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