PANAGET Roger

Par Claude Pennetier

Né le 4 janvier 1930 à Nanterre (Seine) ; dessinateur industriel et agent de maîtrise technique ; communiste oppositionnel puis responsable du PSU et écologiste ; militant de l’entreprise aéronautique Hispano-Suiza, Bois-Colombes.

Son père, Henri Panaget, tailleur de limes puis rectifieur d’arbres à came chez Hispano-Suiza, fut membre de la CGTU et du Parti communiste entre 1930 et 1940. Il fut tué en 1943 lors du bombardement de l’usine Hispano-Suiza. Sa mère, née Émilie Daniel, fut monteuse de réveils Jaz, lustreuse de voitures, manutentionnaire et employée de bureau. Elle venait d’un port de pêche de Bretagne où l’on était “ en même temps très croyants, anticléricaux et ardents défenseurs de la Sociale. ”. Le jeune Roger Panaget, pupille de la Nation, n’eut aucune pratique religieuse. Il fit trois ans d’études après le CEP et obtint un brevet d’étude industrielle. Puis, par des cours du soir, il étudia les engrenages, l’hydraulique, le dessin industriel et l’organisation scientifique du travail.

Toute son activité professionnelle (trente-neuf ans, de 1947 à 1986) se situa dans la même entreprise de l’aéronautique, Hispano-Suiza. Il fut d’abord dessinateur industriel puis préparateur en méthode et organisation rationnelle du travail et enfin agent de maîtrise technique. Dans les années soixante, il avait envisagé de devenir professeur de l’enseignement technique mais y avait renoncé. Li se maria à Houilles (Seine et Oise) le 21 décembre 1957 avec Jeanne Pizant. Son épouse fut rédactrice juridique puis secrétaire de direction. Ils eurent deux enfants.

Le passage par les Auberges de jeunesse fut déterminant dans sa trajectoire. C’est là et chez Hispano qu’il se lia avec Raymond Petit (voir ce nom) avec qui il fit de l’“ entrisme ” à l’UJRF puis à la JC et enfin au PC dont il fut démissionnaire/exclu en 1968. Ses sympathies allèrent un temps à Pablo et à Pierre Frank de la IVe Internationale. Il participa ensuite à la vie de La Voie communiste, qu’il distribua clandestinement dans l’entreprise, puis à l’Opposition de gauche animée, entre autres, par Félix Guattari. Jusqu’en 1968, il organisa des rencontres régulières entre ouvriers et intellectuels dans le cadre de la FGERI (Fédération des groupes d’études et de recherches institutionnelles rassemblant des médecins, des étudiants, des psychanalystes, des architectes, créée par Guattari).

Son groupe d’opposition interne d’une douzaine de personnes s’autonomisa : “ Politiquement s’il fallait nous situer (ce que nous refusions) ce serait dans une trame libertaire et autogestionnaire plutôt que trotskisante […] Notre action était en partie entriste – organisation de groupes d’opposition clandestins dans les appareils – et ouverte quand cela était possible. Entre autre, nous avons contraint la CGT et la JC à organiser une manifestation de rue dans Bois-Colombes en solidarité avec le mouvement des rappelés qui s’opposaient à leur départ en Algérie. Les heurts avec les CRS furent violents. ” Il milita à la CGT de 1948 à 1968, date de sa mise à l’écart, fut délégué du personnel, 2e collège des mensuels et techniciens (1954-1956), délégué du comité d’entreprise (1957-1958) responsable de la commission culturelle puis de nouveau délégué du personnel. Son action avait particulièrement concerné la création et l’animation de groupes à vocation multiple, camps d’adolescents, sports d’hiver pour jeunes ouvriers et arts plastiques dans le cadre du groupe “ Jeunes ” du CE. Il fut un militant des Amis de la nature (FSGT) et collabora avec Travail et culture, puis de Tourisme et travail (dont il fut exclu).
1968 fut pour lui un tournant personnel et politique. Avec un groupe de militants, il quitta le Parti communiste et la CGT (dont il fut exclu) au profit du PSU et de la CFDT. La sortie de la clandestinité ne les renforça que dans un premier temps mais contribua à leur dispersion. La publication par François Maspero, en 1970, du livre collectif Ouvriers face aux appareils, une expérience de militantisme chez Hispano-Suiza permit de mener une réflexion sur plus de vingt ans de d’action politique, syndicale et culturelle dans une entreprise. L’ouvrage, dédié à Raymond Petit (voir ce nom), regroupait des études, des documents, des débats, des lettres, commentés et analysés. Le “ groupe ” se présentait comme précurseur du mouvement de mai 1968 dans sa critique constructive des appareils syndicaux et des organisations d’extrême gauche.

Panaget fut l’un des animateurs d’un courant écologiste dans de la section PSU d’entreprise d’Hispano-Suiza de 1968 à 1973 (une vingtaine de militants) puis il se tourna vers la défense de l’environnement et créa un groupe “ écologie ” dans l’entreprise avec un subventionnement du CE.

Membre des Amis de la Terre dans les Yvelines, il se situe “ à gauche de la gauche ”.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148596, notice PANAGET Roger par Claude Pennetier, version mise en ligne le 30 août 2013, dernière modification le 2 mai 2022.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Collectif, Ouvriers face aux appareils, une expérience de militantisme chez Hispano-Suiza, Cahiers libres 183-184, François Maspero, 1970, 275 p. [c’est Panaget qui tint la plume]

SOURCES : Renseignements communiqués par Roger Panaget. — Arch. Roger Panaget. — Arch. CRHMSS. — État civil.

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