MOREAU Jacques

Par Frédéric Cépède, Michel Dreyfus

Né le 27 juillet 1927 à Paris (XIVe arr.), mort le 8 janvier 2004 à Paris ; enarque ; directeur de banques coopératives ; militant socialiste, coopérateur, historien.

Fils d’instituteur, Jacques Moreau passa son enfance dans la Charente Limousine et fit ses études aux lycées Buffon (Paris), Fontanes (Niort) puis à Vichy. Il revint à Paris pour poursuivre des études de droit et lettres. Titulaire d’un DES d’économie politique et de sciences économique, il fut diplômé de l’IEP de Paris puis de l’ENA.

Durant ses études, Jacques Moreau adhéra en 1949 à la XVe section de la SFIO – celle de Marceau Pivert où rencontra aussi André Philip – et aux Étudiants socialistes où il se lia d’amitié avec Michel Rocard. Il était également actif au sein de la section parisienne du Mouvement socialiste pour les États Unis d’Europe. Secrétaire administratif de la XVe section de la Seine, qui politiquement restait fidèle à la fois à Marceau Pivert et à André Philip et combattait les positions de la majorité en Algérie, il fut un correspondant actif du Comité socialiste d’études et d’action pour la paix en Algérie en 1957 et fut candidat minoritaire à la commission exécutive de la fédération de la Seine en 1957. L’année 1958, entre soutien socialiste majoritaire au gaullisme et incapacité à résoudre la “ crise ” algérienne, conduisit à son éloignement des organisations partisanes après un bref passage au Parti socialiste autonome puis au PSU. Il fut en effet membre fondateur du PSA en septembre 1958 et secrétaire de sa XVe section. Il fut membre du bureau des Étudiants PSU en octobre 1960 et responsable de sa section de Presse. Il assista encore Jean Verger à la commission formation de la fédération de Paris du PSU en mai 1963.

Grand serviteur de l’État, Jacques Moreau fut administrateur civil à la direction du Trésor (1953-1962), conseiller financier pour l’Afrique, administrateur de la Snecma, sous-directeur à la direction du Trésor du Ministère de l’Économie et des finances (1971-1974). Membre du club Jean Moulin, il était toujours en contact avec un réseau d’amis socialistes, autour d’Alain Savary qu’il retrouva dans les clubs de réflexions (UCRG) et suivit au Parti socialiste lorsque celui-ci en prit la direction en 1969. Ces avis et conseils étaient recherchés sur les questions économiques et financières par ses camarades socialistes, et surtout en matière d’économie sociale.

En 1969, la Caisse centrale de crédit coopératif reprit la Banque des sociétés ouvrières de production, créée en 1893, et alors quelque peu à bout de souffle. Des difficultés liées à l’histoire de la 4 C ainsi qu’à l’héritage de la Banque des sociétés ouvrières de production conduisirent alors les pouvoirs publics à faire appel à Jacques Moreau pour renforcer l’équipe de Pierre Lacour et faire face à une situation qui n’était pas sans risques. Jacques Moreau devint alors directeur du Crédit coopératif avant de succéder à Pierre Lacour à sa présidence en 1974. Il engagea une réorganisation d’ensemble qui relança la croissance du Crédit coopératif, dans une perspective décentralisatrice. Le Crédit coopératif fut alors doté d’un système informatique et s’installa dans de nouveaux locaux à Nanterre. Ces mutations conduites par Jacques Moreau se situèrent dans le cadre de la profonde transformation que vécut le paysage bancaire durant les années 1983-1985 au cours desquelles le Crédit coopératif se transforma en banque à vocation universelle.

Plusieurs initiatives, auxquelles Jacques Moreau apporta son soutien, furent alors prises au début des années 1980 ; toutes se situèrent dans le contexte de la reconnaissance de l’économie sociale par les Pouvoirs publics. En 1984, le Crédit coopératif participa à la fondation de l’Institut de développement de l’économie sociale (IDES), après avoir créé l’année précédente la Fondation du Crédit coopératif que Jacques Moreau devait présider jusqu’en 2 003. Avec André Chadeau, Jacques Moreau fut également à l’origine de l’Association pour le développement des données sur l’économie sociale (ADDES).
La collaboration de Jacques Moreau avec Henri Desroches et son Université coopérative internationale permit d’organiser en mai 1984, un colloque sur le crédit au Sud et la coopération d’épargne et de crédit en Afrique. À la suite de ce colloque et en collaboration avec des organisations non gouvernementales (ONG), le Crédit coopératif mit sur pied un réseau de coopératives d’épargne et de crédit pour les paysans du Mali Sud, Kafo Jiginew. Dans un article publié en mai 1982, « Pour une économie sociale sans rivages », Jacques Moreau avait exprimé sa volonté de voir s’élargir la sphère géographique d’intervention de l’économie sociale.

En 1992, Jacques Moreau fut remplacé à la tête du Crédit coopératif par Jean-Claude Detilleux, ancien haut fonctionnaire à la Direction du Trésor et directeur général adjoint du Crédit coopératif depuis 1980. Jacques Moreau qui accéda alors à l’honorariat resta très actif. Président du Groupement national de la coopération depuis 1984, il le resta jusqu’en 1998 et contribua à donner à ce rassemblement de mouvements coopératifs d’une grande diversité, une unité et une influence reconnue. Jacques Moreau fut également président du Comité national de liaison des activités coopératives, mutualistes et associatives (CNMAMCA) de 1988 à 1998. Il sut, avec des personnalités telles que Georges Davezac, René Teulade et Jacques Vandier, donner aux mouvements de l’économie sociale le sens de leurs valeurs communes : de grands progrès en faveur d’une reconnaissance de ces mouvements à l’échelon national et européen purent ainsi être accomplis. En 1995, Jacques Moreau prit la présidence du Comité pour l’édition des œuvres de Charles Gide. Jacques Moreau avait en effet une grande passion pour l’histoire sociale à laquelle il consacra de nombreux écrits. Ce fut lui qui, en 2001, institua le Prix de la Fondation du Crédit coopératif, destiné à récompenser une recherche originale sur l’histoire de la coopération. Enfin, il pesa de tout son poids pour que soit réalisé ce Dictionnaire du mouvement coopératif.

Homme d’action, chef d’entreprise, meneur d’hommes, Jacques Moreau poursuivit également une œuvre d’essayiste et d’historien. On lui doit, notamment L’Économie sociale face à l’ultralibéralisme (1994), et L’Économie sociale sans rivage. Préparant un essai sur le mouvement socialiste français, paru sous le titre Les socialistes français et le mythe révolutionnaire (Hachette Littératures 1998, réédité en 2003), il a trouvé le chemin de la bibliothèque de l’OURS dont il devint un fidèle des manifestations et a soutenu l’action. Il s’inscrivit dans le débat d’idées avec une grande rigueur et une honnêteté intellectuelle remarquable.

Jacques Moreau, qui était marié et qui avait deux enfants, mourut le 8 janvier 2004. Il fut enterré à Paris au cimetière du Petit Montparnasse.

ŒUVRE : Pour une économie sociale sans rivage, Paris, Crédit coopératif, 1980. — Essai sur une politique de l’économie sociale, du troisième secteur vécu à un troisième secteur voulu, Paris, CIEM, 1982 — “ L’Europe : auteur politique et puissance mondiale ”, in Les Futurs de l’Europe, Paris, Le Monde Editions, 1990. — L’Économie sociale face au libéralisme, Paris, Syros, 1994. — Les Socialistes français et le mythe révolutionnaire, Paris, Hachette Pluriel, 1998. — L’Espérance réformiste. Histoire des courants et des idées réformistes dans le socialisme français, préface d’Alain Bergounioux, Paris, L’Harmattan « Des poings et des roses », 2007, 186 p. — Nombreux articles dans la RECMA et notamment « entre la volonté et la nécessité. Témoignage sur l’évolution du Crédit coopératif, de 1974 à 1982 », RECMA, n° 280, avril 2001, pp. 69-79.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148624, notice MOREAU Jacques par Frédéric Cépède, Michel Dreyfus, version mise en ligne le 31 août 2013, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Frédéric Cépède, Michel Dreyfus

SOURCES : Arch. de l’OURS, Fonds Jacques Moreau, 91 APO ; fonds Guy Mollet, AGM 136, dossier M. Pivert ; dossiers Seine, fonds C. Fuzier. — Archives Ribard. — Tribune socialiste, 5 novembre 1960. — La Lettre du GNC, n° 316, janvier 2004. — André Chomel, “ En hommage à Jacques Moreau ”, Revue internationale de l’économie sociale (RECMA), n° 291, février 2004, pp. 6-7. — Claire Andrieu, Pour l’amour de la République. Le Club Jean Moulin, 1958-1970, Paris, Fayard, 2002, 608 p., p. 234. — Recherche socialiste, n° 26, 2004. — Patricia Toucas, Michel Dreyfus, Les coopérateurs. Dictionnaire du mouvement coopératif, Éditions de l’Atelier, 2005. — Notes de Gilles Morin.

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