MINGUET Simonne, Lucienne, Marcelle, dite Renée

Par Jean-Guillaume Lanuque

Née en 1920 ; morte le 1er décembre 2005 ; OS, ajusteur, secrétaire, journaliste, interprète ; syndicaliste CGT  ; trotskyste, militante du Comité communiste internationaliste, du Parti communiste internationaliste – section française de la IVe Internationale et du PCF, du PCI minoritaire et du PSU, puis pabliste.

Simonne Minguet
Simonne Minguet

Simonne Minguet naquit en 1920, de parents petits-commerçants. Son père avait auparavant exercé les emplois de mécanicien des chemins de fer et de contremaître chez Renault. Elle fut sensibilisée à l’engagement politique avec la révolution espagnole, dans la seconde moitié des années 1930. Étudiante à la Sorbonne, elle suivit des études d’espagnol dont elle sortit titulaire d’une licence en 1941. Mais c’est seulement au cours de la Seconde Guerre mondiale qu’elle fut gagnée au trotskysme, révoltée par l’arrestation de son ami Lucien Braslawski, lui-même militant trotskyste membre du POI, qu’elle avait connu en 1941 au sein des Auberges de la jeunesse et qui mourut déporté à Auschwitz. Elle adhéra alors au CCI en mai 1942, et s’y investit en tant que rédactrice des publications et membre du secrétariat technique. À compter du mois d’août 1942, elle opèra dans la clandestinité. Elle participa en tant que secrétaire à la conférence trotskyste européenne de février 1944, qui décida de l’unification de la plupart des organisations trotskystes françaises.

En mars 1944, afin d’être au plus près de la classe ouvrière possiblement au seuil d’une nouvelle vague révolutionnaire, Simonne Minguet se fit embaucher à l’usine d’aviation Caudron-Renault d’Issy-les-Moulineaux, d’abord comme OS. Plus tard, elle suivit une formation qui lui permit de devenir la « première femme ajusteur de France », en avril 1946. À l’été 1944, lors de la période de vacance du pouvoir accompagnant la Libération de Paris, elle fut élue déléguée ouvrière dans son usine, et participa en tant que secrétaire adjointe au comité ouvrier central (provisoire), devenu ensuite commission exécutive centrale, chargée d’assurer la prise en main par les ouvriers de leur outil de travail. Dans le même temps, elle adhéra à la CGT et s’agrégea à la tendance Front ouvrier, parvenant même, en juin 1947, à faire élire une majorité appartenant à cette tendance dans la cellule syndicale de son usine. Elle devint également militante trotskyste au sein du PCF, dont elle fut finalement exclue à l’été 1946, accusée a posteriori d’« hitléro-trotskysme ». Après cette exclusion, elle fut à l’origine de la création d’une cellule d’entreprise du PCI-SFQI, forte au départ de sept militants, et qui publia à compter du début 1947 le journal La Vérité-Caudron ; elle s’investit également dans la vague de grèves de l’automne. Dans le PCI-SFQI, elle fit partie de la direction du secteur d’entreprises de la région parisienne, du comité régional parisien, avant d’intégrer le comité central en novembre 1947, lors du IVe congrès du PCI-SFQI.

Après Caudron, dont Simonne Minguet fut licenciée lorsque l’usine ferma en février 1948, elle occupa différents postes, parmi lesquels celui de secrétaire-traductrice chez Renault, dont elle fut rapidement licenciée pour avoir communiqué des documents confidentiels sur les fabrications militaires. 1950 la vit prendre part aux brigades envoyées par le PCI en Yougoslavie. En 1951, elle fut élue déléguée suppléante au IIIe congrès mondial de la IVe Internationale. Lors de la crise qui secoua le PCI-SFQI, elle fit partie de la minorité demeurée fidèle à l’orientation internationale, impulsée par Michel Pablo ; son expérience au sein du PCF après la guerre, qui lui fit côtoyer des militants communistes sincères qu’elle différenciait de leur direction, joua selon elle un rôle important dans ce positionnement. Dans le PCI minoritaire resté section officielle de la IVe Internationale, elle intégra le Bureau politique, et fut également élue au Comité exécutif de l’Internationale à l’occasion du IVe congrès mondial de 1954 ; elle participa d’ailleurs de près à son financement, grâce au don du produit de la vente d’un appartement hérité de ses parents. Elle fut également déléguée aux Ve, VIe et VIIe congrès mondial en 1957, 1961 et 1963.

Très impliquée dans le travail de soutien au FLN avec son compagnon Pierre Avot-Meyers, elle fut arrêtée, en même temps que Raymond Bouvet, Jeanine Weil et Pierre Frank*, au printemps 1956, détenue pendant un mois, mais ils bénéficièrent finalement tous d’un non-lieu. Après la création du PSU, elle y adhéra tout en restant membre du PCI, s’affiliant à la tendance socialiste-révolutionnaire. Après l’arrestation de Michel Pablo en juin 1960, elle intégra le secrétariat international de la IVe Internationale. Après l’indépendance de l’Algérie, elle fait partie des « pieds-rouges », souhaitant participer concrètement à la construction de ce nouvel État afin de contribuer à son orientation socialiste. Elle est alors journaliste à Algérie Presse Service, l’agence de presse du nouvel État, et interviewe Che Guevara en 1963. Lors du coup d’État de Houari Boumediène en 1965, elle est, comme plusieurs de ses camarades, arrêtée, interrogée et emprisonnée durant trois semaines, avant d’être finalement expulsée vers la France.

C’est à ce moment qu’elle reprit des études et obtint le diplôme d’interprète de conférence. Politiquement, elle a fait le choix de suivre Michel Pablo dans sa rupture avec la IVe Internationale en 1965. Les points névralgiques de l’idéologie défendue sont, outre le concept central d’autogestion, une analyse poussée du procès de bureaucratisation, la défense du front unique ouvrier et de l’unité des révolutionnaires, et une prise de distance avec la notion de parti d’avant-garde, pour s’orienter plutôt vers un rôle de conseil vis-à-vis des masses. Avec des camarades comme Gilbert Marquis ou Michel Fiant, elle fit dès lors partie de la Tendance marxiste-révolutionnaire internationale, dont l’Alliance marxiste révolutionnaire, fondée en 1969, était l’organisation française, et s’investit également dans les luttes féministes. Lors du passage des militants de l’AMR au PSU, entre 1974 et 1976, Simonne Minguet demeura, comme Pierre Avot-Meyers et Michel Pablo, à l’extérieur de l’organisation. Elle fut ensuite membre des Comités communistes pour l’autogestion, puis de l’AMR reconstituée. Au milieu des années 1990, par le biais des contacts liés à la publication via les éditions Syllepse de la revue Utopie critique, à laquelle participent nombre de pablistes, elle publia un témoignage sur son expérience militante ouvrière de l’immédiat après-guerre, Mes années Caudron. Fin 2002, avec plusieurs autres militants pablistes, dont Pierre Avot-Meyers, elle intègre la LCR. Affaiblie par la maladie, elle mourut le 1er décembre 2005.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article148742, notice MINGUET Simonne, Lucienne, Marcelle, dite Renée par Jean-Guillaume Lanuque, version mise en ligne le 9 septembre 2013, dernière modification le 13 juin 2015.

Par Jean-Guillaume Lanuque

Simonne Minguet
Simonne Minguet

ŒUVRE : Mes années Caudron. Une usine autogérée à la Libération, Paris, Syllepse, 1997.

SOURCES : nécrologie par Michel Lequenne dans Rouge, n° 2137, 9 décembre 2005 — nécrologie par Jean-Michel Krivine dans Inprecor, n° 513-514, janvier-février 2006. — Témoignages.

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