ANDRIEUX Eugène

Par Philippe Lecler

Né le 2 février 1898 à Sugny (Ardennes), fusillé le 4 juin 1941 au fort d’Ivry (Ivry-sur-Seine, Seine, Val-de-Marne) ; cultivateur à Machault (Ardennes) ; le premier fusillé ardennais.

Le dimanche 12 mai 1940, jour de la Pentecôte, vers 14 heures, un bombardier bimoteur allemand Dornier Do-17 fut abattu par la DCA anglaise. Ce poste de DCA (Défense contre avions) était installé sur un terrain d’aviation aménagé en 1939 entre Hauviné (Ardennes) et Bétheniville (Marne), à droite de la RN980 Sedan-Reims. L’appareil s’abattit sur le ventre, à 200 mètres à droite de la route Machault-Semide, sur le territoire de la commune de Machault. Parmi les cinq occupants du Do-17, trois étaient morts, un quatrième était blessé, le cinquième était indemne.
La chute de l’appareil en difficulté fut observée par la population de Machault. Eugène Andrieux, accompagné de deux personnes, se mit au volant de sa camionnette Ford à plateau et se dirigea vers l’endroit du crash prochain.
Soudain un bruit et un souffle épouvantables à quelques dizaines de mètres au-dessus du véhicule. C’était le Dornier Do-17 qui passait et s’abattait, quelque 300 mètres plus loin. Andrieux arrêta son véhicule à une centaine de mètres du point de chute, prit son fusil chargé et aperçut deux aviateurs près de l’avion. Il s’avança en leur direction, les somma de se rendre (Eugène Andrieux parlait couramment l’allemand), s’aperçut que l’un des survivants portait la main à son étui à revolver. Il tira. L’homme fut tué. Pendant ce temps, le second aviateur, quoique blessé, tenta de fuir au moment où arrivaient des soldats anglais et des gendarmes français qui capturèrent le fugitif. Le 14 mai, la population de Machault prit la route de l’exode pour le département des Deux-Sèvres. C’est un spectacle de désolation que découvrit, à son retour d’exode, le 14 août, Eugène Andrieux. Sa maison était incendiée et, avec elle, son commerce de boissons et charbon. Les Andrieux possédaient une fermette à proximité. Elle fut sommairement remise en état pour loger la famille et pour permettre la reprise d’une activité.
Le 23 avril 1941, en début d’après-midi, deux officiers et deux soldats allemands se présentèrent au maire de Machault, requérant sa collaboration pour retrouver l’habitant qui avait tué l’aviateur allemand tombé dans les environs l’année précédente. Le maire prétendit ignorer les faits, et ne fut d’aucun secours pour les Allemands (il avait enjoint Eugène Andrieux, dès son retour, de repartir et de ne pas revenir dans le département, comme l’avaient fait ses deux complices). Déambulant dans le village, un des deux officiers, le rescapé qui avait été fait prisonnier, reconnut le véhicule d’Eugène Andrieux stationné dans la cour de sa ferme.
Arrêté par les autorités allemandes pour la mort de l’aviateur allemand, Eugène Andrieux fut conduit à la prison de la Santé à Paris.
Il fut jugé par un tribunal allemand. Eugène Andrieux fut condamné à la peine de mort. Transféré de la prison de la Santé à celle de Fresnes (Seine, Val-de-Marne) la veille de son exécution, Eugène Andrieux a été fusillé le mercredi 4 juin 1941, à 6 heures, au fort d’Ivry-sur-Seine, assisté du curé de Fresnes, l’abbé Censier.
Il fut inhumé le 4 juin 1941 au cimetière parisien d’Ivry-sur-Seine (premier fusillé enterré à Ivry) division 47, ligne2, n° 1 puis transféré le 8 octobre 1947 à Machault. Son nom est inscrit sur le mémorial de Berthaucourt à Charleville-Mézières (Ardennes).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article149089, notice ANDRIEUX Eugène par Philippe Lecler, version mise en ligne le 25 septembre 2013, dernière modification le 12 mai 2021.

Par Philippe Lecler

SOURCES : Philippe Lecler, Le temps des partisans, Langres, Éd. D. Guéniot, 2009. — Répertoire des fusillés inhumés au cimetière parisien d’Ivry. — Absent de Mémoire des hommes, consulté le 17 avril 2021.

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