ARNAUD Roger, Marie, Gonzague

Par André Balent, Jean-Pierre Besse

Né le 13 mars 1913 à Revel (Haute-Garonne), fusillé le 8 avril 1944 à Toulouse (Haute-Garonne) ; entrepreneur carrier et de transports à Durfort (Tarn) ; dans le Tarn et la Haute-Garonne (Libération-sud, Armée Secrète [AS]) ; a participé à la mise en place du maquis de Durfort, une des préfiguration du Corps franc de la Montagne Noire (CFMN) en cours de gestation.

Roger Arnaud (1913-1944)
Roger Arnaud (1913-1944)
cliché lauragais-patrimoine.fr

Fils d’un négociant et d’une tailleuse, Roger Arnaud était entrepreneur carrier à Durfort (Tarn) Il était également entrepreneur en transports et possédait des camions. Il s’était établi dans un village tarnais des flancs de la Montagne Noire, dans le Lauragais. Sa ville natale, se trouve à la jonction des limites de trois départements : la Haute-Garonne, l’Aude. Il s’était marié en avril 1937 à Paleville (Tarn) avec Denise Lagrifoul et eut cinq enfants. Le dernier, Roger, naquit après son exécution.

Il fut mobilisé en septembre 1939. En juin 1940, il se trouvait dans la poche de Dunkerque (Nord). Sa conduite pendant les combats de Dunkerque lui valurent deux citations : l’une à l’ordre de l’Armée, l’autre à l’ordre de la division. Fait prisonnier à Dunkerque (Nord) en juin 1940, il séjourna dans le stalag VIII C, à Zagen en Silésie orientale et réussit à s’évader en août 1941. S’étant introduit dans un wagon plombé près de son stalag, il arriva sans encombres à Paris où il fut pris en charge par des cheminots qui l’aidèrent à franchir la ligne de démarcation. Le 15 août 1941, il se trouvait à Revel.

Il reprit ses activités professionnelles et s’engagea presque aussitôt dans la Résistance, en liaison avec son frère Charles (1909-1945) domicilié à Revel. Il était en relations avec un capitaine de Toulouse (Haute-Garonne). Responsable de Libération-Sud pour le secteur de Revel à partir de septembre 1942, il hébergea et fournit du travail à des réfractaires du Service du travail obligatoire (STO) venant de la R 3 et de la R 4. Membre de l’AS à partir de janvier 1943, il était responsable du maquis installé dans sa commune à partir de novembre 1943 qui était une des préfigurations du Corps franc de la Montagne Noire. Il se faisait appeler « Le Serbe ». Les réfractaires au STO travaillaient dans sa carrière qui leur servait de couverture. Clandestins nocturnes ils furent l’embryon du maquis de Durfort et purent assurer la réception de parachutages. Les camions de l’entreprise permettaient de déplacer homes et matériels nécessaires au maquis. Roger Arnaud appartint aussi au réseau Buckmaster (Nestor ou Mathieu) et aurait été en contact avec un officier britannique, Richardson, parachuté en même temps que Henri Sévenet. Le maquis mis en place par les frères Arnaud s’inscrivait dans le processus qui aboutit en avril 1944 à la création formelle du Corps franc de la Montagne Noire.
Il fut arrêté le 3 mars 1944 avec douze membres — dont l’instituteur de Durfort, Raymond Durand qui furent déportés — de son groupe (le maquis de Durfort). La Feldgendarmerie et la Sipo-SD, environ cinquante hommes, encerclèrent le village de Durfort. Le maquis avait été trahi par un jeune Albigeois, réfractaire au STO qui les guida et les dénonça nommément comme recevant des parachutages d’armes et émettant des émissions radiophoniques.

Les treize furent conduits à Toulouse le jour même et emprisonnés à Saint-Michel. Arnaud subit à plusieurs reprises d’affreuse tortures. Il assuma des accusations qui visaient des hommes de son maquis arrêtés en même temps que lui. Les treize, cependant, avaient eu brièvement le temps de se concerter dès leur arrivée à Saint-Michel et décidèrent d’une « stratégie » visant à préserver les jeunes réfractaires. Le site lauragais-patrimoine.fr (op. cit.) indique qu’il périt des suites d’une séance de tortures particulièrement dure. En fait, il fut condamné à mort le 8 avril et fusillé comme otage le même jour avec huit autres résistants prisonniers à Saint-Michel et enseveli par les Allemands dans le charnier de Bordelongue (commune de Toulouse). Il put écrire une lettre à son père qu’il donna à l’aumônier de la prison. Elle fut postée à Lyon (Rhône).
Son corps fut ré-inhumé au cimetière de Revel le 13 septembre 1944 . Après l’office religieux, l’hommage funèbre fut rendu par le président du Comité local de Libération de Revel. Un détachement du CFMN lui rendit les honneurs.
Lieutenant dans la clandestinité, il fut homologué à titre posthume sous-lieutenant des Forces françaises de l’intérieur (FFI) en janvier 1948 et reconnu Interné Résistant en 1955.Il fut décoré de la médaille des évadés, de la médaille de la Résistance. Il devint chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.
Le lendemain de ses obsèques, le stade de Revel reçut le nom de Robert-Arnaud. Il existe une rue des frères Arnaud à Revel et Toulouse a voulu perpétuer sa mémoire en donnant le nom de Roger Arnaud à une place de la ville. Son nom est inscrit sur : les monuments au morts de Durfort (Tarn) et de Revel (Haute-Garonne) ; le monument commémoratif du Corps Franc de la Montagne Noire à Font Bruno (Escoussens, Tarn) ; une stèle devant la mairie de Revel : « Revel à ses martyrs, dénoncés par la Milice, torturés et assassinés par la Gestapo » ; une plaque commémorative avec trois noms d’habitants de la commune morts pendant la Seconde Guerre mondiale apposée en mairie de Durfort (Tarn). Elle porte la mention « fusillé par la Gestapo » ; le monument commémoratif de Toulouse érigé à l’emplacement du charnier de Bordelongue.
Voir : Toulouse, prison Saint-Michel et charnier de Bordelongue (9 novembre 1943-18 avril 1944)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article149106, notice ARNAUD Roger, Marie, Gonzague par André Balent, Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 25 septembre 2013, dernière modification le 19 octobre 2019.

Par André Balent, Jean-Pierre Besse

Roger Arnaud (1913-1944)
Roger Arnaud (1913-1944)
cliché lauragais-patrimoine.fr
Escoussens (Tarn), monument ossuaire du Corps franc de la Montagne Noire. Plaque portant le nom de Roger Arnaud
Escoussens (Tarn), monument ossuaire du Corps franc de la Montagne Noire. Plaque portant le nom de Roger Arnaud
Photographie : André Balent, 23 mai 2018

SOURCES : SGA, DIMI, Bureau Résistance, 16P17762. — DAVCC, Caen, dossier 21 P 9171. — Gérard Bouladou, Les maquis du Massif Central méridional 1943-1944. Ardèche, Aude, Aveyron, Gard, Hérault, Lozère, Tarn, Nîmes, Lacour Rediviva, 2006, 617 p. [p. 332]. — Site MemorialGenWeb consulté le 16 juillet 2017. — Site lauragais-patrimoine consulté le 16 juillet 2017.

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