GIRONE Ugo, alias GITASCHI, Alberto COLOMBI

Par Philippe Bourrinet

Né en 1897 à Buenos Aires (Argentine), mort en 1977 à San Michele del Serino (Campanie) ; rédacteur de l’Unità, organe du PCI, en 1924-1925 ; partisan de Amadeo Bordiga en 1925  ; émigré en France de 1930 à 1943  ; agent de renseignement de l’OVRA dans les milieux italiens immigrés, bordiguistes et trotskystes.

Nééà Buenos Aires, de parents originaires de San Michele del Serino (Avellino, Campanie). Ugo Girone y était retourné dans son enfance. Il fut l’un des fondateurs du Parti communiste d’Italie, dont il fut le secrétaire interrégional pour le Mezzogiorno, à partir de 1923, et candidat à la chambre en 1924. Avec Amadeo Bordiga il est l’un des fondateurs de la revue Prometeo, qui n’eut qu’un seul numéro en 1924, car supprimée sur ordre de Togliatti.

En 1925, Ugo Girone était l’un des six rédacteurs rémunérés du journal communiste l’Unità. Signataire de l’appel du Comité d’entente contre la « bolchevisation », il fut suspendu de ses fonctions et expulsé du parti. Bordiga envoya de Naples le 12 juillet 1925 une lettre de solidarité, publiée dans l’Unità. Une fois le comité dissous, il fut réadmis dans le parti après que Bordiga fut intervenu auprès de Zinoviev.

Ugo Girone est arrêté en juin 1928, mais put s’expatrier en France en 1930, avec la possibilité de faire de nombreux allers retours vers l’Italie. Il fut expulsé du parti en 1930 comme « trotskyste ». La même année dans l’organe communiste suisse italien Falce e Martello (Locarno/Bâle, 1925-1936), Giuseppe Berti, l’un des chefs du parti stalinisé, l’avait accusé d’être un espion fasciste, accusations auxquelles l’organe de la Fraction « bordiguiste » Prometeo (1er juin 1930) répondit avec indignation.

En fait, depuis 1928, Girone travaillait pour l’OVRA, recensé comme « confident 267 » ou sous les pseudonymes de Gitaschi ou Alberto Colombi. À partir de 1930, il put donc surveiller la Fraction à Paris et à Bruxelles, sans en être membre. En juillet 1929, il est en correspondance avec Trotsky, pour le compte de la Fraction. Il chercha à obtenir de l’argent de ses chefs pour aller à Constantinople s’entretenir avec Trotsky*, comme « émissaire de la Fraction », ce qui lui fut refusé. Jouissant d’une aura d’opposant « courageux » et « intransigeant », il put transmettre à l’OVRA tous les renseignements nécessaires sur la Fraction et sur le trotskysme italien. Cela finit par éveiller des soupçons justifiés.

De 1936 à 1939 environ, Girone fut correspondant de presse et photographe en Espagne républicaine. De retour en Italie en 1943 ou 1944, il fut définitivement exclu du PCI, lorsque son passé d’informateur de l’OVRA eut été révélé. Après différentes « expériences politiques », il adhéra au Parti social-démocrate italien (PSDI), dont il fut en 1964, quelque temps, secrétaire provincial pour l’Irpinia. Il est mort à San Michele di Serino (Avellino) en 1977.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article149129, notice GIRONE Ugo, alias GITASCHI, Alberto COLOMBI par Philippe Bourrinet, version mise en ligne le 26 septembre 2013, dernière modification le 8 septembre 2020.

Par Philippe Bourrinet

SOURCES : « Espulsione di Ugo Girone dal Partito », L’Unità, 16 juin 1925. – Amadeo Bordiga, « Per finirla con le rettifiche, Napoli, 12 luglio 1925 », L’Unità, 22 juillet 1925. – « Prima risposta per l’affare Girone – Lettera aperta alla segreteria del partito » et « La lettera di accusa di Berti contro Girone », Prometeo n° 1, juin 1930. – « Elenco nominativo dei confidenti dell’OVRA pubblicato ai sensi e per gli effetti di cui all’art. 1 del R.D. Legislativo 25 maggio 1946, n° 424 », in Supplemento ordinario alla Gazzetta Ufficiale della Repubblica Italiana, 2 juillet 1946. – Mimmo Franzinelli, I tentacoli dell‗OVRA. Agenti, collaboratori e vittime della polizia politica fascista, Bollati Boringhieri, Turin, 2000. – Eros Francangeli, L’incudine e il martello. Aspetti pubblici e privati del trockismo italiano tra antifascismo e antistalinismo (1929–1939), Morlacchi, Pérouse, 2005. – Roberto Gremmo, Gli anni amari di Bordiga. Un comunista irriducibile e nemico di Stalin nell’Italia di Mussolini, Storia Ribelle, Biella, 2009. – « La scissione di Livorno e la nascita del Pci in Irpinia », Corriere, Irpinia (Avellino), 24 janvier 2011.

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