GUINTARD Roger, Paul

Par Dominique Tantin

Né le 10 décembre 1918 à Saintes (Charente-Inférieure, Charente-Maritime), fusillé à Biard, près de Poitiers (Vienne) le 14 avril 1944 ; cheminot, serrurier à la SNCF ; résistant OS-FTPF en Charente-Maritime.

Fils d’un père cheminot et d’une mère sans profession, Roger Guintard était marié et père d’un enfant. Le 10 février 1941, il fut embauché aux Ateliers du dépôt de Saintes. Rapidement, en raison de sa haine de l’occupant et de sa détermination, il fut contacté par Jean Poilane, responsable de l’Organisation spéciale (OS) du Parti communiste français clandestin. Après guerre, il sera homologué comme membre de l’OS puis des Francs-tireurs et partisans (FTP) du 1er janvier 1941 au 14 février 1944.
Roger Guintard, alias « Marcel », fut le coauteur de la tentative de destruction du parc à fourrage de Saintes le 15 décembre 1943 ainsi que de l’agression du maire de la commune de Chaniers (Charente-Inférieure, Charente-Maritime) le 29 janvier 1944, avec Michel Barillaud et René Brandet, pour dérober des titres de ravitaillement. En 1943 et au début de 1944, sous les ordres de Roland Braud, né le 16 juillet 1924 à Argenteuil, ajusteur à la SNCF, le groupe organisa une série d’attentats à Saintes et aux alentours, avec les armes et le matériel fournis par les FTP de Corrèze. Dans le cadre de la Résistance-Fer, il participa à la destruction de cinq locomotives dans le dépôt SNCF de Saintes. Il était également chargé de recevoir les armes parachutées. À partir de 1943, il aurait dirigé le groupe « Cohorte », qui, bien qu’indépendant, travaillait avec Poilane. La plupart de ces jeunes s’étaient connus sur les stades de rugby et travaillaient aux Ateliers de la SNCF. Ce groupe « Cohorte » avait l’habitude de se réunir au café de la Bourse et des Sports à Saintes. Par l’intermédiaire de cheminots de Brive-la-Gaillarde, le groupe « Cohorte » de Guintard fut mis en relation avec les FTP de Corrèze (groupe « Timbaud » auquel Guintard fut affilié). Cette filière permettait à des jeunes qui cherchaient à échapper au Service du travail obligatoire (STO) de rejoindre le maquis. Des cartes d’alimentation dérobées dans les mairies de Charente-Inférieure étaient envoyées aux maquis de Corrèze.
Guintard fut victime de la confiance accordée à l’inspecteur de police Penaud, de la Section des affaires politiques (SAP) de Poitiers. Cet ancien rugbyman fournissait des faux papiers pour les réfractaires au STO. Moyennant quoi, il obtint suffisamment d’informations pour permettre l’arrestation de Guintard qu’il effectua lui-même avec la Gestapo le 12 février 1944 à Saintes. Transféré à la prison de la Pierre-Levée à Poitiers, Guintard fut torturé. Condamné à mort par le tribunal militaire, il fut passé par les armes au champ de tir de Biard le 14 avril 1944 à 7 h 30 avec Michel Barillaud et René Brandet. Dans sa dernière lettre, rédigée la veille de son exécution, il s’adresse ainsi à sa famille : « Je veillerai sur vous à côté de nos chers disparus, je tâcherai de vous conduire et de vous protéger le mieux possible [...] Tu vois, mourir doit être un rêve à côté de ce que je viens de passer. » Il fut inhumé dans le cimetière de Sèvres-Anxaumont (Vienne).
Le sous-lieutenant Roger Guintard fut cité à l’ordre de la division par le général de Gaulle et reçut la Croix de guerre avec étoile d’argent ; il fut fait chevalier de la Légion d’honneur par le président Vincent Auriol le 3 janvier 1949 pour « constitution de groupes de résistance et atteinte portée à la machine de guerre ennemie ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article149380, notice GUINTARD Roger, Paul par Dominique Tantin, version mise en ligne le 10 octobre 2013, dernière modification le 10 novembre 2021.

Par Dominique Tantin

SOURCES : DAVCC, Caen. – Arch. Dép. Vienne, 1921W8. – ONAC de la Vienne.

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