ABTOUT Saïd [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 28 janvier 1930 à Yaskren, commune mixte de Mizrana en Kabylie, travailleur émigré en région parisienne militant du MTLD et syndicaliste CGT ; entré au PCF en 1954, membre du comité de rédaction de L’Algérien en France, membre du service d’ordre de la CGT, participant à l’organisation de la Fédération du PCA ; employé en 1962 à la mairie de Vizille (Isère, France), près de Grenoble ; typographe à Alger Républicain ; après le coup d’Etat de juin 1965, clandestin ORP, arrêté, torturé ; cadre syndical mutualiste à l’UGTA ; retiré en France.

Après quatre années d’école primaire, révolté par la répression de mai 1945 dans la région de Sétif et Kherrata, S. Abtout adhère à l’organisation de jeunesse du PPA-MTLD. En 1948, il émigre vers Paris ; manœuvre dans l’industrie chimique (usine Javel La Croix), atteint de maladie pulmonaire, il connaît une année de longue maladie en 1950. Ouvrier à l’usine Sueur de Bagneux, au sud de Paris, secrétaire de la section syndicale CGT, il anime une grève d’un mois. Poursuivi par la police, il est défendu par la mairie communiste de Bagneux. A cette époque, il est en contact avec les responsables MTLD de l’action syndicale, Hamerlain* et Belouachrani*, et passagèrement Abdelhamid Benzine* sous le nom de Saïd. Travaillant à nouveau chez Sueur à Bagneux, S. Abtout quitte le MTLD en 1953, militant principalement à la CGT, avant d’être, à temps plus ou moins complet, au service de la section du PCF.

En effet, il loge dans les locaux de la section, s’occupe du tirage des tracts, du collage des affiches ; il est diffuseur de l’Humanité (responsable CDH) ; sportif, il anime les clubs de sports et loisirs (club alpin, ski sport dans lequel il excelle, Amis de la nature). Appartenant au service d’ordre de la CGT, il contribue à l’évacuation de la tribune, de Saïd Belouachrani*, orateur de la Commission nord-africaine d’Ile-de-France, au meeting du 1er Mai 1955 à Vincennes, sous l’attaque de militants du MNA, le parti de Messali*. Après avoir suivi l’Ecole centrale du parti, il entre au comité de rédaction du périodique s’adressant à l’immigration : L’Algérien en France (1956-1957), et prend part à l’organisation de la Fédération de France du PCA.
A la suite de réunions à Paris en 1955-1956 au passage du dirigeant du PCA : Ahmed Akkache* qui souhaite l’entrée des communistes dans l’action armée, Saïd Abtout gagne Alger, attendant en vain pendant six mois, le contact du PCA, pour monter au maquis. Responsable du FLN dans son village de Kabylie, un de ses frères est arrêté ; notre "émigré" rentre alors en France. Il devient responsable du secteur sud de Paris (d’Issy-les-Moulineaux à Montreuil) de la Fédération du PCA. En mars 1962, le PCA l’envoie organiser les militants de l’Isère autour de Grenoble où il rencontre le vétéran communiste de Tlemcen : Mohamed Badsi* retiré chez un de ses fils. S. Abtout est employé à la mairie de Vizille.

À la fin de 1962, le PCA lui fait suivre un stage dans une imprimerie de Prague, en Tchécoslovaquie "socialiste". Il peut ainsi travailler comme typographe, en rentrant à Alger en 1964, au quotidien Alger Républicain, jusqu’au coup d’Etat militaire de juin 1965. Clandestin à l’ORP, il est arrêté et torturé. Libre mais malmené comme communiste, il est salarié comme cadre administratif et syndical au complexe d’industrie textile de Dra-Ben-Khedda près de Tizi-Ouzou, non sans subir une mutation arbitraire durant quatre ans à El Harrach, près d’Alger, avant sa retraite en 1990. Membre fondateur de la fédération nationale des travailleurs retraités, il en est de 1990 à 2000, le responsable pour le département de Tizi Ouzou.

Depuis 2005, il vit retiré à Malakoff au sud de Paris. De son expérience, il conserve la réserve des "petits", les militants subalternes, à l’égard des "chefs". Ainsi à propos de la manifestation nationaliste algérienne du 17 octobre 1961 à Paris, il écrit :"le 17 octobre 1961, je me trouvais à 10 m. des flics sur le pont St. Michel ; quand j’ai vu le carnage devant moi, je me suis sauvé ; les petits chefs FLN étaient au niveau de la fontaine St.Michel qui nous criaient ne vous sauvez pas "les frères".

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article149956, notice ABTOUT Saïd [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 2 novembre 2013, dernière modification le 10 août 2018.

Par René Gallissot

SOURCES : Témoignages allusifs et longue lettre de Saïd Abtout à René Gallissot en août 2010. — Hélène du Mazaubrun, « Le double exil de Saïd Abtout », Hommes & migrations, 1295 | 2012, 156-161. — Journal Liberté.

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