BERTINCHAMPS Arthur.

Par Jean Neuville - Paul Gérin

Wanfercée-Baulet (aujourd’hui commune de Fleurus, pr. Hainaut, arr. Charleroi), 6 décembre 1893 − 4 mai 1970. Ouvrier métallurgiste, permanent syndical chrétien des métallurgistes puis secrétaire général et président de la Centrale chrétienne des métallurgistes de Belgique, résistant, frère d’Hilaire Bertinchamps.

Arthur Bertinchamps est l’aîné d’une famille de six enfants dont le père, Oscar, ouvrier mineur, meurt à l’âge de quarante-neuf ans. À onze ans, il cesse d’aller à l’école. Il devient porteur de télégrammes pour améliorer quelque peu l’ordinaire. À la mort de son père, Arthur Bertinchamps et deux de ses frères entrent comme aides chaudronniers aux usines Baudhuin à Lambusart (aujourd’hui commune de Fleurus, pr. Hainaut, arr. Charleroi) afin de subvenir aux besoins du ménage, sa mère veuve ne bénéficiant d’aucune allocation. Il s’efforce de suivre des cours du dimanche à l’École industrielle de Fleurus mais ne réussit pas à poursuivre son effort par manque de formation de base.

En septembre 1913, Arthur Bertinchamps est appelé sous les armes au 13ème régiment de ligne à Namur (pr. et arr. Namur) où un ami de chambrée l’aide à étudier pendant les heures de loisir. La Première Guerre mondiale éclate. Bertinchamps suit le 13ème de ligne jusqu’au Havre puis est dirigé vers Anvers. Blessé par un éclat d’obus à Berlaar (pr. Anvers-Antwerpen, arr. Malines-Mechelen), il est transporté à l’hôpital militaire de Gand (Gent, pr. Flandre orientale, arr. Gand) le 7 octobre 1914. Quatre jours plus tard, les Allemands envahissent cette ville : Arthur Bertinchamps est fait prisonnier et déporté en Allemagne, d’abord en Westphalie à Münster, puis à Sennelager (près de Paderborn) et enfin à Gelsenkirchen. Là encore, il parvient à étudier avec l’aide de quelques compagnons d’emprisonnement. Libéré après le 11 novembre 1918, Bertinchamps est démobilisé le 14 août 1919 et reprend son métier d’ouvrier chaudronnier.

En septembre 1919, Arthur Bertinchamps entre dans la section syndicale chrétienne de son usine. Le 15 avril 1920, il est appelé par le directeur des œuvres sociales chrétiennes de l’arrondissement de Charleroi (pr. Hainaut), l’abbé René Van Haudenard*, aux fonctions de propagandiste pour les syndicats chrétiens des métallurgistes du Hainaut, de Namur et du Luxembourg. En 1922, il suit, à la demande du Père Perquy, les cours de l’École pour ouvriers chrétiens d’Heverlée (aujourd’hui commune de Louvain-Leuven, pr. Brabant flamand, arr. Louvain). Il en sort en 1925. Il revient alors à Charleroi où il travaille comme assistant social puis à nouveau comme propagandiste syndical.

En juillet 1934, Arthur Bertinchamps est élu secrétaire général de la Centrale chrétienne des métallurgistes de Belgique (CCMB), affiliée à la Confédération des syndicats chrétiens (CSC). Il quitte Charleroi où il a fait passer les effectifs syndicaux chrétiens métallurgistes de 300 à 3.500. En 1936, il est élu président de la Centrale.

Arthur Bertinchamps est un des opposants les plus décidés à la collaboration du syndicalisme chrétien à l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), syndicat imposé par l’occupant allemand durant la Seconde Guerre mondiale. La Centrale chrétienne des métallurgistes se positionne également contre cette l’adhésion, mais cette décision n’est pas respectée par le délégué de la Centrale présent lors du vote du 13 novembre 1940. Bertinchamps poursuit dans la clandestinité ses contacts avec les militants syndicaux de tout le pays. Il fait partie du Comité national du Front de l’indépendance (FI).

À la Libération, Arthur Bertinchamps reprend ses fonctions de président qu’il exerce jusqu’en mai 1960, date à laquelle il prend sa retraite. Avant 1940, il mène la campagne pour l’instauration, à titre privé, par les patrons, des allocations familiales puis, après la Seconde Guerre mondiale, il est défenseur du système obligatoire des allocations familiales. Il joue un rôle important dans la campagne en faveur de la semaine de cinq jours de travail lancée par la Centrale chrétienne des métallurgistes au sein de la CSC. Contrairement à un certain nombre de syndicalistes chrétiens de sa génération qu’une forme de raideur idéologique fige dans une attitude refusant l’évolution des idées, Arthur Bertinchamps est un syndicaliste ouvert au changement et au progrès. Ceci se vérifie non seulement dans le domaine économique et social, mais aussi en politique. Il n’hésite pas à donner son soutien moral aux syndicalistes ralliés à l’Union démocratique belge (UDB) après la guerre de 1940-1945. Mais surtout avant 1940, à Charleroi, Arthur Bertinchamps est un compagnon fidèle de Jean Bodart, député démocrate-chrétien et secrétaire de la Ligue des travailleurs chrétiens (LTC). Jamais, son amitié ne se démentira. Le 11 juillet 1932, au moment des grèves de Charleroi, il signe, avec Jean Bodart, l’accord avec les organisations socialistes, créant un « front commun » temporaire pour mener une action auprès des pouvoirs publics. Lorsque le 7 juin 1933, Jean Bodart conclut un cartel avec les socialistes contre la politique de déflation (ce qui lui vaut un blâme de la LNTC), Arthur Bertinchamps écrit que, contrairement aux bruits répandus, les syndicats chrétiens de Charleroi appuient l’initiative du député démocrate-chrétien. « Des états-majors le critiquent. Les ouvriers chrétiens l’approuvent. Quand on a à choisir entre les deux amitiés... »

Arthur Bertinchamps occupe d’autres mandats syndicaux : il est membre de la Commission mixte de la sidérurgie, de la Commission paritaire des fabrications métalliques et de la Commission paritaire des métaux non ferreux, membre effectif du Conseil national du travail et du Comité de gestion de l’Office national de sécurité sociale, membre suppléant du Conseil central de l’économie, observateur au Comité consultatif de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), membre du conseil d’administration de la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB), membre du Conseil central et du Comité exécutif du Mouvement ouvrier chrétien (MOC), membre de l’assemblée consultative du Comité de contrôle de l’électricité.

En mai 1933, Arthur Bertinchamps est décoré de la Croix de chevalier de l’ordre de Léopold. Il est le frère d’Hilaire Bertinchamps.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150055, notice BERTINCHAMPS Arthur. par Jean Neuville - Paul Gérin, version mise en ligne le 4 novembre 2013, dernière modification le 17 janvier 2021.

Par Jean Neuville - Paul Gérin

ŒUVRE :
-  Dans la presse syndicale : Le Franc-métallurgisteLe métallurgisteMétal.
-  Dans les Dossiers de l’action catholique : « Le fonctionnement des commissions paritaires industrielles. Leçon donnée à la Semaine syndicale de 1922 », février 1923 – « La loi sur les Conseils de prud’hommes du 7 juillet 1926 », octobre 1927.
-  Textes des leçons aux Semaines sociales wallonnes : « Les inégalités nécessaires », 1929 – « Nos revendications syndicales et la doctrine pontificale du travail et de la famille », 1932 – « Le régime capitaliste de l’entreprise », 1948.

SOURCES : La Relève, 14 mai 1960 – La Cité, 28 et 29 mai 1960, 30 mai 1960 – Saint-Eloy, Utrecht, 22 octobre 1960 – Het Volk, 30 mei 1960 – PIRSON E. (dir.), Histoire du mouvement ouvrier chrétien à Charleroi. 1886-1990, Charleroi, 1995 – GERARD E., WYNANTS P. (dir.), Histoire du mouvement ouvrier chrétien en Belgique, 2 tomes, Leuven, 1994 (KADOC Studies, 16).

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