FONTANOT Jacques

Par Daniel Grason

Né le 10 novembre 1926 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines), exécuté sommairement le 27 juin 1944 dans la forêt de Saint-Sauvant (Vienne) ; interné ; résistant FTPF.

Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Jacques Fontanot en bas.

Fils de Giuseppe, ouvrier journalier et de Gisella, née Tera, ménagère Jacques Fontanot était sept ans plus jeune que son frère Nerone et cinq ans que sa sœur nés en Italie. Il vécut à Puteaux, fréquenta l’école élémentaire Félix-Pyat, la famille demeura ensuite 22 Rue des Basses-Groues à Nanterre (Seine, Hauts-de-Seine), mais il poursuivit sa scolarité à Puteaux. Ses parents étaient des antifascistes, proches ou membres du Parti communiste d’Italie, tout comme son cousin Spartaco Fontanot.

La guerre bouleversa la vie des familles, les immigrés italiens devinrent suspects. Le 10 mai 1940, Giuseppe et Gisella furent arrêtés par la police française, emprisonnés à la Santé et à la Roquette. En juin 1940 devant l’avancée des troupes allemandes, Gisella fut libérée et Giuseppe Fontanot transféré au camp de Gurs (Basses-Pyrénées, Pyrénées-Atlantiques) ; il fut libéré en mars 1941. Le couple fut à nouveau arrêté une nuit de mai 1942 et internés, Giuseppe à Pithiviers (Loiret) et Gisella au camp de Monts à La Lande près de Tours (Indre-et-Loire).

Jacques Fontanot passa ses vacances de l’été 1942 avec son frère Nerone dans la Vienne, ils eurent très certainement des conversations politiques. À la rentrée scolaire, Jacques poursuivit sa scolarité en troisième année au lycée technique Mars et Roty à Puteaux. Il se lia avec d’autres jeunes de Puteaux avec lesquels il collait papillons et tracts dans la rue de Courbevoie et autour de La Défense. Un jeune fut arrêté, la police interpella Jacques sur les bancs de l’école le 23 mars 1943.

Il comparut devant un tribunal correctionnel, fut acquitté probablement pour « manque de discernement » parce que mineur. Habituellement les adolescents ainsi acquittés étaient remis à leurs parents, mais Giuseppe et Gisella étaient internés, et son oncle Giacomo et sa tante Lucia ne présentaient pas selon les juges des garanties suffisantes. Jacques Fontanot fut donc interné à la caserne des Tourelles à Paris, XXe arr. Jacques Fontanot fut enregistré aux Tourelles parmi les "indésirables" le 8 mai 1943 avec le n° 2495, interné par la 5e section des RG (étrangers). Il en sortit le 18 décembre 1943 transféré rue de la Pépinière puis au camp de Rouillé dans la Vienne. Il eut la possibilité de rendre visite à sa mère malade le 30 mai 1944 à l’hôpital de Poitiers où elle était gardée par deux gendarmes.

Quelques jours après le 6 juin 1944 et le débarquement des troupes alliées sur les plages de Normandie, des maquisards FTPF libérèrent les internés du camp de Rouillé, dans la nuit du 10 au 11 juin 1944. Jacques Fontanot rejoignit avec d’autres internés évadés le maquis de Saint-Sauvant (Vienne). Le matin du 27 juin, une colonne motorisée de plus de mille cinq cents hommes de la SS, de la Wehrmacht et de la Milice encerclait la forêt.

Le hameau de la Branlerie, quartier général du maquis fut incendié. Cinq maquisards furent tués les armes à la main ainsi que le chef du maquis Marcel Papineau (dont le corps fut retrouvé le lendemain à quelque distance). En fin d’après-midi, vingt cinq hommes frappés à coups de crosses furent exécutés sur le bord d’une route au lieu-dit Vaugeton sur la commune de Celle-Lévescault. Parmi-eux se trouvaient sept espagnols qui s’étaient évadés de Rouillé : Luis Gomez-Castagno, Juan Hernandez-Rodriguez, Antonio Serra-Clariani, Honorio Perez-Gonzalès, Ricardo Roja-Gil, Santiago Marruedo-Fraile, Raphaël Massa-Andreu et Jacques Fontanot à peine dix-huit ans.
A l’issue des opérations militaires, l’officier allemand commandant les troupes convoqua le maire de Celle-Lévescault pour lui ordonner d’enterrer les morts. Le maire fit alors appel aux maires des communes voisines de Lusignan et Saint Sauvant pour se répartir les 31 corps (le cimetière de Celle-Lévescault en accueillit treize, celui de Lusignan neuf et celui de Saint Sauvant neuf). L’ acte de décès de Jacques fut enregistré en mairie de Celle-l’Evescault (Vienne).

En septembre 1944, Giuseppe Fontanot alla à Poitiers chercher son épouse Gisella toujours hospitalisée, il apprit ainsi qu’après la mort de Nerone, puis celle de Spartaco, Jacques était mort dans la forêt de Saint-Sauvant. Giuseppe s’évanouit.

Une stèle fut dressée sur la route départementale 7, près du lieudit Vaugeton (Vienne) : « À la Mémoire des Glorieux Soldats sans Uniformes Tombés à cet Endroit le 27 Juin 1944 pour la Paix et la Liberté. Massacrés par les nazis. Ils sont Morts pour la France et la Liberté ».

Le nom de Jacques Fontanot figure sur le Monument aux morts de Nanterre. Sur décision du conseil municipal de Nanterre, la rue des Basses-Groues devint la Rue des Trois Fontanot.
Le 9 avril 1949, la municipalité de Nanterre organisa des obsèques solennelles, une foule nombreuse leur rendit hommage et les corps de Jacques, Nerone et Marcel Gérin furent ré-inhumés au cimetière de Nanterre

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article150101, notice FONTANOT Jacques par Daniel Grason, version mise en ligne le 5 novembre 2013, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Daniel Grason

Jacques Fontanot
Jacques Fontanot
Jacques Fontanot dessiné par un camarade à la caserne des Tourelles en 1943, Henri Desbarbieux, peintre interné aux Tourelles de mars à septembre 1943.
Brochure d'Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Brochure d’Antonio Bechelloni consacrée aux Trois Fontanot
Jacques Fontanot en bas.

SOURCES : APPo ID 15, copie du registre des Tourelles. — Antonio Bechelloni, Les trois Fontanot, Nerone, Spartaco et Jacques, nanterriens, fils d’immigrés italiens, morts pour la France, Sté Histoire de Nanterre, juin 2002. – Site Internet Vienne Résistance Internement Déportation (V.R.I.D.). – Site Internet GenWeb. – État civil, Saint-Germain-en-Laye. — Notes de Louis Poulhès et Michel Thébault.
PHOTOGRAPHIE : Arch. PPo. GB 151.

ICONOGRAPHIE : Jacques Fontanot dessiné par Henri Desbarbieux, peintre interné aux Tourelles de mars à septembre 1943. Il a réalisé une trentaine de portraits de ses camarades internés (voir l’exposition au Musée de l’histoire vivante de Montreuil d’octobre 2019 à janvier 2020 et Louis POULHES, Un camp d’internement en plein Paris les Tourelles 1940-1945 , Atlande, 2019).

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